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Wien, Brno, Praha : Les solistes tchèques à Dijon

 

Les Czech Virtuosi en répétition à Dijon. Photographie @ Opéra de Dijon.

Dijon, Auditorium, 13 février 2016, par Eusebius ——

 

Štefan Veselka nous offre le 23e concerto pour piano de Mozart, dirigeant ses Czech Virtuosi du clavier. Sa lecture, conventionnelle, rappelle celles qu'on appréciait il y a trente ou quarante ans : une vingtaine de cordes, sonores, réactives, qui dominent les vents, de beaux phrasés, une infinie douceur, dès le début de l'allegro initial, une articulation d'où tout caractère incisif, mordant a été banni. Si la facture est séduisante,  les contrastes, les oppositions sont quelque peu estompées. L'adagio1, en fa♯ mineur, est indéniablement beau, mais la profondeur et la grâce ne font qu'affleurer. Les cordes légères du rondo final (allegro assai), les soli du piano emportent l'adhésion. Cependant, l'esprit est ailleurs, les musiciens ni le soliste ne semblent s'amuser des répliques entre pupitres… Pour être honnête, nous sommes dans un univers sans commune mesure avec celui de Fazil Say et de son orchestre, écouté ici même il y a moins de quinze jours2 dans le 12e concerto.

De 1925, le Concertino de Janáček nous entraîne fort loin. D'abord par son effectif : deux violons, un alto, la clarinette (et la petite clarinette), le cor et le basson  y sont les partenaires du piano. Ensuite par son écriture très originale.  Les deux premiers mouvements sont des duos3, les derniers s'ouvrent à tous les instruments, les vents individualisés, les cordes, réduites le plus souvent à leur accompagnement collectif. Le moderato initial est étrange et splendide. Le piano, impérieux, invite le cor à son écho, plaintif. Ensuite, la petite clarinette en mi♭ — goguenarde, burlesque, criarde, enjouée — semble provoquer le piano — puissant mais aussi pensif et incertain — par ses appels stridents et ses trilles. Le con moto s'anime progressivement, souple, ductile, lyrique, pour un rythme et des accents affirmés. Le finale, à l'humeur populaire, tourbillonne de joie. L'interprétation de Štefan Veselka et de ses complices est exemplaire et force l'admiration.

L'orchestre en grande formation conclut cette première partie avec deux des Danses de Lachie, toujours de Janáček. Starodavny II (Antique II), plaisante, bon enfant, colorée, faisant la part belle aux vents, fleure bon Smetana et Dvořák. Dymak (Danse de feu) flamboie, avec des appels rythmiques précédant une accélération brillante, puis un passage déhanché, très ancré dans les traditions populaires.

Pour n'être pas aussi célèbre que la 9e « Du Nouveau monde »,  la 8e symphonie de Dvořák présente un égal intérêt, particulièrement lorsqu'elle est confiée à une formation dont c'est le répertoire de prédilection.  Tout est là : des cordes admirables, soyeuses, moirées ou nerveuses, aux phrasés splendides, les bois volubiles et colorés, des cuivres clairs, déliés et brillants, une vitalité exemplaire sous la direction de Štefan Veselka. Précis, clair, attentif à chacun, ce dernier insuffle à son orchestre une énergie singulière, mais aussi une poésie élégiaque lorsque la musique la requiert. La joie, l'exaltation traverse le premier mouvement. La délicatesse extrême de l'adagio4, sorte de méditation chorale se modèle au fil des épisodes, à peine troublée par quelques échos de danse, une montée épique des cuivres, un passage tendu, dramatique, pour s'achever dans une atmosphère dansante empreinte de joie. La distinction de l'allegretto grazioso, son naturel aussi, forcent l'admiration, les basses savent se faire subtiles, agiles et légères dans ce scherzo. On n'est pas loin du maître et protecteur, Brahms. La fanfare d'ouverture du finale, rappel d'ouvrages héroïques ou patriotiques, donne le ton. Les cordes graves, très homogènes, énoncent leur thème avec d'amples phrasés. Les équilibres sont parfaits. C'est construit, les progressions sont splendides, le souffle épique est bien présent. Qu'admirer le plus ? Tous les pupitres sont remarquables, des cuivres (le tuba et le trombone basse particulièrement) aux bois, en passant par les quatre cors, les cordes, aucun ne démérite. La salle ovationne longuement le chef, son orchestre, et le public sera récompensé par un beau bis.

Eusebius
14 février 2016

1. popularisé il y aura bientôt 50 ans par le film de Comencini « L'incompris »

2. Le compte-rendu de cette interprétation a été publié par Musicologie.

3. Même si le più mosso s'achève par une brève strette, tutti, des 7 instruments.

4. Avec des ppp effectifs, ce qui est rare.

 

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