La Gazette musicale

musicologie.org —— 27e année,

Julien ChauvinMédée : une tragédie lyrique « inédite » de Cherubini

Alfred Caron — Avec cette version de concert de Médée, destinée à faire l’objet d’une publication sous son label, le Palazzetto Bru-Zane nous offrait une vision entièrement renouvelée de l’opéra de Cherubini . Basée sur l’édition critique de Heiko Cullmann (Simrock, 2008), elle se propose de réaliser le projet initial de Cherubini et de son librettiste, François-Benoit Hoffman : créer une tragédie lyrique dans le droit fil de l’héritage gluckiste. L’utilisation de récitatifs orchestrés, composés par le musicologue Alan Curtis (sur un texte qui ne semble pas être celui des dialogues originaux en alexandrins), mais dans un style parfaitement en phase avec les numéros musicaux, permet de résoudre le hiatus de la version « opéra-comique », entre les parties chantées et les passages parlés et offre à

◆ Nouveautés janvier 2026

◆ Petites annonces

(france musique) Le pianiste Simon Ghraichy à son tour épinglé par les dossiers Epstein

Music Theory Pedagogies Reimagined Conference and Hackathon, July 6–9, 2026, Cambridge

Beyond What Remains: Musicology, Lost Works, and Fragmentary Evidence, 15-17 June 2026, Cremona

Les chroniques

Alfred Caron
Alain Lambert
Frédéric Léolla
Frédéric Norac
Michel Rusquet
Michaël Sebaoun
Jean-Luc Vannier
Jean-Marc Warszawski

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Wotan

Sexe et Opéra (xxii. 1) : Rheingold

Frédéric Léolla — « Écoutez, je n’ai pas assez d’argent pour vous payer les travaux que vous venez de faire, mais en échange vous pouvez emporter ma colocataire et camarade pour en faire votre esclave sexuelle. Ça vous va comme mode de paiement ? » Voilà à peu près le deal entre Wotan, roi du Panthéon germanique, et les géants Fafner et Fasolt qui viennent de construire le Walhalla pour lui. Et Freia, belle-sœur de Wotan, la jolie déesse de la jeunesse que l’on « donne » pour prix des travaux n’a pas son mot à dire. Pourtant Freia n’avait jamais consenti, elle est loin d’être contente, elle supplie les autres dieux d’éviter « ça ». Le dieu Donner s’en révolte quelque peu, mais Wotan a donné sa parole, et un homme — pardon, un Dieu — un dieu n’a qu’une parole, n’est-ce pas ? Les géants emporteront donc Freia.

Simon Boccanegra

Un Simon Boccanegra plus italien, tu meurs

Frédéric Léolla — Le label Prima Classic (avec l’aimable autorisation de Sony Classics pour ce qui concerne Ludovic Tézier) présente un nouvel enregistrement de Simon Boccanegra dans sa version de 1881, avec les modifications au livret proposées par Arrigo Boito. La captation a eu lieu pendant les représentations données au Teatro San Carlo de Naples. Elle a ainsi le mérite de conserver toute l’émotion de la scène. Mais, grâce à une prise de son très proche des chanteurs, elle a aussi la netteté des anciens enregistrements en studio.

Victoria Alexanyan, Vishap Trois cédés jazzy pour oublier l’hiver !

Alain Lambert — Le trio de Pierre de Bethmann pour Essais 6, le quintet de Victoria Alexanyan pour Vishap et La Licorne Noire pour Le voyage initiatique.
Esais/Volume 6 (Aléa 2026) est le 6album du trio du pianiste Pierre de Bethmann, mais le second avec le guitariste Nelson Veras, remplaçant du batteur Tony Rabeson. Avec Sylvain Romano à la contrebasse. Et toujours dans la relecture des standards, plus ou moins connus, piochés dans la grande mémoire musicale. De Stella by Starlight de Victor Young à Semblence de Keith Jarrett en passant par Amparo de Tom Jobim, Marcie de Joni

Sexe et opéra (XXII.) :
traite des blanches

Frédéric Léolla — Priver une femme — ou un homme — de sa liberté pour la ou le transformer en esclave soumis au caprice d’un ou d'une autre est un vieux fantasme. L’opéra ne s’en est pas privé.
Bien sûr, les cas d’homme asservi par une femme ou par un autre homme, ou même les cas de femme asservie par une autre femme n’existent pas, à ma connaissance, dans le répertoire opératique.
Le répertoire opératique étant nettement patriarcal — fallait-il le préciser ?
1. Rheingold, Richard Wagner / Richard Wagner ; 2. Iris, Pietro Mascagni / Luigi Illica ; 3. Lulu, Musique de Alban Berg / Alban Berg ; 4. Die Entführung aus dem Serail, Wolfgang Amadeus Mozart / Gottlieb Stephanie ; 5. Don Giovanni ossia il dissoluto punito / Wolfgang Amadeus Mozart / Lorenzo Da Ponte.

Fourth Symposium of the ICTMD Study Group on Sound, Movement, and the Sciences (SoMoS), 23–26 September 2026, Lisbon

Sound Stories 2026, 17th – 19th June 2026, Newcastle Upon Tyne

From here, to there, to everywhere: Translocality and Cosmopolitanism in Music and Dance Practices, 1-2 October, 2026, Graz

Le rythme à la croisée de la musique, du texte et de la danse, 16-17 avril 2026, Abomey-Calaviet Ganvié

Quo vadis, impegno? Trends and ideas in socially and politically engaged music from the 1960s to the present day, 27–28 March 2026, Rome

Second international Symposium on musical Topics and Performance Practice, 10–12 September 2026, Melbourne

L'Opéra de Leipzig serait en faillite

Jean-Marc Warszawski
Par la plume d’Ina Schwarzbrunn, le Leipzi-ger Volkzeitung du 28 janvier dernier alertait à propos d’une possible faillite de l’Opéra de Leipzig qui a accusé l’an passé un déficit de 2,3 millions d’Euros. D’après cet article, l’opéra n’aurait plus que deux années d’avances de liquidités, en raison de la stagnation des recettes, de la baisse de la fréquentation, 174 000 spectateurs en 2024-2025, pour un remplissage moyen de 51 %, et de la hausse des prix de l’énergie et des matériaux, notamment pour les décors, des services tels que le nettoyage. 75 % des dépenses sont consacrées aux salaires et à l’orchestre du Gewandhaus auquel l’Opéra verse environ 10 millions d’euros par an et qui est aussi affecté pas ces diverses hausses des prix.
Situation délicate, car la ville, elle-même endettée de 280 millions d’euros, serait dans l’impossibilité d’augmenter sa subvention qui est de soixante millions d’euros, les déficits à venir de l’Opéra étant estimés à

Ravel-Echenoz ou Hélène Tysman et Dominique Pinon en duo sensible

Héklène Tysman, pianiste Alain Lambert — Saint-Aubin-sur-Mer, une petite station estivale de la côte normande, à une vingtaine de kilomètres de Caen, avec une ancienne halle transformée en lieu d’exposition municipal dédié à la photographie. Et une vie hivernale bien remplie avec cette nouvelle édition de « Janvier Musiq'Halle » autour de la musique. La Halle accueillait donc une quarantaine de photographies de Claude Boisnard autour de la danse, du mouvement, et dans tous les lieux, y compris dans la rue. Et autour de cette expo pivot, des stages, des spectacles ou des concerts sur trois semaines.
Le dernier pour clôturer était une rencontre, au cinéma du casino, entre le piano d’Hélène Tysman et la voix du comédien Dominique Pinon, entre les notes de Ravel et le Ravel d’Echenoz1. Un beau défi donc, avec d’amples pièces de Ravel en contrepoint de longs extraits du roman, décrivant l’homme dans son quotidien, dans ses moments créateurs, dans ses voyages à New York, ou à Vienne, pour

BOris Godounov

Sexe et opéra (XXI.) : absence de relations sexuelles 

Frédéric Léolla — Mais n’y a-t-il pas à l’opéra des personnages dont le désir sexuel n’est pas présent ? Tous et toutes cherchent-elles à coucher avec les uns ou les autres ? N’y a-t-il pas d’exemples d’opéra où le sexe n’est pour rien ? Si. Il y a des opéras où les amoureux se tiennent chastes en attendant le moment du mariage — ou ne l’attendant plus parce que si ça se trouve leur amour est très très très désespéré — ce qui ne les empêche pas de penser tout le temps au « bien perdu », à l’amoureux ou à l’amoureuse disparue. C’est le cas de Il Trovatore de Verdi, de La forza del destino du même Verdi, d’Ernani ou encore de Verdi,…

Le grand embrasement, Music for a madking, ensemble à vent Into the Winds, anonymes, Magister Grimace, Johannes Haucourt, Richard de Bellengues (Cardot), etc., Ricercar 2025 (RIC 476).

L’homme qui aimait les chiens de Fernando Fiszbein et Agnès Jaoui : une tragédie poignante

Alain Lambert — L'homme qui aimait les chiens est à l’origine un gros roman du cubain Léonardo Padura qui raconte en fait l’histoire de deux hommes aimant les chiens, Trotski l’exilé et son assassin Ramon Mercader. Et l’implacable mécanisme de cette tragédie qui se clôt le 20 août 1940 dans la maison mexicaine de Diego Rivera et de Frida Kahlo. Fernando Fiszbein a décidé d’en faire un opéra. Créé ce mercredi au théâtre de Caen qui le coproduit. Agnès Jaoui en a écrit le livret, et lit avant chaque nouvel acte, en voix off, la page l’introduisant, visible sur l’écran et se transformant graphiquement au fur et à mesure du récitatif.

Sexe et opéra (XX. 8) : Margarita la tornera

Frédéric Loélla — Sœur Margarita est tourière au couvent, mais elle est tombée amoureuse du séducteur don Juan. Malgré les remords qui l’assaillent, suppliante devant la statue de la vierge Marie, lors d’une nuit orageuse, Margarita fuit le couvent avec son séducteur. Mais celui-ci se révèle bientôt volage, il délaisse Margarita pour essayer de reconquérir la célèbre danseuse Sirena. Don Juan finira par se rendre compte que Margarita est la seule qui l’a vraiment aimé. Trop tard. Margarita à son tour s’est rendu compte que l’amour dans le siècle est vain et que seul compte l’amour de Dieu. Quand elle retourne contrite au couvent, elle réalise néanmoins que pendant toute son absence, miraculeusement, la vierge Marie avait pris son aspect et sa fonction de tourière au couvent, de sorte que personne n’avait remarqué son absence.

Dans la famille Brahms : l'alto

cet album célèbre l’univers intime et lyrique de Johannes Brahms à travers l’alto, la voix et le piano, mêlant grandes pages du répertoire et œuvres plus rares. Porté par l’amitié musicale et familiale, il réunit Karine Desayes, Johann Farjot et Arnaud Thorette autour d’une relecture sensible et personnelle de pièces emblématiques et de transcriptions inédites.
Un très agréable moment bien rendu de musique de chambre ou de salon, on ne sait plus dans quelle pièce on est, mais qui n’est pas sans emportement, voire sans fureur, propres à passer fenêtres et murs.

Les cédés

Charles Valentin Alkan, Grande sonate opus 33, « es quatre âges de la vie », Sonatine opus 61, Pierre Réach (piano). Anima 2025 (ANM 250301).

Charles Valentin Alkan, Grande sonate opus 33, « es quatre âges de la vie », Sonatine opus 61, Pierre Réach (piano). Anima 2025 (ANM 250301).

The Silk Roads, œuvres de Sheng Song, Shady Hanna, Camal Abdelz Rahim, Maurice Ravel, Florentine Mulzan, Lodovico Beretta, Ensemble instrumental sous la direction de Mostafa Fahmy, Indésens Calliope 2025 (IC 091).

Giuseppe Verdi, Simon Boccanegra, Ludovic Tézier, Marina Rebeka, Francesco Meli, Michele Pertusi, Mattia Olivieri, Andrea Pellegrini, Vasco Maria Vagnoli, Silvia Cialli. Coro e Orquesta dal Teatro San Carlo di Napoli, sous la direction de Michele Spotti. Prima Classic 2024.

Emma Zilli (1864-1901), cantatriceSexe et opéra (XX. 7) : Pepita Jimènez

Frédaéric Léolla — Opéra splendide du mal connu Albéniz (dont les compositions ne se limitent pas au piano), l’évolution de Pepita Jiménez est symptomatique des relations entre Opéra et Société. Pepita Jiménez est avant tout un roman de l’andalou Juan Valera, écrivain de la seconde moitié du xixe siècle, qui sut allier l’amour de son pays avec la volonté de progrès dans les mœurs et un sourire bienveillant sur les êtres humains. Son roman, qui relate sous forme épistolaire l’amitié puis l’amour entre une jeune veuve et un séminariste, parvient à allier le typique, l’étude de caractères, la finesse psychologique et le sens de l’humour. À la fin, séminariste et veuve se marient et tout le monde est content — une sorte d'« anti-Regenta » (le grand roman espagnol de la même époque, signé L. Alas Clarín). L’amour arrive à dépasser deux interdits sociaux : le remariage de la veuve et le mariage du séminariste.

Adèle Charvet Werther : le théâtre chanté de Ted Huffman

Alfred Caron — Avec cette nouvelle production, le drame lyrique de Jules Massenet fait retour Salle Favart, après plus de trente ans d’absence. Ted Huffman y joue la carte d’un théâtre entièrement basé sur le jeu d’acteurs et la suggestion pour le cadre. Le plateau nu, d’un blanc immaculé dans une boite noire où s’ouvrent une ou deux portes dérobées, offre une aire de jeu pour un « théâtre chanté » qu’il conçoit « comme dans une pièce de Tchékhov ». Le drame s’y déploie en pleine lumière, quasiment sans accessoires, n’étaient quelques chaises et une table, mise qui passera telle quelle du deuxième au troisième acte, ainsi qu’un petit buffet d’orgue en fond de scène qui servira pour le « dimanche ». Si un sapin vient évoquer la -

Jacques HotteterreCroque-notes sur un éventuel baroque normand : Jacques Hotteterre, Nicolas Chédeville, Michel Corrette

Alain Lambert — La période baroque a connu un épisode pastoral en France, dans la première moitié du xviiie siècle, où l’aristocratie s’est passionnée pour la campagne, les bergeries, et donc pour les instruments illustrant cet univers idyllique, comme la musette ou la vielle à roue, qu’il était de bon ton d’apprendre à jouer. Au point que des musiciens reconnus ont écrit des pièces pour ces instruments comme Jean Christophe Naudot, Philibert de Lavigne ou encore Jean Baptiste Dupuits… Mais il semblerait qu’un trio normand, facteurs, musiciens et professeurs, les ai précédés, avec Bodin de Boisrmortier

Le Domino noir, Madame Cinti-DumoreauSexe et opéra (XX. 4) : Le Domino noir

Frédéric Léolla — Angèle d’Olivarès, qui n’a pas encore prononcé ses vœux mais qui doit être nommée supérieure au couvent des Annonciades à Madrid, profite de ses derniers jours en tant que novice pour faire la fête déguisée sous un domino noir. Mais elle a pourtant séduit le jeune Horace de Massarena, pour qui elle a aussi

Cahiers Maria Szymanowska (7) : Parler du corps. Société Maria Szymanowska, Paris 2025 [212 p. ; ISBN 978-2-48764-602-5 ; 20 / 14 €]

 

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Les livres

Martinez Yseult, Händel et ses héroïnes : un imaginaire de la puissance des femmes. « Lire le xviie siècle » (88), Classiques Garnier. Paris 2025

Martinez Yseult, Händel et ses héroïnes : un imaginaire de la puissance des femmes. « Lire le xviie siècle » (88), Classiques Garnier. Paris 2025 [651 pages].

Volta Ornella, Erik Satie en notes et en mots (préféce par Jean-Pierre Armengaud). « L'écart absolu », Les presses du réel, Dijon 2025

Volta Ornella, Erik Satie en notes et en mots (préféce par Jean-Pierre Armengaud). « L'écart absolu », Les presses du réel, Dijon 2025 [624 p. ; ISBN 978-2-84066-753-7 ; 35 €].

Knight Jean Pierre, Allo Vinyles. Genève, Slaktine 2025

Knight Jean Pierre, Allo Vinyles. Genève, Slaktine 2025 [212 p.].

 

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