Alfred Caron — Avant-dernier opéra de Lully, Roland (1685) est une œuvre atypique. Inspirée du célèbre Roland Furieux de l’Arioste, elle semble rompre avec les codes de la tragédie en musique pour admettre une certaine ironie et un mélange des genres que le compositeur avait délaissés depuis Alceste. Après un incontournable prologue, plutôt expéditif, destiné à louer le monarque, le livret de Quinault développe sur les trois premiers actes les tourments d’Angélique, Reine de Cathay, prise entre son amour pour Médor, un soldat africain, son inférieur, et le « soin de sa gloire » - entendez la cour que lui fait Roland, le neveu de Charlemagne — et la nécessité de s’apparier avec un
Jean-Marc Warszawski —
Jacques Duphly, qui a publié quatre livres d’œuvres pour clavecin (1744, 1748, 1756, 1768), est mort au moment où l’ancien régime agonisait, le 15 juillet 1789. Mis à part cinquante-deux pièces de musique et la renommée incontestable d’avoir été un excellent professeur de clavecin, on sait peu de choses de sa biographie. Après avoir été organiste aux cathédrales de Rouen et d’Évreux, il se fixe à Paris en 1742, il est alors âgé de vingt-sept ans. Il y vit dans entre les murs des salons aristocratiques et des revenus de son enseignement, il aurait été écuyer de la marquise de Juigné, dans l’hôtel de laquelle il louait un petit appartement.
Jean-Marc Warszawski — Iva Bittovà chantant les Folksongs de Luciano Berio est un projet assez inconcevable, mais si évident une fois réalisé. On dira que Katy Barberian, pour laquelle ils furent composés, chantait les faux vrais chants folkloriques de son mari et qu’Iva Bittovà chante les vrais faux chants folkloriques du mari de Katy Barberian.
La suite du programme consacré à Maurice Ravel l’Ibérique (Alborada del Gracioso, Rapsodie espagnole, Boléro) est une très belle réalisation, mais fait un peu retomber l’émerveillement étonné et l’originalité de la première partie. Pourquoi n'avoir pas produit un cédé totalement consacré à cette extraordinaire musicienne qu’est Iva Bittovà, peu connue dans l’hexagone.
Le conservatoire Rachmaninoff de Paris programme des séries de concerts de jeunes, parfois moins jeunes, talents, proposées par des sommités musicales, avec le soutien du Groupe Dassault et de l’association « Jeunes et Innovants ».
À l’occasion de sa Carte Blanche, le pianiste russe Boris Berezovsky a choisi de parrainer Anastasia Safonova. Diplômée de l’Académie de musique Gnessine de Russie, la pianiste russo-néerlandaise est également titulaire d’un Master du Conservatoire royal de La Haye et lauréate des concours internationaux Yuri Egorov et Yamaha. Insufflant dans son jeu coloré et poétique une énergie captivante en soliste, Anastasia Safonova a souhaité partager ce concert avec un violoncelliste de 20 ans au talent très précoce, qui n’est autre que son fils.
Alain Lambert — omposé treize ans avant la
Servante maîtresse de
Pergolèse qui alluma en France la
Querelle des Bouffons,
L’Avare de
Francisco Gasparini, créé en 1720, est un de ces intermèdes interludant entre les longs opéras sérieux pour permettre aux spectateurs de souffler. Antonio Salvi, le librettiste, a adapté et raccourci l’intrigue de la pièce de Molière, en féminisant l’intrigue par le biais du personnage principal, Fiammetta, en conflit avec son pingre de voisin, Pancrazio.
Jean-Marc Warszawski —andra Chamoux justifie la cohérence de son programme par le fait que les œuvres qui le composent sont des variations, toutes dans la tonalité de ré mineur, dont les thèmes sont tous issus d’œuvres pour violon.
Johannes Brahms a dédié ses variations
opus 18b à Clara Schumann, qui en assura la création et les garda par la suite à son répertoire de concerts. Il s’agit d’un arrangement du second mouvement de son premier sextuor à cordes, qui entretient un cousinage avec la Folia, des chansons populaires allemandes, voire du folklore hongrois et la musique ancienne.
Les Variations sérieuses de Félix Mendelssohn sont une commande de l’éditeur viennois Pietro Mecchetti pour un recueil collectif dont les bénéfices étaient destinés à la réalisation d’un monument en hommage à Ludwig
Jean-Luc Vannier — « Mon ambition première, en musique, est d’amener celle-ci à représenter d’aussi près que possible la vie même » écrivait Claude Debussy. Du moins la vie telle que le compositeur, dissimulé un temps sous le pseudonyme de Monsieur Croche, la conçoit : la beauté « qui ne pourrait avoir d’autres effets que le silence » et la communion avec la nature, recéleuse de la musique « qui n’est pas enfermée dans les livres et se trouve partout, dans les bois, dans les rivières et dans l’air ». Dans cet univers d’évanescence permanente, peindre l’humain et ses
Frédric Léolla — Pour pouvoir apprécier Jeanne d’Arc au bûcher, il faut faire l’effort de dépasser le symbolisme de pacotille et les images éculées du très sur-côté Paul Claudel, en se concentrant sur la très raffinée partition d’Arthur Honegger. Là on découvre des trésors d’invention musicale, mélangeant chants populaires, lyrisme de bon aloi et modernité savamment utilisée.
La Maison de la Radio et de la Musique avait eu la bonne idée de programmer cet oratorio, parmi les plus connus du xxe siècle, mais rarement à l’affiche.
Il était précédé de No !, une œuvre de la compositrice israëlienne Chaya Czernowin qui met en parallèle deux orchestres et deux sopranes. Il est possible de supposer un sens symbolique par rapport à la situation actuelle en Palestine. Chargée de bonnes intentions, ses procédés stylistiques ne surprennent pas. Le public lui a réservé un accueil poli.
Florentine Mulsant, 4 Hands Piano Works, duo Lydia Jardon et Alexandra Matvievskaya, sonate opus 123 ; Le Chant du soleil, opus 116 ; Trois préludes aux couleurs, opus 120 : « Nuages gris », « En Bleu et Or »,... r re-se 2026 (AR 20251).
Alain Lambert — Andares de Sebastian Munoz, Lux II de Louis Billette, Anagnorisis de Dwiki Dharmawan et Thirteen de Soft Machine (à paraître le 13 mars).
Andares (Resolution Records 2026) est l’album latino du saxophoniste et composteur hondurien Sebastian Munoz, installé à Paris depuis ses dix-huit ans, avec le vibraphoniste argentin Lucas Dorado, la batteuse brésilienne Ananda Brandao, la vocaliste (chanteuse et parolière sur Hiraeth) Mona Faruel, le pianiste Thomas Salvatore, le guitariste César Aouillé, et le contrebassiste Gabriel Gorr. Dès le premier morceau Marimbas, on est pris par le groove du groupe, le son du sax, des marimbas, des tambours. La formule du septet permet de multiplier les
Frédéric Léolla — célératesses de Don Juan ? : s’introduire la nuit chez une femme, se faire passer pour un autre auprès d’elle, promettre à une autre le mariage (grand classique de la duperie amoureuse masculine), tenter d’en violer une autre… À tout cela nous assistons presque directement. Au tout début du premier acte, donna Anna poursuit l’homme qui s’est introduit nuitamment chez elle. À la fin de l’acte, nous entendons les cris de secours de Zerlina que Don Giovanni veut forcer. Dans les deux cas, Mozart est loin d’être complaisant, nous entendons la violence de la situation — et cela malgré tous les efforts de certains metteurs en scène pour présenter ça comme du sexe consenti par la femme… Mozart accélère les tempi, fait monter la tessiture, est pleinement dans l’« agitatto ».
Frédéric Norac — Venue de Genève où elle a été créée en 2023, la production de Nabucco de Christiane Jatahy se veut une vision actuelle de l’opéra de Verdi. Les costumes contemporains, la suppression de toute référence historique ou religieuse (jusque dans les surtitres, pour le moins laconiques), si elle confère un certain universalisme au propos, elle ne lui donne pas plus de pertinence et sa démarche, nous menant aux limites de l’abstraction, finit par n’être plus qu’esthétique. La mise en scène convoque un ensemble de figurants d’origine multiple pour évoquer au premier acte, puis dans la scène de la prophétie l’idée des peuples opprimés et déportés, tels les Hébreux du livret original. Mais n’était une idée de classe (peuple et domi
12 cédés jazzy : Douze cédés jazzy : Letter to Bill du duo Nicaise-Soler, Casbah Qassioun du Shems Bensali 5tet, Baryon Acoustic Oscillation du Janis Fedotovs 4tet, Le temps d’écrire du Louis Bao Lao 4tet, Jeux de mains du Lenni Torgue 5tet, Proximity Alert du Russ Lossing
Amanda Favier (violon), Élodie Soulard (accordéon), Kreislermania, œuvres et arrangements de Fritz Kreisler : Granados, Albéniz, Chaminade, Tchaïkovski, Couperin, Francœur. Nomad Music 2025 (NMM 127). Enregistré en mars 2025, Studios de Meudon.
Patrick Ayrton, Astrophil & Stella, Lauren Lodge-Campbell (soprano), Louise Ayrton (violon, direction). Voce8 2025.
Jean-Marc Warszawski — Michelle Lynne est pianiste, Dimitri Maligan est pianiste, bien sûr, ils se racontent des histoires de pianistes.
Michelle Lynne a étudié en terre natale à Montréal avant de s’installer aux Pays-Bas en terre d’accueil. Parisien, Dimitri Maligan a étudié à l’École normale supérieure de Paris, et à pas mal bourlingué en passant par le Conservatoire d’Amsterdam, où il a formé un ensemble chambriste, et par l’Académie Santa Cecilia à Rome. Un de ses maîtres fut Jean-Paul Sévilla qui a enseigné de longues années à Montréal. Le monde est petit. Michelle Lynne est très at
La découverte de ce cycle fut un véritable choc. Comment rester de marbre devant cette gigantesque fresque musicale, poétique et philosophique qui offre les pages les plus intimistes tout en convoquant les idées les plus universelles ? Plus qu’un carnet de voyage ou une illustration poétique des saisons, Das Jahr (« L’année ») offre une traversée dans les profondeurs humaines, creusant le temps à chaque pièce, façonnant une palette émotionnelle unique en son genre. Après l’émerveillement, la stupeur aussi : celle de constater que peu de pianistes s’étaient emparés d’un tel chef-d’œuvre. Et puis la joie à nouveau, celle de travailler sans relâche pour faire honneur à ce qui deviendra bientôt, je l’espère, l’un des cycles incontournables de la littérature pianistique du début du XIXe siècle.
Jean-Marc Warszawski — Le point de départ de cet article est un ouvrage qui rassemble une dizaine de communications présentées au cours d’un colloque organisé le 17 mars 2022 à l’Université de Fribourg :
Les silences de l’histoire. Écrire l’histoire des compositrices, enjeux et questions, intitulé devenu pour les besoins de l’édition
Les silences de la musique. Expression poétique assez accrocheuse à laquelle les quelques justifica-tions sémantiques présentées en introduction ne donnent pas une grande clarté.
Frédéric Léolla — Doit-on considérer comme une menace de viol les menaces du Pacha Selim ? Konstanze, la jeune femme menacée, qui aime Belmonte et refuse donc les avances amoureuses du Pacha, dit dans un air célèbre (« Martern aller arten ») que les tortures ne suffiront pas à la faire fléchir, mais le public de l’époque devait savoir (et celui d’aujourd’hui aussi) que, hélas, pas besoin d’autres tortures que le viol pour obtenir les faveurs d’une femme par la force.