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Monaco, 11 avril 2015, par Jean-Luc Vannier ——

Sous le charme de Diana Damrau à l'opéra de Monte-Carlo

Diana Damrau Diana Damrau et Jacques Lacombe (direction). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

Un moment privilégié. Tel était le sentiment des mélomanes, vendredi 10 avril à l'auditorium Rainier III, à l'issue du concert exceptionnel donné par Diana Damrau pour l'opéra de Monte-Carlo. Malgré le désistement au dernier instant de la basse Nicolas Testé avec laquelle la soprano allemande devait notamment interpréter le duo « Tu puniscimi… » tiré de Luisa Miller (Verdi), cette soirée « Gala Belcanto » mêlant célèbres ouvertures et arias acrobatiques dédiées aux maîtres italiens du lyrisme, a côtoyé, musicalement et vocalement, la perfection.

Emmené par les exigences du maestro Jacques Lacombe, déjà apprécié par le public de la Principauté pour sa direction de La Favorite en décembre 2013 sur le Rocher, l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo a fait entendre des sonorités brillantes, des contrastes saisissants et des nuances d'une rare subtilité, laissant ostensiblement transparaître un état d'esprit rasséréné, voire libéré après les annonces récentes confirmant la nomination, à terme, de Kazuki Yamada comme directeur artistique et musical. En témoignent l'ouverture de Il Barbiere di Siviglia (Rossini), rythmée, énergétique, mais aussi la délicate montée finale des aigus par les cordes — un pupitre en très grande forme — dans le « Prélude » de Un ballo in maschera (Verdi). La douce mélodie de la clarinette (Marie B. Barrière-Bilote) reprise par la flûte traversière (Anne Maugue) dans l'ouverture de Norma (Bellini), de même que la succession harmonieuse dans le « Intermezzo » du Manon Lescaut (Puccini), du premier violoncelle solo (Delphine Perrone), du premier violon solo (David Lefevre) puis de l'alto (Federico Hood), tout comme les cuivres flamboyants qui ouvrent La forza del destino (Verdi) où le chef choisit un tempo lent à même de mieux distinguer des motifs trop souvent enchevêtrés dans un élan orchestral plus massif, enfin, les accompagnements suaves de la harpe (Sophia Steckeler) ont tour à tour illustré les talents d'une phalange monégasque manifestement décidée à nous réserver à l'avenir d'heureuses surprises.

Diana DamrauDiana Damrau et Jacques Lacombe (direction). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

Ovationnée à son entrée sur scène — ovations qui vont ponctuer chacune de ses interprétations — Diana Damrau nous a offert bien plus qu'un récital ou une leçon de chant : elle nous a charmé par une extraordinaire capacité, bien au-delà d'une démonstration efficace de ses techniques vocales et d'un habile recours au jeu scénique, à incarner stricto sensu sa voix, à lui conférer toute l'étoffe charnelle, vivante et expressive de l'élégance féminine. Dès son « Regnava nel silenzio » du Lucia di Lammermoor (Donizetti), la soprano colorature ne se contente pas des suraigus à la fois cristallins et simultanément onctueux qu'elle enchaîne avec un indescriptible raffinement. Elle maîtrise avec une rare sensualité toutes ses vocalises et s'amuse — c'est l'impression qu'elle nous en donne — à tenir ses notes dans la cabalette. Elle nous fait succomber par d'abyssaux decrescendos, notamment dans « Lo sguardo avea degli angeli » de I masnadieri (Verdi) dont elle s'extirpe par un magique saut d'octave. Ici, elle implore dans « O rendetemi la speme…Vien, diletto » de I puritani (Bellini), là, elle nous envoûte par une atmosphère onirique dans un « Ah ! non credea… » émouvant jusqu'aux larmes de La sonnambula, ailleurs encore, elle nous abandonne sur un susurrement extatique « tuo respir » en écho au « mio desir » dans « Oh quante volte » du Capuleti e i Montecchi du même compositeur. Après tant de somptueuses nuances, le « E strano…Sempre libera » de La Traviata (Verdi) tient lieu de bouquet final dans une pyrotechnie vocale qui ne scotomise pas, pour le plus grand bonheur de l'audience, le contre-mi bémol, signe distinctif des divas à la fin de l'air. Plusieurs rappels enthousiastes « debout » auront permis un « bis » « O mio babbino caro », l'air le plus célèbre de Gianni Schicchi (Puccini).

Monaco, le 11 avril 2015
Jean-Luc Vannier
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