Alfred Caron — La Scène Parisienne, 22 octobre 2026.
La Belle Hélène et les garçons : le sitcom-bouffe de Nicolas Rigas et Martin Loizillon
Après La Vie parisienne (2019) et Une Soirée chez Offenbach(2023), Nicolas Rigas (metteur en scène) et son complice Martin Loizillon (auteur) ont revisité La Belle Hélène en la transposant dans un studio de télé où la société Vénus Production réalise le premier épisode de la nouvelle série d’Hélène et les garçons, le célèbre sitcom des années 1990. Evidemment, tout va mal sur le plateau, où personne n’est satisfait de son sort, ni la star (Cécile Arbel), ni la malheureuse assistante de production (Clémentine Decouture), réduite à jouer les factotums dans cette production fauchée dont trois réalisateurs ont déjà quitté le navire. Lorsqu’arrive le nouveau, Stéphane Spielberg (alias Martin Loizillon), on lui cache le problème central : le Ménélas de Nicolas (Salvatore Ingoglia) a grossi outre mesure et, gonflé d’importance, boudiné dans sa tenue antique, ne veut pas en démordre et se la joue martiale. Il manque aussi le jeune premier, pour incarner Pâris, et lorsque Ryan, play-boy de pacotille venu de L.A. (Christophe Poncet de Solage), se présente, on le prend pour un figurant. De péripétie en péripétie, l’ensemble finira par un mouvement de grève mené par Nicolas/Ménélas blessé dans son honneur, un épisode qui résonne singulièrement avec l’actualité, dans un spectacle créé au Mois Molière de Versailles 2025.
Le tour de force, c’est évidemment d’avoir ménagé la totalité de la partition, chœurs compris (chantés à huit) , en réécrivant l’ensemble des textes, sans toutefois trahir le contenu original du livret de Meilhac et Halévy. Le mixage des deux registres, opéra bouffe et sitcom, fonctionne à merveille, et il n’est pas besoin de connaître la série originelle ni peut-être même l’opéra bouffe d’Offenbach pour se régaler à la cascade de gags et de chorégraphies farfelues de cette double parodie aussi déjantée que désopilante. La mise en scène convoque habilement le public à participer en lui faisant chanter (juste) la chanson culte de la série télévisée et en invitant deux spectateurs sur le plateau pour donner un peu d’épaisseur à la Marche des Rois réduite à deux personnages, Ménélas et Agamemnon (Nicolas Rigas) qui s’embrouille joyeusement dans son propre nom. Si le comique emporte tout, il ménage aussi le chant, et chacun ici donne le meilleur de lui-même, à commencer par Cécile Arbel, beau mezzo charnu, qui montre qu’elle pourrait très bien incarner son personnage dans une production « sérieuse ». Son Ryan/Pâris lui donne une réplique convaincante dans le duo du Rêve mais tous, et notamment Nicolas Rigas, authentique baryton, rendent pleinement justice aux numéros musicaux. Soutenu par le piano diligent de Lazare Lubek, l’ensemble est un moment de pur plaisir et devrait faire un excellent spectacle de fin d’année dont il est bien dommage que seules deux autres représentations soient prévues jusqu’ici.
Prochaines représentations le 6 décembre à 16 h et le 7 décembre à 17 h à la Scène Parisienne.


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ISSN 2269-9910.

Mardi 3 Novembre, 2026 21:17