Le Crépuscule des dieux « historiquement informé » du Festival de Dresde
Kent Nagano, Photographie © Antoine Saito.
Avec ce Crépuscule des dieux en version de concert, s’achevait un cycle wagnérien initié en 2021 à l’initiative du Festival de Dresde, visant à aborder le Ring avec les armes de la musicologie. Un groupe d’universitaires, soutenu par le festival et le Packard Human Institute, y repensait, au delà des traditions, l’interprétation de ce monument du répertoire, sur le plan instrumental, vocal et orchestral. Le résultat doit beaucoup à leur travail de recherche basé sur la totalité des sources connues de l’époque de la création, mais tout autant, sans doute, à la volonté de Kent Nagano1, qui en a assuré la pérennité et la réalisation concrète.
À la tête des forces réunies de l’orchestre du festival et du Concerto Köln auxquelles s’adjoignent les chœurs du festival et de la Klangverwaltung, le chef délivre une lecture de ce pavé sonore de quatre heures dix d’une intensité fascinante, tant il en restitue avec une parfaite fluidité la théâtralité et la force. Les sonorités orchestrales rafraichies, enrichies d’étranges instruments, comme ces cornes naturelles que le dispositif répartit dans la salle pour un effet acoustique étonnant ou ces percussions mal identifiées, la transparence des cordes, la saveur acidulée des bois et le velouté des cuivres, tout cela contribue à donner une image profondément renouvelée de l’œuvre de Wagner. Mais cela ne serait rien sans la contribution d’un plateau, extraordinairement investi, qui communique, au delà de la performance vocale, une véritable vision des personnages dans des jeux de scène sans histrionisme, qui les montre totalement investis dans leurs rôles. Tous méritent mention depuis les brillantes Filles du Rhin ou les Nornes du prologue, jusqu’aux très grands rôles. A l’applaudimètre, le plus chaleureusement accueilli est la basse Patrick Zielke incarnant un puissant Hagen. Viennent ensuite la Brûnnhilde de Asa Jäger à l’aigu inépuisable et l’extraordinaire Siegfried de Young Woo Kim, d’une vaillance à toute épreuve, mais également singulièrement émouvant dans sa scène de mort où il tombe dans les bras de Gunther, le frère de sang qui l’a trahi. Au second plan viennent Johannes Kammler en Gunther et Sophia Brummer en Gutrune qui donnent beaucoup de relief à leurs personnages. Enfin la splendide mezzo de Annika Schlicht en Waltraute, pourvue à son entrée en scène, du porte-voix voulu par Wagner et l’Alberich de Daniel Schmutzhard ne sauraient être oubliés, si épisodiques soient leurs rôles. On l’aura remarqué, il n’y a pas un seul nom de vedette dans cette distribution, mais l’homogénéité en est parfaite et contribue à la réussite du projet. Dans une période où l’interprétation wagnérienne est en crise et où le Festival de Bayreuth se perd dans une tentative de renouvellement entièrement axée sur une surenchère des mises en scène , n’y aurait-il pas un filon à creuser du côté de ce Wagner « historiquement informé » ?


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ISSN 2269-9910.

Mardi 15 Septembre, 2026 17:40