Jean-Marc Warszawski, 16 août 2026.
Peut-on combler la solitude du violoncelle dans les suites de Bach ?
Bach / Schumann : Six suites pour violoncelle seul (BWV 1007-1012) arrangées pour violoncelle et piano par Robert Schumman (révision de Wilhelm Stade), Xenia Jankovic (violoncelle), Jacqueline Bourges-Manoury (piano), Indésens Calliope 2026 (IC 113).
Enregistré en décembre 2025 et mars 2026, Haus Ispirimus, Berlin.
Voici un programme aussi rare que problématique : les suites pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach avec accompagnement de piano de Robert Schummann.
Schumann n’a pas été le seul à se confronter à cet exercice, car ces suites, n’étaient pas imaginables tel que, au concert, à cette époque dite romantique. Après avoir arrangé avec piano les sonates pour violon seul de Bach et les avoir publiées en six volumes chez Breitkopf & Härtel, il s’attelle, à la mi-mars 1853, en s’appuyant sur l’édition de Friedrich Dotzauer (les présentant comme des exercices) à l’arrangement des suites pour violoncelle, qui pour lui formaient un tout cohérent avec les pièces pour violon seul.
Notons qu’à partir du milieu des années 1840, Joseph Joachim jouait les sonates pour violon sans accompagnement, mais qu’il a fallu attendre l’enregistrement des Suites pour violoncelle par Pablo Casals en 1936 et 1939 pour qu’elles deviennent des pièces de concert.
Robert Schumann achève son travail sur ses arrangements du début du mois d’avril 1853, il les propose à Friedrich Kistner, éditeur de Leipzig, qui les refuse. On n’en connaît pas les raisons. Peut-être parce que Schumann n’avait pas pris comme source la propre édition des suites par Kistner établie par Heinrich Albert Probst et Louis-Pierre Norblin.
Après la mort de Robert Schumann en 1856, Clara s’employa à populariser les œuvres de sons époux, et à détruire ce qu’elle jugeait indigne de lui. Ainsi, après une demande de l’éditeur Julius Schuberth quant à ces suites, Clara Schumann demanda conseil à Joeseph Joachim, lui-même consulta Johannes Brahms. Par un courrier du 2 janvier 1860, ils lui déconseillèrent fortement de confier les suites à publication.
En 1981, Joachim Draheim découvrit et identifia à la Pfälzische Landesbibliothek de Speyer une copie par le violoncelliste Julius Goltermann (1823-1876), datée de 1863, de la 3e suite avec accompagnement de piano de Schumann.
En 1864, l’éditeur de Leipzig Gustav Heinze (1817-1902) publia en sept volumes les suites pour violoncelle seul arrangées avec piano de Friedrich Wilhelm Stade, compositeur et organiste, directeur musical de l’Université d’Iena, maître de chapelle de la cour ducale d’Altenburg. Une seconde édition a suivi, cette fois chez Peters, en 1871, Joh. Séb. Bach, Sonates pour violoncelle seul avec accompagnement au pianoforte, éditées par le Dr W. Stade, Maître de chapelle ducal de Saxe. Nouvelle édition à prix modique, conforme à la révision effectuée par Robert Schumann sur la base du manuscrit de Berlin [Mus. ms. Bach P 269, copie d’Anna Magdalena Bach, qu’on croyait être à l’époque de Bach lui-même].
Ces révisions de 1871 sont surtout basées sur l’édition des suites par Norblin. Si un manuscrit [inconnu] de Schumann était en jeu, la version Stade aurait été une quasi-copie de l’édition Dotzauer.
Comparé à la copie de Julius Goltermann en 1863, l’harmonie de Stade est plus fournie (il y a plus de notes) que celle de Schumann, son écriture est celle d’une basse continue et prend des libertés que Schumann, respectueux des voix extrêmes, ne prend pas.
La mention de Robert Schumann, du manuscrit de Berlin, comme du « prix modique », est sans aucun doute un argument publicitaire.
Quoi qu’il en soit, car il en est, la lectrice ou le lecteur intéressé peut se reporter à l’étude fouillée de Bradley James Knobel, Bach Cello Suites with Piano Accompaniment and Nineteenth-Century Bach Discovery : a Stemmatic Study of Sources, particulièrement centrée sur l’édition de Friedrich Wilhelm Stade [The Florida State University College of Music, 2006.]
Très tôt, cet ajout d’un accompagnement aux œuvres pour violon ou violoncelle seul de Johann Sebastian Bach ont soulevé des critiques pertinentes, essentiellement basées sur les puissantes « lignes » de basse qui procurent à leur caractère concertant (on parle de polyphonie à une voix), une autonomie harmonique, l’accompagnement ajouté ne pouvant que, le plus souvent, doubler les basses et provoquer de la confusion.
C’est ce qu’on peut observer dans ce disque, malgré l’excellence des interprètes.
La troisième suite enregistrée est celle de Friedrich Wilhelm Stade, non pas celle de Robert Schumann, retrouvée par Joachim Draheim en 1981 grâce à la copie de Julius Goltermann en 1863.
Suite no 1, en sol majeur, BWV 1007, Prélude.
16 août 2026.



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Mardi 15 Septembre, 2026 15:23
