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Chostakovitch, salle Cortot, par le quatuor Danel

 

Quatuor Danel. Photographie © Juri Hiensch.

Paris, Salle Cortot, 8 octobre 2015, par Flore Estang ——

 « Écouter jouer les quatuors de Dimitri Chostakovitch par le Quatuor Danel c’est le don d’une grâce ». Ainsi commente Hélène Ahrweiler, organisatrice du concert. En présence de Madame Irina Chostakovitch et dans l’écrin acoustique parfait de la Salle Cortot (à condition de ne pas être trop près), le compositeur était célébré avec trois quatuors. Véritable synthèse pédagogique de sa production, les trois œuvres présentées chronologiquement ont ravi et ému le public : respectivement les quatuors nos 1, 6 et 15.

Entre son premier et son dernier quatuor, les différences musicales enrichissent notre compréhension de l’œuvre du compositeur russe. Celui-ci « prévoyait de composer vingt-quatre quatuors, un dans chaque tonalité » (Frédérick Martin, programme du concert). Composé à trente-deux ans, le premier quatuor est déjà une œuvre de maturité musicale, même si le compositeur utilise des procédés exprimant humour et fraîcheur. Par des motifs récurrents, que l’on retrouve dans les symphonies, la musique de « Chosta » évolue avec le temps, vers le drame et le dénuement. À son comble dans le quatuor ultime, l’émotion gagne progressivement les interprètes et le public. Comparable à l’introduction lente du quatuor no 13, avec l’ascèse et le dénuement d’une Offrande musicale, le matériau sonore atteint un summum d’expression, étrangement simple et complexe à la fois. Trois notes répétées peuvent faire frissonner.

Dimitri Chostakovitch.

Formation la plus périlleuse pour un compositeur, le quatuor à cordes ne supporte aucun artifice, aucune légèreté. Aucun moyen de colorer la phrase musicale par le trait chaleureux d’une clarinette ou le chant d’un hautbois. Tel un instrument unique, la formation quadricéphale doit trouver en elle-même les couleurs timbriques qui rendent le public attentif, passionné et transmettre le message du musicien sans endormir l’auditoire. Malgré la difficulté de la musique choisie, le pari est gagné ce soir.

Pour mettre en valeur la ligne mélodique, le premier violon Marc Danel exécute une chorégraphie impressionnante, sorte de Jacques Tati musicien : haussé sur sa chaise, dos étiré, longues jambes tendues vers son partenaire violoncelliste, il s’arc-boute avec le corps entier pour accentuer le legato, l’intention musicale, suspendu presque en apesanteur au-dessus de son siège. Le résultat musical convainc et ravit. La main bandée du soliste ne l’empêche pas d’exécuter avec une apparente facilité les traits les plus virtuoses. Avec la même énergie, mais un caractère humain et musical distinct et complémentaire, le second violon Gilles Millet lui répond dans une grande complicité. Ciselée et contrastée, l’écriture du compositeur russe surprend, émeut, entraîne l’auditeur à respirer avec les instrumentistes. L’altiste Vlad Bogdanas, le plus jeune des quatre musiciens, met en valeur ses interventions parfaitement écrites pour son instrument, avec le même investissement physique et expressif que ses partenaires. En osmose parfaite avec son instrument et les autres membres du quatuor, Yovan Markovitch « est » un violoncelle, l’instrument semblant faire partie intégrante de sa vie, de son âme. Juste, au sens théâtral du terme, dans ses interventions, il offre, par la finesse du son, la précision et l’expression, un doux tapis harmonique ou au contraire une assise rythmique sans faille. Avec jubilation, il alterne pizzicati fougueux et grandes phrases lyriques.

Au service total de la musique qu’ils interprètent avec une technique impressionnante,  les quatre musiciens ont atteint un niveau rare de communication musicale, rendant un hommage saisissant, par la cohésion de l’interprétation, aux œuvres grandioses de Chostakovitch. Les quatuors contiennent la substance musicale de ses symphonies, mélodiquement, rythmiquement et harmoniquement. Connaissant bien les instruments à cordes frottées, le compositeur leur offrit un concerto pour violoncelle dans lequel on retrouvera également certains thèmes et l’énergie musicale des quatuors.

Précision du geste et du son, expression libre et contrôlée à la fois, respect absolu de la construction musicale, technique époustouflante pour les rythmes les plus ardus et justesse dans les intonations les plus subtiles : le quatuor Danel pousse la science du quatuor à cordes à un rare stade de perfection, avec une énergie qui semble inépuisable et inspirée, sans cesse renouvelée, car ils poussent les limites de l’expression, prenant des risques calculés, mais bien réels : on s’en persuadera à nouveau en les écoutant dans le quatuor no 3.

Le Quatuor Danel a enregistré l’intégrale des quatuors de Chostakovitch. Les partenaires changeant au fil des concerts, comme deux violoncellistes supplémentaires pour Schubert, le Quatuor Danel semble ne jamais avoir intégré de femme dans sa formation. Le quatuor à cordes haut niveau est-il une affaire d’hommes ?

Biographie de Dimitri Chostakivitch

 

Flore Estang
8 octobre 2015

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