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Émouvant récital Ramon Vargas, Angela Gheorghiu et George Petean à l'opéra de Monte-Carlo

 

Ramon VargasRamon Vargas. Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

Monaco, 19 décembre 2015, par Jean-Luc Vannier ––

Organisé au bénéfice du Fonds à la mémoire d'Eduardo Vargas, le fils du célèbre ténor mexicain disparu en janvier 2000, l'Opéra de Monte-Carlo accueillait, vendredi 18 décembre à l'auditorium Rainier III, un émouvant récital lyrique : accompagnés par l'orchestre philharmonique de Nice et les chœurs de l'opéra de Monte-Carlo placés sous la direction de Philippe Auguin, le ténor Ramon Vargas, la soprano Angela Gheorghiu et, en remplacement de Ludovic Tézier souffrant, le baryton George Petean interprétaient des airs de Verdi, Cilea, Tchaïkovski, Catalani, Puccini et Lehar. « Depuis sa création », expliquait sur scène son autre fils Fernando, « la Fondation a aidé plus de 3500 enfants dans diverses régions du Mexique, notamment dans les zones rurales et marginalisées ». Et ce, « en soutenant financièrement plus d'une vingtaine d'organisations dont les objectifs sont l'amélioration des conditions de vie, d'évolution, de développement et d'intégration des enfants ».

George Petean, Angela Gheorghiu et Ramon VargasGeorge Petean, Angela Gheorghiu et Ramon Vargas. Photographie © Alain Hanel.

Après une ouverture à la fois ciselée et énergique de la Forza del destino (Verdi) interprétée par la phalange niçoise, Ramon Vargas, dont le public monégasque se souvient encore de son  « Ernani, Don Juan d'Aragon » en avril 2014 sur le Rocher, prend littéralement possession du public par un puissant « Oh ! fede negar potessi…Quando le sere al placido », le grand air de Rodolfo extrait de la scène 3 à l'acte II du Luisa Miller de Giuseppe Verdi. Une irrésistible emprise qu'il confirme par son superbe duo avec George Petean du Don Carlo (Verdi) « E', lui, desso, l'Infante…Dio che nell'alma infondere », poignante réminiscence d'un serment prêté à la « liberté » en ces temps où pèsent sur celle-ci de sombres menaces ou, plus encore, dans un déchirant « Kuda, kuda vy udalilis » d'Eugène Onéguine (Tchaïkovski) : puissance tellurique — humaine, charnelle — dans l'expressivité, flamboiement naturel du timbre, justesse de ton quelle que soit la gamme, rien ne manque à Ramon Vargas pour témoigner vocalement d'une générosité humble, pétrie des épreuves endurées mais délivrées par l'espoir et le désir du partage. Un inoubliable moment d'excellence lyrique.

Nonobstant les inévitables évolutions de sa voix dont témoigne la modestie du « Ebben ? Ne andro lontana », la célébrissime aria à l'acte I de La Wally (Catalani), la soprano Angela Gheorghiu n'a, quant à elle, rien perdu de son tempérament sanguin : l'auteur de ces lignes n'oubliera jamais la manière dont la diva entra en compétition — pour l'emporter haut la main — avec l'appel à la prière du muezzin sur la scène du Festival de Baalbek (Liban) un soir d'août 2002. Tantôt vêtue de sombre et gantée de cuir noir, tantôt reine éclatante de lumière, Angela Gheorghiu rehausse de sa présence les duos avec Ramon Vargas dans « Ma dunque è vero ? Dite… » d'Adriana Lecouvreur (Cilea), avec Ramon Vargas et George Petean dans « Lippen schweigen » de La Veuve joyeuse (Lehar) et d'un ultime bis avec le « Libiamo » de La Traviata (Verdi) déclenchant une délirante ovation debout du public.

George Petean, Angela Gheorghiu et Ramon VargasGeorge Petean, Angela Gheorghiu et Ramon Vargas. Photographie © Alain Hanel.

Entendu dans le rôle d'Enrico du Lucia di Lammermoor au Deutsche Oper de Berlin en décembre 2012, puis dans le personnage plus truculent du sergent Belcore d'un Elisir d'amore monégasque, le baryton roumain George Petean exploite dans ce récital toutes les possibilités offertes par sa tessiture : il engage un magnifique dialogue intimiste avec le violoncelle solo (Thierry Trinari) dans son air « Alzati…Eri tu… » d'Une ballo in maschera (Verdi) ou jongle aisément avec les variations de son spectre vocal dans « Per me è giunto il di supremo…O Carlo ascolta » du Don Carlo (Verdi).

Avec un « Va pensiero, sull'ali dorate » de Nabucco (Verdi), le « Vot tak surpriz » du Eugène Onéguine (Tchaïkovski) et « Ainsi que la brise légère » du Faust de Gounod, les chœurs de l'opéra de Monte-Carlo ont amplement contribué au succès de cette soirée sous l'exigeante baguette — un brin fouettarde — de Philippe Auguin. « Partager ce que nous faisons » plaidait, en début de deuxième partie, Ramon Vargas afin de remercier toutes celles et tous ceux qui avaient permis cette superbe soirée caritative. Avec ce sourire à la fois heureux et triste d'un homme qui, rappelait le poète grec Eschyle, ne se connaît que par ce qu'il a souffert.

Monaco, le 19 décembre 2015
Jean-Luc Vannier

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