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Envoûtant Richard Strauss par Jeffrey Tate et l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo

 

Monaco, 4 mai 2015, par Jean-Luc Vannier ——

Pour quelles raisons l'auditorium Rainier III ne faisait-il pas salle comble, dimanche 3 mai, à l'annonce d'un alléchant programme Richard Strauss (1864-1949) donné par l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo et dirigé par le talentueux Jeffrey Tate ? Est-il si fréquent d'apprécier les 4 interludes orchestraux d'Intermezzo, la scène finale de Capriccio, un extrait des Quatre lieder, deux des « Huit Poèmes » tirés des Letzte Blätter (Dernières feuilles) et le poème symphonique Tod und Erklärung ?

Jeffrey Tate en répétition avec l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo © D.R.

Comédie bourgeoise en deux actes créée à Dresde le 4 novembre 1924, Intermezzo, opus 72 s'inspire d'une histoire autobiographique du compositeur et auteur du livret rédigé entre 1918 et 1923. Les 4 interludes offrent l'agrément de petites suites orchestrales d'une grande variété : à l'éclat introductif de la première incluant une valse enjouée, ludique presque facétieuse comme si les trois temps se plaisaient davantage à nous divertir qu'à nous rassurer sur la tradition rythmique de quelques prédécesseurs viennois, succède un second morceau dessinant des entrelacs entre cordes et vents musicalement plus chastes, doux et méditatifs. Lesquels s'abandonnent finalement au lyrisme presque emphatique des oscillations tonales, ponctuées de cuivres rutilants, si caractéristiques du compositeur. Le violon solo se saisit du troisième interlude dans une échappée mystérieuse dont David Lefèvre conserve jalousement le secret avant qu'un nouveau et impressionnant contraste orchestral n'éclate dans le dernier mouvement.

Un étonnant changement stylistique introduit la scène finale de Capriccio, autre œuvre de Richard Strauss sur un livret de Clemens Krauss et du compositeur créée le 26 octobre 1942 au Bayerische Staatsoper de Munich : une « conversation en musique en un acte » où s'affronte, telle une disputatio artistique, la rivalité entre musique et paroles pour la réalisation d'un opéra. Accompagnée du baryton-basse géorgien George Andguladze, la soprano allemande Anne Schwanewilms, y fait entendre une voix magnifique, aux modulations très épurées, voire filtrées et, hélas, souvent couvertes par l'orchestre. Les ultimes mesures de cette œuvre atteignent, sur un cuivre étincelant, quasi anachorète, des sommets de luminosité. Son exécution, en seconde partie, de « Morgen ! » opus 27, extrait des Quatre Lieder ainsi que deux des « Huit Poèmes » tirés des Dernières Feuilles de Hermann von Gilm zu Rosenegg, « Die Nacht » opus 10 et « Zueignung », opus 10 offre à l'une des principales interprètes du répertoire de Richard Strauss, davantage d'opportunités : Anne Schwanewilms y traite ses notes aiguës comme une fragile passementerie, privilégiant l'extrême délicatesse vocale du point et la brillance du motif.

Le Tod und Verklärung (Mort et Transfiguration), opus 24 vient en apothéose de cette inoubliable soirée musicale. L'orchestre philharmonique de Monte-Carlo nous fait souvenance des multiples influences de ce poème de jeunesse composé par Richard Strauss entre 1888 et 1889 et décrivant, à la manière d'un « testament philosophique », la dernière heure d'un artiste : structure partiellement wagnérienne mais aussi annonce, encore empreinte d'hésitations, de ces majestueuses phrases orchestrales dédiées aux cordes et interrompues par des saccades rythmées de cuivres telles qu'elles resplendiront dans Der Rosenkavalier en 1911.

Anne Schwanewilms. Photographie © D.R.

La direction de Jeffrey Tate est littéralement fascinante. Gestes minimalistes, une baguette en main droite bat imperturbablement la mesure tandis que la gauche, souvent paume ouverte, invite aux accentuations un pupitre des cordes scrupuleusement suivi par le maestro. Des instrumentistes nous le confirmaient à l'issue de la performance : outre « une rare sociabilité » pour l'un des chefs britanniques les plus renommés de sa génération, le maestro suscite auprès des musiciens « un lien d'une rare puissance charismatique, suggestive et complice ». À la regarder — et surtout à l'entendre — interpréter cet exceptionnel programme Richard Strauss, la phalange monégasque était ostensiblement sous le charme de celui qui fut, entre autres, l'assistant de Pierre Boulez pour le centenaire du Festival de Bayreuth. Et nous avec.

 

Monaco, le 4 mai 2015
Jean-Luc Vannier

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musicologie.org 01/2014

Lundi 4 Mai, 2015 16:53

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