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Festival de musique de Menton : Concerts au Musée

 

Concerts des 11 et 12 août 2015, par Strapontin au Paradis ——

6 heures 30 de voyage en train depuis Paris, ce n'est pas aussi long qu'on pourrait imaginer, surtout à partir de Nice, lorsqu'on peut admirer de très beaux paysages côtiers depuis les fenêtres de train régional dont la voie longe la mer. C'est un peu dans le prolongement de ce voyage baigné de radieux rayons de soleil que nous assistons à des concerts au Musée Cocteau, situé juste en face de la belle plage de Menton.

Musée Cocteau

Le Musée Cocteau est un nouveau lieu de culture mentonnais inauguré en 2011 pour abriter une donation de 1800 œuvres effectuée par Séverin Wunderman, homme d'affaire et collectionneur américain d'origine belge, né en 1938. Amoureux de l'œuvre protéiforme de Jean Cocteau, il crée en 1985, en Californie, un musée dédié au poète français. Souhaitant faire revenir sa collection en France, il signe en 2005 l'acte de donation avec la ville de Menton, qu'affectionnait particulièrement Cocteau. Suite à cette signature, un concours d'architecture est lancé en 2007 ; les travaux de construction commencent en octobre 2009, le musée est ouvert au public en octobre 2011. Entre-temps, deux expertises de la collection Séverin Wunderman ont été réalisées en 2004 et 2011. Par ailleurs, une donation, en 2011, de 240 photographies originales autour du Testament d'Orphée par Lucien Clergue (né en 1934, photographe et membre de l'Académie des Beaux-Arts), a enrichi la collection. Parmi les 1800 pièces données par Séverin Wunderman, 990 sont de Jean Cocteau ; avec la collection historique du musée du Bastion, que l'écrivain et dramaturge avait créé sur le quai Napoléon III, le musée possède la plus importante collection publique au monde, liée à l'œuvre de Cocteau.

C'est dans une partie de l'espace d'exposition du musée que la série des « Concerts au musée » se déroule. Cette année, une nouveauté : le piano « Jean Cocteau » que la firme Bösendorfer a créé en nombre limité, dans l'« artists serie », a été inauguré le 2 août par le jeune pianiste saint pétersbourgeois Yevgeny Sudbin. Nous avons entendu l'instrument avec l'interprétation de l'Italienne Béatrice Rana le 11 août, puis d'Anne Le Bozec qui accompagnait la mezzo-soprano allemande Janina Baechle, le lendemain.

Récital de Béatrice Rana

Béatrice RanaBéatrice Rana. Photographie © Christian Merle.

Béatrice Rana, née en 1993 dans la région des Pouilles, est une valeur sûre et montante de l'univers du piano dans lequel la concurrence est si rude. Étudiante à l'Académie Sainte-Cécile, elle obtient en 2013 la médaille d'argent au Concours Van Cliburn (Fort Worth, USA), grâce à laquelle elle développe une carrière internationale, notamment aux États-Unis. En France, elle a été invitée entre autres aux F6lâneries musicales de Reims, Piano à Lyon, Lille Piano(s) Festival et Auditorium du Louvre. Elle possède à la fois une force dynamique délibérément masculine et une douceur délicate résolument féminine. Son programme — partita no 2 de J. S. Bach, sonate no 2 de Chopin et La Valse de Ravel — met en valeur toutes ses qualités.

Le nouveau piano est encore assez « fermé », il émet un son robuste sans âpreté ni rudesse, et son caractère sonore change considérablement avec la pédale una corda. Il appartient donc au musicien de mesurer à juste dose la très grande différence de couleur pour la contrôler et en profiter, et Béatrice Rana réussit bien dans cet exercice, tout en prenant en considération le très bas plafond du musée.

Piano « Cocteau »Piano « Cocteau ». Photographie © Bösendorfer.

Sa partita met en évidence le caractère de danse de chaque pièce, en utilisant précisément la fameuse pédale una corda pour produire des sonorités « nacrées ». Dans la deuxième sonate de Chopin, elle joue entièrement la reprise de l'exposition du premier mouvement, depuis les octaves initiales suivies d'accords arpégés. Les caractères opposés de thèmes dans chacun des 1er, 2e et 3e mouvements sont fabuleusement mis en avant, tandis que le finale rend un aspect inhabituel, sans insister sur les notes auxquelles presque tous les pianistes accordent plus d'importance. Le récital se conclut avec La Valse somptueuse à souhait, illustrant si bien les propos du compositeur : « tourbillon fantastique et fatal ». En bis, la gigue de la première partita de Bach avec un entrain tourbillonnant comme un prolongement de Ravel, et un prélude de Chopin pour calmer l'esprit. Malgré sa jeunesse, sa musicalité et sa force d'attraction artistique sont telles qu'elle méritera certainement un autre récital dans les années qui viennent, peut-être sur le parvis de la basilique Saint-Michel Archange dans la série « Les Grandes Interprètes ».

Lieder et de mélodies par Janina Baechle et Anne Le Bozec

Janina Baechle, connue pour ses rôles dans les opéras de Wagner, a donné un programme composé de Lieder de Johannes Brahms et de Richard Strauss, ainsi que de mélodies de Duparc et de Poulenc. C'est un prolongement de son disque « chansons grises » où elle chante entre autres Hahn, Lili Boulanger, ainsi que de son enregistrement Brahms dans lequel on peut retrouver tous les Lieder chantés ce jour.

De sa voix très riche et généreuse, d'une belle épaisseur et d'une projection puissante, on devine très facilement que son art est clairement plus travaillé pour à chanter dans une grande salle d'opéra avec grand orchestre qu'à un concert intimiste de mélodies avec piano. Ainsi, dès les premières notes, on sent que la cantatrice restreint son émission vocale, certainement pour s'adapter à la configuration du lieu, mais sa tentative ne convainc pas tout à fait : on a envie de l'entendre dans un espace plus large où elle serait libre de tirer profit de ses conditions « habituelles ». D'ailleurs, sa voix disparaît parfois derrière son souffle.

Comment va-t-elle concilier sa puissance vocale et le caractère propre au genre, à savoir l'intimité et la proximité ? Tout au long du concert, ce questionnement ne cesse de revenir, sans trouver la réponse. Pour notre goût, sa voix et sa technique ne sont pas propices au répertoire. Elle est toutefois beaucoup plus à l'aise à la fin, avec des pièces de Poulenc : Voyage à Paris, Hôtel, C'est ainsi que tu es, et Les Chemins de l'amour.

Anne Le Bozec et Janina Baechle.Anne Le Bozec et Janina Baechle. Photographie © Christian Merle.

Anne Le Bozec « accompagne » Janina Baechle en une excellente complicité, comme elle en est capable avec n'importe quel chanteur. En réalité, elle explore de son côté l'art d'accompagnement vocal grâce à son savoir-faire, mais il semblerait que sa sensibilité soit autre que celle de la chanteuse, sans que cela se manifeste d'une manière évidente.

Cette année, la série « Concerts au Musée » a augmenté d'un cran son prestige avec les jeunes interprètes qui sont déjà lancés dans une carrière, comme des étoiles prometteuses : Yevgeny Sudbin, les Français n'ont pas encore eu suffisamment d'occasions pour apprécier pleinement ton talent ; le Quatuor Hermès à propos duquel Alfred Brendel disait qu'il est « L'un des jeunes quatuors les plus splendides et les plus prometteurs ; je lui souhaite un avenir brillant » ; le pianiste Kotaro Fukuma, la violoniste Alexandra Soumm avec le pianiste Ismaël Margin, dont les mélomanes attentifs connaissent déjà les grandes qualités ; le clarinettiste Pierre Génisson affirme de plus en plus son génie, accompagné du magnifique pianiste David Bismuth ; le Trio Talweg dont chaque membre est une musicienne ou un musicien accompli ; ainsi que Béatrice Rana, Janina Baechle et Anne Le Bozec. Que cette série se développe encore davantage pour qu'elle serve d'une porte plus large aux jeunes artistes, leur permettant d'une carrière plus intense.

Strapontin au Paradis
1er septembre 2015

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