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Festival de musique de Menton : Les Grands Interprètes

 

Concerts des 11 et 13 août 2015, par Strapontin au Paradis ——

Le Festival de musique de Menton, dont la 66e édition a eu lieu du 31 juillet au 13 août, est l’un des plus anciens festivals de musique classique en Europe, et le plus ancien en France, excepté celui de Chorégies d’Orange (créé initialement en 1869, mais existe sous forme actuelle depuis 1971). Dès sa création en 1950, son fondateur, André Böröcz, réunit les plus illustres interprètes du moment : Robert Casadessus, Wilhelm Kempff, Marguerite Long, Aldo Ciccolini, Sviatostlav Richter, Jacques Thibaud, Issac Stern, Jean-Pierre Rampal, Mustislav Rostropovitch… Directeur artistique du festival depuis 2012, Paul-Emmanuel Thomas, chef d’orchestre et directeur musical de l’Orchestre Classica Italiana de Turin, a su faire revivre le faste et le prestige d’antan qui peu à peu s’éclipsaient après le décès de Böröcz.

Menton, parvis de la basilique Saint-Michel. Photographie © N. Sartore.

Le festival se compose de deux séries de concerts, « Les Grands Interprètes » sur le parvis de la Basilique Saint-Michel à 21 heures 30, et les « Concerts au Musée » au Musée Cocteau Collection Séverin Wunderman, à 18 heures, essentiellement pour les jeunes interprètes. À quoi s’ajoutent des concerts gratuits dans le cadre du « Festival off » : trois concerts à l’Esplanade Francis-Palmero à 21 heures 30 (les jours où les concerts « Les Grandes Interprètes » n’ont pas lieu) et Musique au Jardin, à 16 heures 30 au Square des États-Unis, sans oublier les conférences, la messe du festival et les visites guidées des lieux du festival.

On dit qu’André Böröcz avait fondé ce festival pour revivre le choc musical qu’il avait éprouvé, sur le parvis désert de la Basilique, en août 1949, en entendant la deuxième partita pour violon seul de Bach par Jasha Heifetz dont le son s’échappait d’un poste de la radio posée au bord d’une fenêtre. Il est vrai que malgré le fait qu’il soit ouvert en plein air et vers la mer, ce parvis, clos de trois côtés par des bâtiments hauts, possède une acoustique magique. Surtout pour le piano. Les deux concerts auxquels nous avons assisté l’ont une fois de plus confirmé.

Fazil Say en compagnie du quatuor Minetti et du contrebassiste Josef Niederhammer

Le 11 août, Fazil Say, l’un des habitués du lieu, revient avec la sonate « Alla Turca » de Mozart, le quintette « La Truite » de Schubert, ainsi que sa composition Space Jump pour violon, violoncelle et piano.

Le quatuor Minetti, Josef Niederhammer et Fazil Say (au piano). Photographie © Ch. Merle.

La soirée commence avec « Quartettsatz » de Schubert par le Quatuor Minetti, fondé en 2003 à l’Université de Vienne et actif principalement dans les pays germanophones (bien que sa notice mentionne des tournées aux États-Unis en Amérique du Sud, en Australie, au Japon et en Chine) ; en tout cas, il est peu présent en France, c’est donc une occasion pour nous de découvrir cette formation de musique de chambre. Malgré la bonne acoustique du parvis, et malgré les instruments à facture réputée — un violon Gaudanini « ex Meinel », un violoncelle du Bolognais Tononi de 1681, un violon fait à Crémone de 1793, et un alto de Bernd Hiller — les musiciens se bornent à créer un soupçon de tension théâtrale qui habite normalement l’œuvre entière. Il serait peut-être plus précis de dire qu’ils peinent à transmettre leur idée de la théâtralité dans cet espace ouvert. Toujours est-il que la dynamique attendue n’arrive pas au moment voulu, et quelques notes sonnent même un peu faux… En tout cas, l’ensemble de toutes ces configurations donne cette impression, qui reste tenace jusqu’à la fin du concert.

Fazil Say entre en scène ensuite, seul, pour interpréter son œuvre fétiche, la sonate « A la Turca » en la majeur K 331 de Mozart. Il joue avec ses gestes et ses expressions faciales habituels, c’est-à-dire avec beaucoup de mouvements, ce qui cause quelque agacement chez certaines personnes… Il enchaîne les trois mouvements de la sonate sans aucune pause, assurant une continuité musicale. La lenteur de l’avant-dernière variation dans le premier mouvement, et quelques changements ou ajouts de notes dans le troisième mouvement révèle une fois de plus l’originalité du pianiste ; si originale soit-elle, son interprétation ne tombe jamais dans quelque chose d’excessif, le pianiste suit la logique naturelle de la musique sans chercher à surprendre avec singularité.

Original aussi dans le choix du thème pour sa composition Space Jumpe, commandée par le concours international de musique de Munich et créée en 2013. L’œuvre rend hommage à un parachutiste qui a accompli en 2012 le plus haut saut en chute libre depuis une altitude de 39 376 mètres. Le programme du concert explique que les trois mouvements (Andantino meditativo, Allegro maestoso, Maestoso) évoquent les différentes phases émotionnelles qui ont accompagné cet exploit : concentration, méditation, tension, angoisse, contemplation, peur, frisson, joie. Il faudra plusieurs écoutes et probablement plus de proximité entre interprète et le public pour saisir et apprécier pleinement toutes les nuances qui doivent exprimer les changements psychologiques du sportif. Or, la distance entre la scène et la plupart des sièges ne le permet pas, d’autant que l’œuvre n’a pas de dynamique spectaculaire. À vrai dire, nous n’avons pas pu apercevoir la méditation, la tension et la joie ou autres « phases émotionnelles » dans la musique…

En dernier lieu, le quintette « La Truite » de Schubert. Les réserves que nous avons émises sur le quatuor Minetti se confirment, malgré la vivacité de Say et du contrebassiste Josef Gilgenreiner.

Concert de clôture par Nicolaï Lugansky et Sinfonia Varsovia sous la direction d’Alexander Vedernikov

Nikolaï Lugansky. Photographie © Ch. Merle.

Pour concert de clôture, nous avons entendu les deux concertos pour piano de Chopin. Au faîte de sa capacité technique et de sa musicalité, Nikolaï Lugansky libre son interprétation d’une perfection exemplaire. Seulement, sa perfection peut sonner froide, d’autant que son interprétation peut être qualifiée d’assez « cérébrale », avec peu de rubato. L’Adagio du 2e concerto joué en premier lieu est une véritable déclaration d’amour du compositeur à sa bien-aimée Konstancja Gładkowska. On y attend donc quelque chose de doux, une ivresse amoureuse d’une jeunesse, presque d’une adolescence (Chopin l’a composé à 19 ans), en quelque sorte dépourvue de raisonnement logique, mais Lugansky l’exécute avec grande précision et intellect qui, si admirable soit-il (et nous sommes toujours et encore surpris de son talent pianistique), nous laissent un peu insatisfaits pour ne pas avoir pu entendre ce qu’on espérait… Le 1er concerto nous n’incite pas autant à ce sentiment, et nous sommes toujours subjugués par ses moyens et sa précision d’exécution. L’orchestre Sinfonia Varsovia, sous la direction d’Alexander Vedernikov, l’accompagne pour bien compléter la partie solo, le tout créant un véritable engouement chez l’auditoire.

Strapontin au Paradis
1er septembre 2015

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