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Ni pompier, ni funèbre. La dernière nuit : concert théâtral au Festival de Saint-Denis

 

La Dernière Nuit, Funérailles royales au temps de Louis XIV, Festival de Saint-Denis, 8 juin 2015.

Saint-Denis, 8 juin 2015, par Frédéric Norac ——

On attendait la « reconstitution » d'un rituel funéraire royal et l'on assista  à une méditation humoristique sur la mort. Le dispositif aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Le grand rideau rouge qui occulte le chœur de la basilique — par pudeur sans doute car il va y avoir quelques grossièretés dans les textes et un peu de peau dénudée —, la double guirlande de loupiottes qui fait chemin entre les deux estrades, celle du grand orchestre pour les motets de Lully et celle de l'ensemble vocal pour la messe des morts de Charles d'Helffer et le plain-chant, appartiennent plus à l'univers des forains, cher au metteur en scène Jean Bellorini, qu'à celui de la pompe funèbre royale.

Lorsqu'apparaît le catafalque, ce n'est pas le cercueil d'un roi qu'il supporte mais un simple mortel juché sur une bicyclette fixe, pédalant dans le vide. Sans doute une image de la destinée humaine. Lui succède un couple, homme et femme — Adam et Ève bien sûr — qui, au fil des intermèdes, après avoir évoqué les funérailles de Louis xiv, esquisse une récitation vite interrompue des Lamentations de Job, parcourt les épigraphes satiriques qui ont accompagné la mort du Roi, et nous offrent, de la table au lit, quelques images de la vie humaine, ramenant la mort du souverain au niveau de celle de n'importe quel mortel. Le dernier tableau, sans doute le plus réussi, nous montre la femme veillant la dépouille de son mari suivi d'une mise en voix d'une intelligence remarquable d'un extrait du Sermon sur la Mort de Bossuet.

Ce théâtre volontairement pauvre d'apparence, paraît un peu décalé dans cette basilique royale, même réorganisée sur un plan de parlement anglais pour permettre la circulation du catafalque-proscenium. Il semble difficile à relier à la solennité du Dies irae et du De Profundis clamavi de Lully, interprétés de façon grandiose par la Capella Mediterranea, l'orchestre Millenium et le chœur de chambre de Namur sous la direction de Leonardo García Alarcón, avec une brochette d'excellents solistes dont on retiendra le soprano suave de Chantal Santon Jeffery, la haute-contre brillante de Mathias Vidal et le baryton Joao Fernandez. Le Requiem de d'Helffer — pièce traditionnelle des funérailles royales  datant de 1656 au style polyphonique archaïsant — paraît encore plus sacrifié car fragmenté au gré des interventions théâtrales. On le regrette d'autant plus que l'ensemble Vox Cantoris — 12 voix masculines d'une parfaite homogénéité — est d'une perfection sonore totale, avec des pupitres de contre-ténors au coloris magique. L'expérience certes est intéressante et originale mais, à en croire la réception plutôt mitigée de ce spectacle hybride, la grande majorité des spectateurs aura fait contre mauvaise fortune bon cœur et supporté les aspects théâtraux au nom de la qualité musicale du concert.

 

 

plume Frédéric Norac
12 juin 2015

 

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