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Gabriel Fauré (1845-1924) : correspondance, lettres à Madame H.

Gabriel Fauré, Correspondance, suivie des Lettres à Madame H. (recueillies, présentées et annotées par Jean-Michel Nectoux), Fayard, Paris 2015 [914 p. ; 9782213687087 ; 38 €]

27 octobre 2015, par Flore Estang ——

Malgré l'exigüité croissante de nos bibliothèques, il est des livres qui y tiennent une place privilégiée et stable. La nouvelle édition Fayard de la correspondance de Gabriel Fauré en fait incontestablement partie. Outre l'aspect agréable et luxueux de leurs ouvrages, le graphisme agréable et élégant, les éditions Fayard se sont fait une spécialité de la correspondance des artistes (Rimbaud, Liszt, Hofmannsthal, …) et particulièrement des compositeurs français. Après la fameuse correspondance de Poulenc, éditée en 1994, puis celle de Satie en 2000, Gabriel Fauré est, en 2015, à l'honneur selon le même principe : à l'instar de Myriam Chimènes pour Poulenc, d'Ornella Volta pour Satie, Jean-Michel Nectoux, fidèle spécialiste de Fauré et collecteur de ses lettres, introduit l'ouvrage de manière scientifique, présentant les sources, les méthodes, les écueils et les difficultés parfois d'une telle recherche.

Indispensable aux chercheurs s'intéressant à l'œuvre fauréenne, mais aussi à ses interprètes, le magnifique volume de 912 pages complète — et fait suite à — trois éditions de la correspondance fauréenne. À la fois ouvrage de vulgarisation, car d'accès facile, et pour spécialistes,  car exigent et transparent dans le cadre de la recherche, ce « pavé » se lit comme un roman, entraînant le lecteur dans un monde mêlant le quotidien difficile et le sublime des processus de la création musicale. Grâce à l'index final, on peut suivre, au fil des pages, la naissance et le parcours original d'une mélodie, tel l'étrange « Crépuscule » : concluant la Chanson d'Eve, cycle de dix mélodies sur des poèmes parfois hermétiques de Van Lerberghe, « Crépuscule » fut la mélodie composée en premier, en 1906. Souvent critiqué pour sa « mauvaise prosodie », Fauré s'est révélé un fin mélodiste, lorsque l'analyse approfondie dépasse le premier degré des accents de la langue. Marie-Noëlle Masson l'a magistralement démontré dans sa célèbre analyse du Claire de Lune (Musurgia).

Traditionnellement chronologique, la recension des lettres, envoyées et reçues par le compositeur, et les notes nombreuses précisant le contexte, permettent d'effectuer des rapprochements étonnants avec les contemporains de Fauré, tel Satie (1866-1925), décédé un an après lui, à l'âge de 59 ans ! Du vivant de Fauré, plusieurs mondes parallèles se côtoient, s'admirent ou se condamnent, par clans, par rapprochements esthétiques ou amicaux, dans une France musicale déjà meurtrie par deux guerres (1870 et 1914-1918). Au-delà des lettres retranscrites, des anecdotes savoureuses colorent la lecture ; où l'on apprend, par exemple, que Claude Debussy, trop tôt disparu à 56 ans (1862-1918), fut brièvement fiancé à l'une des élèves de Fauré, Thérèse Roger, pianiste et cantatrice, la « meilleure interprète du "Pie Jesu" », d'après le compositeur-même, pour ce fameux air extrait de son Requiem (p. 101).

Soixante années d'amitié avec son maître Saint-Saëns (1935-1921), et une riche correspondance entre les deux géants musiciens, jalonnent la vie de Gabriel Fauré. Le jeune Ravel (1875-1937) et Satie (1866-1925) s'affrontent, l'un recevant la légion d'honneur, l'autre la lui reprochant. Le Groupe des six naît en 1920, Fauré a 75 ans. Cependant, handicapé par une accablante surdité déformante,  il n'a plus accès à la musique de ses contemporains. Blessé régulièrement par un manque de reconnaissance, souffrant de l'enseignement de la maîtrise d'enfants qu'il lui faut assurer pendant de trop nombreuses années, le compositeur échoue plusieurs fois à l'entrée à l'Académie et à d'autres postes musicaux de prestige, avant de devenir directeur du Conservatoire de musique de Paris en 1905 (il a 60 ans !) « fonction qu'il assumera jusqu'à sa retraite en 1920 » (!), « y introduisant de nombreux et profitables changements » (J.-M. Nectoux, p. 12).

Édition de la correspondance de Gabriel Fauré la plus exhaustive à ce jour, l'ouvrage montre également à quel point les femmes ont compté dans la vie épistolaire du compositeur, non comme collègues de travail ni compositrices, mais comme confidentes, amies, mécènes (la généreuse et mélomane princesse de Polignac, omniprésente pour aider les compositeurs de son temps) et maîtresse (Madame H.). Foisonnante, la vie sentimentale de Fauré  participe à son inspiration musicale.  Pour mieux approcher la complexité de l'artiste, à la fois modeste et conscient de sa valeur, vibrant et aimant, il convenait d'avoir accès à ces courriers. Un précieux cadeau de Noël pour tous les fauréens.

 

Flore Estang
27 octobre 2015

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