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Jacques Prévert et la musique. Création : un duo de qualité pour un poète immortel

 

Pierre Hentz et Sylvie Carbonel. © Photographie Flore Estang.

 

Paris, samedi 30 mai 2015, par Flore Estang ——

Plusieurs fois par an, l’association Allegro Molto dirigée par l’enthousiaste et cultivé Guy-Aimé Patard, fait découvrir à quelques privilégiés (car sur carton d’invitation exclusivement), dans des appartements parisiens grandioses et stupéfiants, des artistes de talent pas encore – ou pas assez – connus, malgré de belles carrières.

Hier soir, Avenue des Champs-Elysées, la pianiste Sylvie Carbonel et l’acteur-diseur-récitant-chanteur Pierre Hentz ont créé un spectacle accordant textes et musique avec une belle harmonie, autour de l’œuvre de Prévert (extraits des 3600 pages de La Pléiade, comme l’expliqua Guy-Aimé)

La parfaite diction de l’acteur et son expression radieuse traduisent à merveille l’esprit-Prévert, la pianiste rivalisant avec lui en virtuosité et en poésie dans des pièces écrites « du temps de Prévert » : Joseph Kosma et ses mélodies célèbres (On frappe, Et la fête continue, Deux escargots ...), mais aussi Poulenc, Auric, Ibert, Durosoir, et l’incontournable Satie !

Le monde musicologique s’interroge régulièrement sur la notion d’humour musical. Sylvie Carbonel l’exprime avec brio, lorsqu’à la fin d’une pièce tonale, Poulenc, par exemple, conclut avec un accord surprenant. La pianiste y ajoute un soupçon de silence, une respiration étonnée, un sourire intérieur, et le public s’esclaffe, heureux d’avoir compris, et partagé ce micro-moment de connivence musicale.

Sylvie Carbonel après le concert. ¨Photographie © Flore Estang.

Sylvie Carbonel, petite femme élégante au regard pétillant, impressionne par son jeu puissant et contrasté, et la qualité poétique dans ses interventions : une respiration, une nuance ou un mouvement révèlent sa compréhension de la musique, ainsi les motifs vaguement orientaux des Gnossiennes de Satie, interprétés avec un rien de nonchalance. La pianiste en a trouvé le rubato particulier, transportant l’auditeur dans un monde féérique et mystérieux. Aux commandes de son instrument, elle sait en exprimer les qualités, malgré l’acoustique trop sonore de la pièce, sans rideaux ni tapis, et le Steinway grand ouvert : une belle rondeur dans les graves, des pianissimi clairs et doux. Les contrastes de nuances et tempi emportent l’adhésion des auditeurs, qui, à travers des mélodies parfois célèbres, ont l’impression de « comprendre » la musique.

La qualité du récital, dans lequel textes parlés et chantés alternent avec bonheur, est due également à la construction du spectacle, édifiée avec soin par les deux artistes. La musique répond aux textes et poèmes, précède parfois une émotion parlée. Les contrastes voix parlée – voix chantée sont assumés avec maîtrise, par exemple sur le long et savoureux poème Dans ma maison, le refrain chanté encadre le texte central parlé, une jolie trouvaille permettant de goûter davantage au sens des mots. Les deux artistes sont vigilants au pouvoir dévastateur de la musique qui, parfois, engloutit la poésie par ses rythmes et ses mélodies. La courte pièce On frappe en est un brillant exemple : le texte disparaît presque et son mystère avec lui, quand la musique de Kosma la soutient (« Qui est là ? Personne, c’est simplement mon cœur qui bat… »). Même si la prosodie du poète a été respectée par le compositeur, le rythme du poème est trahi par celui de la mélodie. Il se retire comme les vagues à marée basse. Prévert est englouti sous le poids des notes.

Evitant le piège, le tandem Carbonel-Hentz a savamment dosé les poésies chantées, les essaimant avec parcimonie sur l’ensemble du concert. Prévert en ressort vainqueur et toujours aussi émouvant, par sa tendresse omniprésente, si bien traduite par le récitant. Les deux artistes, après une longue carrière dans leurs domaines respectifs, on trouvé une alchimie unique dans travail commun poético-musical. La maturité de leur jeu ainsi que la maîtrise technique de leur instrument vocal et instrumental, leur permettent de proposer un spectacle rare et de qualité. Entre autres performances, la mémoire de l’acteur est louable, en particulier pour le fameux Inventaire : « et un raton laveur » !

Piano et raton laveur. Photographie © Flore Estang.

Un enregistrement devrait suivre la création de ce spectacle remarquable, ainsi qu’une série de concerts à ne pas manquer.

Voir le site www.sylvie.carbonel.com

Flore Estang
30 mai 2015

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