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La compagnie Les frivolités parisiennes redonne sa guitare au Guitarrero de Halévy

 

Mathieu Franot et Benjamin El Arbi fondateurs de la Compagnie des frivolités parisiennes. Photographie © CFP.

Paris, Théâtre de la Porte Saint-Martin, 14 juin 2015, par Strapontin au Paradis ——

Fondée par le bassoniste Benjamin El Arbi et le clarinettiste Mathieu Franot, la jeune compagnie Les Frivolités parisiennes, dont les activités de représentation scénique ont démarré à la saison 2012-2013, devient incontournable pour les amateurs de l'opéra-comique, de l'opérette et de l'opéra-bouffe. Chaque saison, elle propose deux ou trois nouvelles productions d'œuvres qui ont connu une gloire à leurs temps, mais reléguées aujourd'hui aux oubliettes ; un gigantesque travail, de lecture, de relecture, d'adaptation de la partition, de reconstitution toutes catégories, de mise en scène, est nécessaire pour remonter de telles pièces. Une sorte de recherche archéologique dans laquelle les musiciens et l'équipe passionnés se lancent à corps perdu.

Au cours de cette saison 2014-2015, la compagnie a déjà ressuscité Bonsoir, M. Pantalon ! (1851) du compositeur belge Albert Grisar (1808-1869) en janvier dernier, après L'Ambassadrice de Daniel-François-Esprit Aubert (1836), Le Colin-Maillard de Jean-Louis Aristid Hignard (1853) et Le Petit Faust d'Hervé (1869) les années passées.

Pour la réalisation de Guitarrero, les musiciens-chercheurs ont consulté différentes sources : partitions éditées chez Maurice Schlesinger (conducteur d'orchestre, parties séparées, morceaux détachés en chant-piano, ouverture réduite pour le piano, ensembles et finales en chant-piano) ; le livret original, édité chez Lelong (Bruxelles) ; mise en scène notée par Louis Palianti, éditée chez Brière. Ils ont également réécrit « quelques mélismes ».

guitarerroLa partie préliminaire est présentée sous forme de théâtre ambulant « de poche ». Photographie © Compagnie des frivolités parisiennes.

L'histoire se déroule au Portugal du xviie siècle, avec en arrière-plan le renversement des Habsbourg par les Portugais et le couronnement de Jean II de Bragance en 1640. Don Alvaro de Zuniga veut se venger de la belle Zarah qui l'avait giflé lorsque celui-ci avait tenté de l'embrasser. Le prix de vengeance ? Marier la jeune fille noble à José Riccardo, un simple guitariste de rue, follement amoureux d'elle. Cette partie préliminaire, assez complexe, mais indispensable pour comprendre la suite de l'intrigue, est présentée sous forme de théâtre ambulant « de poche » (avec un petit cadre en bois représentant un théâtre, suspendu du cou, et des personnages en papier), récitée efficacement et avec drôlerie par Julien Clément. Le mariage a eu lieu, mais auparavant, le guitarrero, sincère, avait écrit un billet à sa future femme pour dévoiler ce qu'il était véritablement ; la malheureuse lettre est interceptée par Don Alvaro, sans jamais parvenir à sa destination… La si fière jeune femme se sent humiliée, mais éprouve également du regret amer d'avoir perdu son bien-aimé… C'est à ce moment-là que la révolution éclate ; le nouveau roi anoblit le guitariste et tout finit bien.

GuitarerroGuitarerro, par la Compagie Les frivolités parisiennes. Photographie © CFP.

Sur ce livret de la plume toujours habile de Scribe, Jacques-Flomental Halévy compose des airs à très belle vocalité, digne d'un grand opéra, comme La Juive que le duo avait réalisée en 1835. Les airs sont écrits selon les types de voix disponibles dans la troupe, en l'occurrence à l'Opéra-Comique, notamment pour le ténor Gustave-Hippolyte Roger (créateur de La Damnation de Faust de Berlioz et du Prophète de Meyerbeer). L'exigence vocale pour le rôle de José Riccardo est donc de taille. Si Marc Larcher, possédant un beau timbre, l'assume courageusement, sa voix ne rend peut-être pas toute la dimension et la subtilité de la partition. Dans le rôle de sa dulcinée, la mezzo Julie Robard-Gendre est agréable sur tous les plans, notamment la densité et la couleur chaude, tout à fait adaptées au caractère affirmé de Doña Zarah. Eva Gruber est remarquable en tant que Doña Manuela pour son excellent talent de comédienne. L'Orchestre des Frivolités parisiennes offre une belle performance de cette partition charmante, réduite à 24 musiciens pour l'occasion, sous la baguette d'Alexandra Cravero qui a une autorité naturelle.

La mise en scène de Vincent Tavernier, dépouillée, mais très efficace, va de pair avec les décors qui, limités à un petit plateau rehaussé, ont recours aux jeux de rideaux et de lumières ; ce sont surtout les costumes, suivant les modèles de l'époque, mais avec beaucoup de fantaisie pour leurs formes et couleurs (notamment pour ceux des personnages masculins), qui entretiennent un certain exotisme.

guitarerroGuitarerro, par la Compagie Les frivolités parisiennes. Photographie © CFP.

Les amateurs attendent avec impatience que l'œuvre bénéficie de représentations supplémentaires et que les « redécouvertes » de ce genre de répertoire se poursuivent ; la même compagnie proposera Yes ! de Maurice Yvain en décembre au théâtre de l'Européen (version originale pour deux pianos) et Don César de Bazan de Jules Massenet (1872/1888) de février à avril 2016 en tournée (Saint-Dizier, Paris, Dreux et Reims), sous la direction de Mathieu Romano.

Partition consultable en ligne

 

Strapontin au Paradis
14 juin 2014

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