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Le Béjart Ballet Lausanne et The Tokyo Ballet exaltent « l'Hymne à la joie » de Beethoven à Monte-Carlo

 

Kathleen Thielhelm et Masayoshi Onuki, Monte-Carlo. Photographie © Kiyonori Hasegawa.

Monaco, 4 juillet 2015, par Jean-Luc Vannier ——

Deux  compagnies de ballet internationales, le Béjart Ballet Lausanne et The Tokyo Ballet. L'orchestre philharmonique de Monte-Carlo placé sous la direction d'Antonino Fogliani. Les chœurs de l'opéra de Monte-Carlo. Une soprano (Aga Mikolaj), une mezzo-soprano (Karine Ohanyan), un baryton-basse (Gerd Grochowski), un ténor (Donald Litaker). Deux percussionnistes (j.B. Meier et Thierry Hochstätter). Au total : pas moins de 250 artistes — et sans doute des dizaines de techniciens invisibles — pour exalter, vendredi 3 juillet au Grimaldi Forum, la chorégraphie de Maurice Béjart « La ixe Symphonie » sur la partition de Ludwig van Beethoven. Un spectacle grandiose à l'invitation du Monaco Danse Forum et des Ballets de Monte-Carlo qui se joue à guichets fermés sur trois jours.

Imaginé en 1964 par Maurice Béjart, ce monument chorégraphique, remonté à cette occasion par Piotr Nardelli, signe selon son auteur « une participation humaine profonde à une œuvre qui appartient à l'humanité entière ». Il consacre en outre une démarche de visionnaire puisque l'« Ode à la joie » issue du 4e mouvement au symbolisme puissant et dédié conjointement par le compositeur allemand et Friedrich Schiller à la « fraternité humaine », ne deviendra l'hymne officiel de l'Union européenne qu'en 1972.

Elisabet Ros et Julien Favreau. Photographie © Kiyonori Hasegawa.

Après un prologue fondé sur des textes de Friedrich Nietzsche dits par Gil Roman, Directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne, et ponctués par les interventions des deux percussionnistes, le premier mouvement propose des évolutions collectives où les déplacements latéraux et les échanges désynchronisés entre hommes et femmes créent un effet d'optique qui remet en cause l'appréhension traditionnelle de la scène. Courbés, écrasés comme sous le joug d'une oppression, quatre danseurs et danseuses (Dan Tsukamoto, Hiroki Umezawa, Iori Nittono, Hideo Kishimoto et Mizuka Ueno, Mika Yoshioka, Kanako Oki, Haruka Nara) lèvent soudainement bras et jambes dans un élan spontané à la spiritualité. Tout en affichant un poing fermé et particulièrement revendicatif : un véritable marqueur politique dans cette chorégraphie de Maurice Béjart et dont la constance tiendra jusqu'au finale. Sur les notes plus légères et les rythmes plus sautillants du deuxième mouvement, Kathleen Thielhelm et Masayoshi Onuki nous subjuguent littéralement par un pas de deux d'une rare complicité, ludique dans les regards, et d'une harmonie espiègle et tactile pour les corps : malgré sa silhouette d'une juvénile gracilité — une fascinante caractéristique des danseurs du Tokyo Ballet —, le soliste nippon rayonne de bonheur par des sauts élancés et aériens tandis que sa partenaire exécute une gestuelle des plus gracieuses et souples avec un visage arborant l'expression du désir amoureux.

Masayoshi Onuki, Julien Favreau, Oscar Chacon et Dan Tsukamoto. Photographie © Gregory Batardon.

Dans le tempo plus lent du troisième mouvement, le duo formé par Elisabet Ros et Julien Favreau nous émeut par des évolutions aussi subtiles, aussi dentelées que les pizzicati des cordes qui les accompagnent : comme si leur rencontre et leur union devaient rester silencieuses, voire secrètes, impression qu'accentuent le visage grave du danseur et celui tout empreint d'ingénuité de sa partenaire. L'intensité émotionnelle du pas de deux en sort décuplée lorsque deux autres couples (Lisa Cano, Fabrice Gallarrague et Carmen Andres, Gabriel Arenas Ruiz) se joignent à eux.

Les accords plus sombres, presque imperceptibles des violoncelles (Thierry Amadi) et des contrebasses qui lancent le dernier mouvement et annoncent l'ode terminale laissent Oscar Chacon déployer toute une chorégraphie éprise de liberté et d'exaltation à la « lumière » dans la ronde de laquelle il appelle un à un les solistes des trois premiers mouvements à le rejoindre (Dan Tsukamoto, Masayoshi Onuki et Julien Favreau). Les voix s'emparent de la partition : Marsha Rodriguez danse sur la voix de la soprano Aga Mikolaj, Aldriana Vargas Lopez sur celle de la mezzo-soprano Karine Ohanyan, Iker Murillo Badiola sur celle du ténor Donald Litaker et Oscar Chacon sur celle du baryton-basse Gerd Grochowski qui donne le signal de cette libation lyrique qu'exacerbent les chœurs splendides et retentissants de l'opéra de Monte-Carlo. Toute la compagnie du Béjart Ballet Lausanne et celle du Tokyo Ballet envahissent la scène sur un finale qui se conclut sous les ovations debout d'un public autant ému par la nature humaniste et universelle du message que par l'excellence chorégraphique de Ballets aux provenances culturelles si lointaines et néanmoins en complète osmose.

IXe Symphonie. Photographie © Philippe Pache.

 

Monaco, 4 juillet 2015
Jean-Luc Vannier

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Samedi 4 Juillet, 2015 23:14

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