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Le Freischütz : version sans paroles au Théâtre des Champs-Élysées

 

Véronique Gens. Photoghraphie © Marc Ribes, Virgin Classics.

14 septembre 2015, par Frédéric Norac ——

Plateau vocal de grand luxe, orchestre idiomatique et superbement coloré, chœurs superlatifs, il s'en faut d'un rien pour que cette version de concert du Freischütz  — que Paris n'avait pas entendu depuis la production de l'adaptation française de Berlioz à l'Opéra-Comique en 2011 — ne nous restitue le chef-d'œuvre de Weber dans toute sa plénitude. Ce rien, c'est paradoxalement l'absence totale ou presque des dialogues et, avec eux, de la saveur de langue allemande parlée. Pour être le « prototype » de l'opéra romantique allemand, le Freischüz n'en reste pas moins un Singspiel. Les dialogues en constituent le moteur théâtral et ils sont indispensables à son équilibre. Ils introduisent un contraste dynamique avec les numéros musicaux et créent une nécessaire continuité.

Le texte imaginé pour les remplacer par Steffen Kopetzky ne fait certes pas l'erreur de raconter ou de paraphraser  l'histoire, il nous place dans l'optique de Samiel, l'esprit du Mal, qui contemple l'action avec un certain fonds d'ironie, mais ses prétentions littéraires et ses concepts assez fumeux,  associés à l'emphase et l'uniformité de ton avec lesquelles le comédien Graham F. Valentine — un des acteurs fétiches de Christoph Marthaler — les profère dans un français rocailleux, finissent par agacer un peu.

La preuve qu'il manque la parole à cette version est largement faite dans la grande scène de la « Gorge aux Loups », traitée par Weber en mélodrame, où les chanteurs récupèrent enfin cet élément essentiel de caractérisation et qui apparaît comme l'épicentre de la soirée. Il est vrai qu'ici la direction efficace, mais jusque là assez peu inspirée de Thomas Hengelbrock, à part dans les passages folkloriques auxquels il communique un pittoresque irrésistible, semble prendre feu et révèle tout le potentiel dramatique de l'œuvre. Quelque chose semble tout à coup  s'éveiller et la magie de la partition commence à agir. Le concert qui  voisinait souvent dans la première partie la lecture anthologique, s'y cristallise et trouve une énergie qui emporte toute réserve.

Thomas Hengelbrock. Photographie © Gunter Gluecklichl.

La qualité des vents et de l'ensemble des premiers pupitres de la NDR est éblouissante, les chœurs mêlés de la NDR et la WDR enchantent à chacune de leurs interventions. Pas un seul élément faible dans une distribution où chacun possède son rôle sur le bout des doigts et où les partitions n'apparaissent que par intermittence et restent bien souvent fermées. Idéale de timbre et de phrasé, l'Agathe mélancolique de Véronique Gens paraît un peu timide et retenue dans son premier air, mais frôle le sublime dans le second. Délicieusement mutine, l'Annchen de Christina Landshammer transforme son air du deuxième acte en dialogue amoureux avec l'alto solo. Sur la prestation du Max de Nikolai Schukoff — chanteur irréprochable, mais à la carrure limitée — semble planer l'ombre du ténor allemand que tout Paris attend prochainement dans Ariane à Naxos. Le Kaspar de Dimitry Ivaschenko possède bien cette noirceur de timbre attendue, mais lui aussi un relief un peu limité. Et si personne parmi les seconds plans ne démérite, c'est surtout la dernière apparition, celle de l'Ermite de Franz-Josef Selig, une sorte de Sarastro à la puissance 10, qui laisse l'auditeur ébahi par la souplesse expressive et la solidité de sa magnifique basse noble, d'une humanité absolue.

Un concert de belle tenue reçu par une salle enthousiaste qui sans doute n'avait pas entendu en version originale cette œuvre plutôt rare par chez nous  depuis belle lurette.

Nikolai Schukoff. Photographie © D.R.

Diffusion sur France Musique le samedi 10 octobre à 19h00.

 

plume Frédéric Norac
14 septembre 2015

 

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Mercredi 16 Septembre, 2015 20:11

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