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Les Concerts d’Esther : mine d’or de jeunes talents

 

17 juin 2015, par Strapontin au Paradis ——

Les Concerts d’Esther effectuent un travail de fourmi en matière de découverte de jeunes talents, souvent encore étudiants du Conservatoire national supérieur de Paris. Nathalièle Esther, passionnée de musique, elle-même musicienne, prend, depuis 2009, l'initiative d’offrir aux étoiles de demain des occasions de se présenter devant un public plus large que dans le cadre des concerts d’étudiants du Conservatoire.

Après avoir déplacé le lieu à plusieurs reprises, la série s’installe cette année Espace Bellan, mitoyen au Théâtre Tristan Bernard, dans le quartier d’Europe, à deux pas de la Gare Saint-Lazare. Cette salle d’un peu plus de 100 places, aujourd’hui un peu oubliée, mais idéale pour la musique de chambre, est surtout connue pour les concours portant le même nom.

Léopold Bellan (1957-1936), industriel, philanthrope et homme politique, fonde en 1926 un « concours de musique et de déclamation », l’un des seuls concours musicaux à l’époque réputé pour la qualité de ses lauréats ; à son âge d’or, le nombre de candidats dépassait parfois 5000 par an. Parmi les musiciens primés, figurent des noms gravés dans l’histoire de la musique de notre pays : Olivier Messiaen, Marcel Bitsch, Isabelle Aboulker, Ginette Neveu, Augustin Dumay, Roland Pidoux, Paul Tortolier, Patrice Fontanarosa, Michel Plasson, Serge Baudo, Yvonne Loriod, Christian Ivaldi, Alain Planès, Jean-Claude Pennetier, Anne Queffélec, Brigitte Engerer, Alexandre Tharaud, Cédric Tiberghien, Marielle Nordmann, Pierre-Yves Artaud, André Isoir, Thierry Escaich, mais aussi Claude Piéplu, Michel Polnareff, Barbara, Michel Legrand…

Devenu « Concours de Musique et d’Art dramatique » en 2005, la manifestation était à l'agonie lorsqu’elle est relancée en 2013, suite à la constitution d’une nouvelle équipe, regroupée au sein de l’association « Lanceur d’art » à laquelle la Fondation Bellan confie la gestion du concours. Parmi les lauréats récents, on peut citer les pianistes Jean-Frédéric Neuberger et Rémi Genier, le Quatuor Anche Hantée ; parmi les dernières « recrues », Esther Assuied (piano) et Hildegarde Fesneaux (violon, également 5e prix à la dernière édition du Concours international Jacques Thibaud).

Après un concert d’Esther Assuied le 4 mai (Rameau, Tchaïkovski, Liszt, Schubert-Liszt, Grieg) auquel nous n’avons malheureusement pas pu assister, nous avons entendu cinq jeunes musiciens, le 11 mai puis le 1er juin. Cinq musiciens d’instruments et de niveaux différents, mais qui ont en commun une passion sans borne pour la musique.

Maroussia Gentet Salle Cortot, 2015. Photographie © D.R.

Le concert du 11 mai était assuré par les pianistes Maroussia Gentet et Joseph Birnbaum, dans un programme intercalant œuvres solistes et à quatre mains.

Jean-Sébastien Bach
Partita no 6 BWV 830
Joseph Birnbaum

Robert Schumann
Bilder aus Osten, opus 66
4 mains

Frédéric Chopin
Sonate no 2 opus 35
Maroussia Gentet

Johannes Brahms
Liebeslieder Waltzer, opus 52, extraits
4 mains

Précoce, Maroussia Gentet intègre à 13 ans le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon, obtient son bac scientifique deux ans plus tard. Elle se perfectionne auprès de Rena Shereshevskaya, à l’École normale de musique de Paris, et à partir de 2012, au Conservatoire national supérieur de Paris. Elle est lauréate de nombreux concours : Concours de Ettlingen en 2008, demi-finaliste du Concours Busoni à Bolzano en 2010 / 2011, 1er prix au Concours Adilia Alieva (France) et 2e prix au Concours Simone Delbert-Février (Nice) en 2012.

Joseph Birnbaum, 22 ans, titulaire du diplôme de concert de la Schola Cantorum, poursuit actuellement ses études au Conservatoire national supérieur de Paris avec Franck Braley et Haruko Ueda. Également violoniste et chambriste passionné, il forme un duo avec Léa, sa sœur violoncelliste. Lauréat des concours internationaux (Île-de-France, Steinway & Sons, Les Virtuoses du Chœur), il est amené à travailler avec Jean-Claude Pennetier, Jacques Rouvier, Itamar Golan et bien d’autres musiciens de renom.

Joseph Birnbaum. Photographie © D.R.

Le concert commence par le solo de Joseph Birnbaum avec la 6e Partita de Bach. D’une très belle sonorité, son interprétation révèle une sensibilité délicate. Il tente de souligner la spécificité de chaque pièce (Toccata, Allemande, Courante, Air, Sarabande, Gavotte et Gigue), parfois de manière réussie, parfois moins convaincante, mais son approche sincère suscite l'admiration. En revanche, il peine souvent à s’affirmer, notamment dans des passages piano, où il perd la consistance du son ; certains détails demeurent « bruts », sans qu’il ne réussisse à les aborder avec l'attention désirée. Cela nous amène à penser qu’il est encore à la recherche d'un bon équilibre entre les ressentis et la partition.

Dans Schumann, donne une belle exécution avec Maroussia Gentet à la partie primo ; la caractérisation des 6 pièces est assez intuitive, sans qu’elle ne soit pour autant spontanée.

Maroussia Gentet exécute ensuite la sonate dite « Marche Funèbre » de Chopin. L’interprétation sort du commun, on sent nettement une volonté expressive personnelle. Elle s'impose dès les premières mesures avec une allure majestueuse et grave (« Grave », comme indiqué dans la partition). Si les triolets avant la conclusion de l’exposition et de la réexposition du 1er mouvement ont tendance à traîner quelque peu, que dans le « Scherzo » quelques détails pourraient être affinés, avec la « Marche funèbre », on sent de nouveau cette volonté ferme et vigoureuse, à travers un tempo très lent et le maintien de la pédale qui mêlent les accords de la main gauche. Comme pour échapper à ce troisième mouvement pesant et imposant, le presto final se déroule tel un exercice, dans une légèreté presque intrigante.

Cette forte personnalité musicale peut éclipser celle des autres. Après Chopin jouée d’une telle façon, la partie mélodique des valses Brahms, tenue par Joseph Birnbaum, sonne un peu terne.

En bis, ils jouent à nouveau à 4 mains « Pas de deux » de Samuel Barber, extrait de Souvenirs, opus 28, avec grand succès.

Thibault Lebrun lors du concours Léopold Bellan (1er Prix). Photographie © D.R.

Le premier juin était consacré à un récital de Thibault Lebrun (piano), avec la participation de Noémi Leneman (clarinette) et de Jelena Ilic (violoncelle).

Carl Maria von Weber
 Fantaisie & Rondo
Extraits du Quintette pour clarinette opus 34
transcription pour clarinette et piano

Claude Debussy
Images Livre II

Franz Liszt
Ballade no 2 en si mineur

Jean-Sébastien Bach
Partita no 2 BWV 826

Thibault Lebrun est certainement l’un des pianistes les plus en vue de sa génération. Son extraordinaire musicalité et sa capacité exceptionnelle de concentration sur le clavier ont déjà ému de nombreux mélomanes et professeurs de musique. Pourtant, il ne fait pas partie des jeunes ambitieux qui s’accrochent coûte que coûte à l’idée de se faire connaître et de mener une carrière internationale.

Pour autant, son curriculum vitæ est déjà très rempli : 1er prix et le prix public au Concours Stasys Vainiunas (Lituanie) en avril 2014 ; lauréat du 44e Concours de Belgrade (Serbie) un mois auparavant ; 1er prix du Concours Earth and Man en Bulgarie en 2012. Il est par ailleurs lauréat de la Fondation de France. Il est actuellement en master au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

En guise d’apéritif au concert, la toute jeune clarinettiste, Noémi Leneman (née en 1999) interprète « Fantaisie & Rondo » du quintette pour clarinette de Weber. Prestation tout à fait honorable pour son jeune âge, un grand potentiel que la musicienne exploitera sans aucun doute.

À travers un programme rassemblant des pièces d’époque et de nature très différentes, Thibault Lebrun révèle sans retenue ses capacités, en particulier son sens stylistique hors du commun. Entre Debussy, Liszt et Bach, la sonorité, la profondeur, la consistance, la couleur du son changent complètement. De la légèreté aérienne à demi-teinte pour Debussy — la description sonore des crépitements d’eau provoqués par le sautillement du poisson d’or est telle qu’on a l’impression que le spectacle se déroule devant nos yeux ! — à une autre légèreté du toucher, pour Bach, qui évoque même le son du clavecin. À quoi s’ajoute un dynamisme romantique, presque symphonique, dans Liszt. Rares sont les pianistes qui savent réaliser une telle prouesse en matière de variations sonores, avec une technique parfaitement en phase avec sa musicalité ; chez lui, rien n’est fabriqué, tout est naturel.

Avant de jouer la Partita de Bach, il parle de sa vision de Bach, au lieu de l’Étude transcendantale no 6 (d’après Paganini) initialement prévue, expliquant que la plupart des œuvres du cantor de Leipzig sont orientées vers la pédagogie, avec d’extraordinaires innovations ; qu’approfondir Bach est en ce sens essentiel, d’abord pour trouver une assise musicale, qui permettra au musicien de se libérer par la suite de tout cadre.

Pour compenser cette petite lacune du programme, il a réservé une surprise : en bis, il fait appel à la violoncelliste serbe Jelena Ilic pour interpréter ensemble les variations sur le thème de La Flûte enchantée de Mozart, où Thibault Lebrun révèle son excellent talent d’accompagnateur.

Prochain et dernier concert de la saison : Irène Duval (violon, révélation classique de l’ADAMI) et Fiona Mato (piano) avec la participation de Juliette Journaux (piano), le 22 juin 2015, Salle Bellan.

Site officiel des Concerts d’Esther.

Strapontin au Paradis
17 juin 2015

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