bandeau textes

S'abonner au bulletin

 

Les mousquetaires à Châtillon : un régal populaire et vivant

 

Châtillon, 19 juin 2015, par Flore Estang ——

avier StouffXavier Stouff. Photographie © Solaré.
Sous la direction énergique, précise et souriante de Xavier Stouff, le chœur Solaré et le Chœur des Jeunes de Châtillon-sur-Scène ont proposé hier soir au public chatillonnais une représentation exceptionnelle de l’opérette de Louis Varney, Les Mousquetaires au Couvent, dernière œuvre scénique du musicien, composée en 1880, peu avant sa mort.

La philosophie du mouvement À Cœur Joie est intégrée par les chorales que dirige le jeune chef. En outre, celui-ci imprime au travail régulier le sceau d’un haut niveau musical et d’exigence. Amateurs oui, mais de qualité. Les chorales d’enfants, d’adolescents et d’adultes créées au sein de l’Association chorale de Châtillon montrent cette volonté de perfectionnisme motivée par l’esprit rationnel du jeune ingénieur et sa propre formation musicale. À l’instar des grandes institutions chorales parisiennes, de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris au Chœur de l’Orchestre de Paris, les ensembles vocaux dédiés à tous les âges, de quatre à quatre-vingts ans, ont fleuri autour du chœur Solaré.

Avec les Mousquetaires, tous les bons ingrédients sont au rendez-vous : un ensemble instrumental de qualité (des musiciens professionnels ou étudiants au CNSM regroupés pour l’occasion et travaillant avec le chef depuis plusieurs années) ; une distribution exceptionnelle, où chaque chanteur possède la voix, le timbre, incarne le rôle. Tous les solistes habitent parfaitement les personnages, comme Alice Lestang. Avec la voix légère et timbrée d’une Mireille de Gounod,  elle incarne l’aubergiste avec jubilation et malice. Nous retrouverons certainement la justesse sans faille et le timbre de la jeune soliste dans d’autres productions. La remarquable mise en scène de Marie-Cécile Combier permet à tous les acteurs sur scène, choristes ou solistes, danseurs ou comédiens, de tenir leur place, malgré l’exigüité relative de la scène. Dans de magnifiques costumes « d’époque », les artistes évoluent au sein de décors savoureux ; tout cela catalysé par l’énergie musicale et théâtrale de l’infatigable chef de chœur et chef d’orchestre.

les mousquetairesLes mousquetaires au couvent. Ensemble Solaré, sous la direction de Xavier Stouff. Châtillon, juin 2015. Photographie © Ecliptique Laurent Thion.

Parmi les solistes, remarquons les talentueux acteurs-chanteurs de fantaisie Eric Deprez (L’Abbé Bridaine) et François Neveu (Brissac), artistes expérimentés de ce répertoire et cascadeurs à l’occasion, pour le plus grand bonheur du public. Les airs savoureux devenus rengaines : « Je suis l’abbé Bridai-è-è-è-è-è-è-è-è-ne » et « Aimons-nous, aimons-nous donc » impriment puissamment la mémoire du public conquis. Sans prétention, mais remarquablement construites, les mélodies de Louis Varney sont de veine à la fois populaire et classique, car mémorisables facilement et rappelant parfois des motifs mozartiens (le premier air de Simone) ou belliniens (l’air de Marie). Dans la grande tradition de l’opérette française, leur caractère est varié, de la rengaine de Brissac (« Pour faire un bon mousquetaire ») à l’air charmant de Marie, inspiré du plus pur bel canto (« Mon Dieu de mon âme incertaine »).

mousquetairesGontran, Bridaine et Brissac. Photographie © Ecliptique Laurent Thion.

Humoristique et jamais vulgaire, le livret est savoureux, laissant toutes possibilités aux metteurs en scène de le réactualiser, ce dont ne se privent pas les concepteurs de la représentation « spéciale-Châtillon ». Avec cet esprit bourgeois et populaire à la fois, qui touche toutes les catégories de public, l’opérette réalise la fusion de tous les styles vocaux, de la chanson populaire à l’aria italienne, en passant par la musique sacrée : avec le final du premier acte des Mousquetaires, Louis Varney montre sa maîtrise de l’écriture polyphonique, du contrepoint vocal, chœur et solistes confondus, aux grands accords d’un choral des plus spirituels. La partition de l’orchestre est également écrite avec finesse, les solos de contrebasse et de clarinette renforçant l’expression musicale et scénique avec élégance et justesse. Renforcée par une sonorisation voulant recréer l’acoustique d’un théâtre à l’Italienne, l’interprétation des chœurs est surprenante pour un niveau amateur.

les mousquetairesLa mise en scène dynamique et en mouvement. Photographie © Ecliptique Laurent Thion.

Avec le choix des costumes d’époque et les décors peints, l’impression de conte de fées est complétée au second acte par l’entrée muette d’un chérubin, enfant cabriolant déguisé en ange de l’amour et décochant ses flèches aux deux amoureux Marie et Gontran (Salatiel Menezes). Convié à entreprendre un voyage imaginaire d’agrément, le public assiste ravi à l’histoire éternelle de l’amour.

Humour, mémoire, beau chant et émotion sont les mots clés de cette soirée-spectacle populaire. Avec ingéniosité, l’équipe a trouvé le moyen d’insérer le petit orchestre  dans le coin jardin en avant de la scène, ainsi malgré la petite hauteur de l’estrade, le public n’est pas gêné par le chef au centre, sans pour autant que les acteurs-chanteurs ne le perdent de vue.

les mousquetairesXavier Stouff, son orchestre et ses chanteurs. Photographie © Ecliptique Laurent Thion.

On peut regretter que les cuivres couvrent parfois les parties vocales, malgré les nuances imposées par le chef pour contraster la dynamique musicale. En outre, certains chanteurs solistes auraient besoin d’un surtitrage pour leur texte (quelques spectateurs avertis lisaient le livret en suivant le spectacle). Le micro de la pétulante Louise (Lou Denès) semble ne pas avoir fonctionné, les solistes disparaissent parfois dans le chœur sans que le public puisse comprendre qui chante. Mais considérant les conditions acoustiques et spatiales de la salle, le résultat est vraiment convainquant et digne de nos belles scènes lyriques.

les mousquetaires Louise, Gontran, Simone, Marie et Brissac. Photographie © Ecliptique Laurent Thion.

 

Plume Flore Estang
19 juin 2015

 Le spectacle a été rejoué samedi 20 et dimanche 21 juin, à guichets fermés.

Site du chœur Solaré

À propos
Contact

Recherche dans le site
S'abonner au bulletin
Liste musicologie.org
Collaborations éditoriales

rss Flux rss

Biographies
Encyclopédie musicale
Articles et études
La bibliothèque

Analyses musicales
Colloques & conférences
Universités françaises

Soutenir musicologie.org

Actualités musicales
Nouveaux livres
Nouveaux cédés
Agenda

Petites annonces
Téléchargements
Presse internationale


ISSN  2269-9910

Références / musicologie.org 2014

musicologie

Lundi 22 Juin, 2015 1:59

bandeau

recherche

 

Dans les carnets de Flore Estang

Thierry Escaich et le quatuor Ellipsos à l’Institut (10 juin 2015)

Jacques Prévert et la musique. Création : un duo de qualité pour un poète immortel (30 mai 2015)

Olivier Py au Trianon de Paris : La magistrale démonstration (26 septembre 2014)

Premier congrès national des chefs de chœurs (Clichy-sur-Seine, 12-14 septembre 2014)

Académie Francis Poulenc à Tours : « La master-class mitraillette » de François Le Roux (Tours, 21 août 2014)

L’Orchestre français des jeunes au Parc floral de Paris : la relève musicale est assurée (23 août 2014)

Concert-récital « La Lune blanche », Paul Verlaine mis en musique, un pari audacieux et réussi (Nouvel Olympia à Tours, mercredi 20 août 2014)

Du 11 au 16 août 2014, Festival BACH en Combrailles, XVe année. La magie d’une passion renouvelée.

Festival européen Jeunes talents : Un moment savoureux et intense (Paris 19 juillet 2014)

Don Giovanni à Vincennes : une immense déception (Vincennes, 28 juin 2014)

« La Scala di Seta » de Rossini : Une merveille d’humour et de fraîcheur (Théâtre des Champs-Élysées, 13 juin 2014)

Déliravox : la voix dans tous ses états (Paris, 4 avril 2014), par Flore Estang

Concours international de chorales d'enfants (27 nmars 2014)

L’Italie de Chopin et de George Sand : Nohant Festival Chopin (6 mars 2014)

Picard Timothée : Âge d'or, décadence, régénération : Un modèle fondateur pour l'imaginaire musical européen. « Perspectives comparatistes » (22), Classiques Garnier, Paris 2013 [914 p. ; ISBN 978-2-8124-1286-8 ; 49 €].

Delalande François, Analyser la musique, pourquoi, comment ? (illustrations de Valérie Gauffreteau, préface de Daniel Teruggi). INA, Paris 2012 [248 p. ; SBN 978-2-86938-201-5 ; 20 €] (17 décembre 2013).

Édith Canat de Chisy au Collège des Bernardins, La Fureur d'aimer (20 septembre 2013)

Chimènes Myriam & Laedrich Alexandra (dir.), Regards sur Debussy. Fayard, Paris 2013

Éric Astoul, récital à la Chapelle Saint-Frambourg : Alkan, Liszt, Chopin, Schubert, Cziffra. Fondation Cziffra 2013.