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Les solistes du Théâtre Mariinsky offrent un « Eugène Onéguine » passionné pour l'Année de la Russie en Principauté

 

Alexander Kantorov (direction musicale). Photographie © Orchestre symphonique de Saint-Péterbourg.

Pour les cent soixante-quinze ans de la naissance de Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) et dans le cadre de l'Année de la Russie en Principauté, les solistes du Théâtre Mariinsky accompagnés par l'Orchestre symphonique d'État de Saint-Pétersbourg « Klassika », donnaient, samedi 2 mai salle Prince Pierre du Grimaldi Forum de Monaco, une version  concertante de Eugène Onéguine : le célèbre opéra du compositeur russe d'après le roman d'Alexandre Pouchkine, créé au Théâtre Maly de Moscou en 1879 et dont l'opéra de Monte-Carlo avait fait son ouverture de saison lyrique en novembre 2010. Le directeur musical insistait sur le découpage en « scènes lyriques » — les plus connues de cette œuvre figuraient au programme de cette soirée — en invitant le public à « applaudir après chaque séquence, s'il le souhaitait ».

Anastasia Meshchanova (Olga), Svetlana Kiselyova (Tatiana), Elena Morozova (Madame Larine) et Anastasia Gorlova (La gouvernante). Photographie © Orchestre symphonique de Saint-Pétersbourg.

Fondé à la fin des années quatre-vingt par le maestro Alexandre Kantorov, l'orchestre symphonique d'État de Saint-Pétersbourg « Klassika », titre acquis depuis 1992, était à l'origine un orchestre de chambre réunissant les meilleurs instrumentistes de la cité russe des bords de la Neva. Cela s'entend dès l'introduction du premier acte avec des sonorités finement ciselées où les cordes, emmenées par Mikhaïl Tchaoussovski (premier violon) s'expriment avec une sorte de retenue, comme pour ne pas briser l'ambiance intimiste de la nostalgie si caractéristique de cette pièce.  La « Mazurka » du bal de Madame Larine qui précède le duel tragique entre Onéguine et Lenski de même que la très aristocratique « Polonaise » qui ouvre le dernier acte dans le palais du Prince Grémine sont exécutées avec rigueur et ce brin de légèreté d'une âme russe toujours empreinte d'insouciance. Cette formation d'une soixantaine de musiciens compte, outre une très jeune violoniste — la soliste Anastasia Farrakhova à peine âgée de 16 ans —, de nombreuses femmes, choix que le chef Alexandre Kantorov explique avec humour : « je ne suis pas contre les femmes et cette question ne s'est jamais posée pour moi. Mais comme le prestige de la profession a un peu baissé et que les hommes se sont tournés vers les affaires, les femmes ont pu investir cette profession ». Sûr de sa phalange, le maestro ne cherche d'ailleurs pas à suggérer une interprétation personnelle de la partition.

Vladimir Tselebrovsky (Onéguine) et Svetlana Kiselyova (Tatiana). Photographie © Orchestre symphonique de Saint Pétersbourg.

Entendues sur fond de harpe (Lidia Koreezkaya) et de pizzicati des cordes, les quatre voix féminines, Elena Morozova (Madame Larine), Anastasia Gorlova (La gouvernante), Svetlana Kiselyova (Tatiana) et Anastasia Meshchanova (Olga) entament un élégant quatuor mélancolique « Ты помнишь ли ?» (Tu te souviens ?). Et ce, avant qu'Olga ne chante sa bienheureuse vie nonchalante « Я без заботна » (je n'ai pas de souci). Deux très belles voix se distinguent néanmoins dans cette distribution : la soprano Svetlana Kiselyova suscite l'enthousiasme dans son interprétation de Tatiana : non par sa puissance vocale — ses aigus sont rares mais subtils, laissant entrevoir un spectre grave développé — mais au contraire par une remarquable palette d'inflexions dans laquelle la lauréate de nombreux prix puise avec aisance ses tourments intérieurs comme dans l'admirable scène de la lettre « Не знаю, как начать... » (je ne sais par où commencer…) ainsi que sa fierté dans son émouvant duo final avec Onéguine « Так близко, так близко! » (le bonheur était si proche, si proche…). Native de Omsk en Sibérie et diplômée du conservatoire de Nijni-Novgorod, l'artiste lyrique nous confiait à l'issue de la performance avoir « débuté avec une voix de mezzo » avant de « découvrir se sentir plus à l'aise dans le registre de soprano ». Elle espère « chanter prochainement le rôle de Marguerite » dans le Faust de Charles Gounod.

Vladimir Tselebrovsky (Onéguine) et Mikhaïl Makarov (Lenski). Photographie © Orchestre symphonique de Saint Pétersbourg.

L'autre belle découverte de cette soirée fut celle du ténor russe Mikhaïl Makarov, diplômé du conservatoire Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg, dans un magnifique Vladimir Lenski. Dotée de riches et belles intonations, sa voix au timbre chaleureux et bien projetée lui permet d'interpréter tour à tour un vibrant duo amoureux avec sa fiancée Olga « Я люблю вас » (je vous aime), sa douloureuse colère contre Onéguine « Вы больше мне не друг! (vous n'êtes plus mon ami) et son adieu à Olga sur un forte « Ольга! Прощай » (Olga adieu…). Il brille surtout dans son grand air « Куда, куда » (vers où… ?) où il se résout à affronter la mort. La prestation du rôle-titre déçoit : le baryton Vladimir Tselebrovsky conserve d'un bout à l'autre un timbre passablement monolithe. De sa réponse froide à la lettre de Tatiana à sa déclaration enflammée à l'acte final, aucune accentuation, aucune variation ne vient, hélas, moduler sa ligne de chant. D'une grande qualité malgré sa brève apparition, la basse russe Alexander Morozov campe avec force conviction et authenticité un Prince Grémine aussi fébrilement amoureux que réaliste sur son âge  « И жизнь, и молодость, и счастье » (et la vie, la jeunesse et le bonheur). Un triptyque auquel le public, essentiellement russe, du Grimaldi Forum a été suffisamment sensible pour réserver à cette production une ovation debout. Et très fleurie.

Monaco, le 3 mai 2015
Jean-Luc Vannier

Alexander Morozov (Grémine) et Alexander Kantorov (direction musicale). Photographie © Orchestre symphonique de Saint-Pétersbourg.

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