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Manfred Honeck et l'orchestre philhar-monique de Monte-Carlo offrent un lumineux et rare Bruckner

 

Manfred Honeck. Photographie © Felix Broede.

Monaco, 12 octobre 2015, par Jean-Luc Vannier ——

À constater, dimanche 11 octobre, les rangs clairsemés de l'auditorium Rainier III de Monaco, la conclusion s'imposait : Anton Bruckner ne fait toujours pas recette auprès des mélomanes. Les absents eurent tort. Et ceux de cette « Grande Saison » regretteront amèrement de ne pas avoir entendu, en deuxième partie de concert, l'exceptionnelle interprétation de la symphonie no 4 en mi bémol majeur, dite « Romantique » du compositeur et organiste autrichien (1824-1896). Placé sous la baguette — presque magique — de Manfred Honeck, l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo nous en a donné une version aussi rare que lumineuse : soixante-dix minutes de plaisir qu'aucun bâillement ne sera venu interrompre. Une œuvre restituée toute en nuances, des plus subtiles sinon étonnamment délicates malgré son encadrement par les puissants et récurrents tutti du premier mouvement Bewegt, nicht zu schnell et du Finale. Bewegt, doch nicht zu schnell : entre ces deux piliers intangibles, un ineffable Andante. Andante quasi allegretto où d'imperceptibles pizzicati accompagnent une mélodie fragile, prudente et où les pas de cette « marche », ponctuée par les contrebasses et les violoncelles, expriment cette douleur pudique qu'Anton Bruckner souhaite nous faire ressentir sans oser l'afficher. Et que dire de ce Scherzo. Bewegt dont les cuivres rutilants stoppent la mesure avec la netteté d'une lame aussi tranchante que le couteau d'un chasseur ? Quant au dernier mouvement, comment ne pas s'extasier de ces crescendos puissants et ces accélérations de rythmes qui culminent avec un tutti nous abandonnant sur un silence assourdissant ? Les ultimes mesures nous entraînent vers d'éblouissants sommets : de flamboyantes sonorités dessinent le halo d'une consécration mystique où Anton Bruckner, le « maître de Saint-Florian », rencontre Richard Wagner (1813-1883), celui de Leipzig.

En acceptant sa relative « déconstruction » du tout de la partition pour privilégier la spécificité de ses parties, l'ardeur du chef n'est sans doute pas pour rien dans cette réussite musicale: plus d'une fois, Manfred Honeck courbe l'échine jusqu'à passer sous la barre de son estrade afin d'obtenir un élégant pianissimo. La baguette du maestro d'origine autrichienne pique et s'enfonce dans la chair d'un pupitre comme pour en susciter des réactions plus intenses. La fermeté du poing pour tenir un fortissimo n'a d'égal que la sèche imprécation de son index pour immobiliser ou initier un instrument.

Le directeur musical de l'orchestre symphonique de Pittsburgh n'attend pas la symphonie de Bruckner pour nous donner un magnifique aperçu de son art : en ouverture, et pour cette première exécution à Monte-Carlo, il dirige Rondino, pour orchestre d'Herbert Willi (né en 1956). Ce dernier nous propose un travail dont les mouvements alternent, dans une expressivité tant spatiale qu'auditive, une explosive claudication rythmique de cuivres et de percussions avec un étirement infini de mélodies par les cordes : Berstein contre Mahler ! Un long silence duquel émerge le son de l'alto puis la sensation de gouttes de pluie au travers de pizzicati qui surgissent ici ou là. Un saisissant contraste expliqué par l'auteur : « Permettre le silence et l'absence de but des sons, est sans doute l'une des plus belles choses que je puisse imaginer ».

Il nous était, en conséquence, plus difficile de nous plonger ensuite dans le Concerto pour violon n°5 en la majeur, KV 210 de Wolfgang Amadeus Mozart avec la soliste Ye-Eun Choi. Si la phalange monégasque a su restituer une sensibilité mozartienne, la violoniste sud-coréenne nous aura moins convaincu : étendue des coups d'archet qui, ici, allongent les notes, là, les essoufflent. Mais le plus gênant fut, malgré une indéniable virtuosité, la production de sons parfois arides, d'une facture similaire et à la faible musicalité. Un peu comme ces sopranos qui chantent des aigus techniquement irréprochables mais totalement dépourvus d'affects. Les parties « solo » à la fin de l'Allegro aperto et de l'Adagio échappent un peu à cette regrettable perception. Il nous faudra réentendre, dans d'autres conditions sans doute plus favorables, cette brillante élève de Hochschule für Musik und Theater de Munich, bénéficiaire d'une bourse de la Fondation Anne-Sophie Mutter.

Monaco, le 12 octobre 2015
Jean-Luc Vannier

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Mardi 13 Octobre, 2015 2:44

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