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Marion Cotillard et l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Kazuki Yamada transcendent « Jeanne d’Arc au bûcher »

 

Monaco, 8 février 2015, par Jean-Luc Vannier ——

Une œuvre étrange. Déconcertante. Et où la variété parfois exubérante dans la partition des registres musicaux le dispute à la sobre gravité et au traitement mystico-lyrique du sujet. Les interrogations abondaient donc, dimanche 8 février à l’auditorium Rainier III de Monaco, sur cette version monégasque de « Jeanne d’Arc au bûcher », oratorio dramatique d’Arthur Honegger (1892 – 1955) sur un livret de Paul Claudel. Une collaboration improbable entre un compositeur helvète, pétri des influences les plus hétéroclites (Darius Milhaud, Igor Stravinsky…) et soucieux d’élaborer une musique en osmose avec les changements politiques et sociaux de son temps et un librettiste, un moment diplomate français en poste aux États-Unis et illuminé par la grâce un soir de Noël 1886 dans l’ombre incandescente d’un pilier de la Cathédrale Notre-Dame.  La pièce elle-même connut les vicissitudes de l’époque : après une création reportée à Bâle le 12 mai 1938 sous la direction de Paul Sacher, la présentation en France aura lieu dans la « zone libre » de l’Hexagone sous la forme d’un spectacle de tréteaux en 1941, avant une première scénique à Zurich l’année suivante.

Kazuki Yamada. Photographie © Marco Borggreve.

Dirigé par Kazuki Yamada dont nous avons, à juste titre, souvent fait l’éloge dans nos colonnes, l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo nous comble d’aise : la relation de confiance solidement établie avec le chef principal invité semble décupler toutes les potentialités de la philharmonie du Rocher. Les attaques sont à la fois douces et ciselées, les enchaînements brillants et harmonieux, les chutes nettes sans être tranchantes. Les harmoniques sensibles qui accompagnent « Ainsi soit-il », la « partie de cartes » sans doute inspirée par les rythmes sautillants et ludiques de Darius Milhaud, l’envolée lyrique qui ponctue « cette épée, c’est celle de l’amour », la capacité représentative des dernières mesures, dignes d’un poème symphonique suggérant les flammes ignifiant le corps puéril sur un tutti orchestral « Il y a Dieu qui est le plus fort » comptent parmi les passages les plus impressionnants de cet inclassable édifice mélodique. Non content d’insuffler sa minutieuse direction à l’orchestre, le maestro japonais instaure en outre une communication sans faille avec les chœurs, magnifiques dans l’art de combiner l’éclat et la distinction,  de l’Orchestre de Paris (chef de chœur : Lionel Sow) et les chœurs d’enfants de l’Académie de Musique Rainier III (chef de chœur : Bruno Habert). Il se déplacera dans les rangs de ces derniers pour aller personnellement féliciter trois jeunes solistes.

Marion Cotillard. Photographie © DR.

Nous attendions avec impatience la prestation de Marion Cotillard dans le rôle de Jeanne d’Arc : elle est tout simplement époustouflante. Tour à tour sobre, naïve, illuminée, combattante, inquiète puis littéralement extatique devant la mort — nous y associons l’image d’une « Isolde » chrétienne — la comédienne trouve par surcroît les intonations vocales les plus justes, des plus exaltées de la conviction aux plus désarmantes de la sincérité. À son côté, d’une voix tout aussi bien projetée et à la diction tout aussi compréhensible, le sociétaire de la Comédie Française Eric Genovese incarne un Frère Dominique à l’écoute et compatissant. Dans le personnage du narrateur, Christian Gonon, pourtant lui aussi sociétaire de la Comédie Française nous oblige plus d’une fois à tendre l’oreille pour saisir son propos. La soprano canadienne Simone Osborne (Marguerite), la contre-alto américaine Faith Sherman (Catherine), la soprano française Anne-Catherine Gillet (La Vierge) de même que le ténor belge Thomas Blondelle, remarquable dans son exercice parodique de l’accusateur Porcus et la basse américaine Steven Humes (Un Héraut) contribuent au franc succès de cette production. Un succès passionnément ovationné par le public de l’auditorium Rainier III et dont Marion Cotillard, le maestro Kazuki Yamada et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo n’auront pas été les derniers à bénéficier.

Monaco, le 8 février 2015
Jean-Luc Vannier

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