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Mélodies au temps de la Grande Guerre : Marc Mauillon et Anne Le Bozec

 

Concert du 18 mars au couvent des Récollets de Paris. Œuvres de Frederick Kelly (1881-1916), Reynaldo Hahn (1874-1947), Maurice Ravel (1875-1937), Rudi Stefan (1887-1915), Fritz Jürgens (1888-1915), Erwin Schulhoff (1894-1942), André Caplet (1878-1925), Claude Debussy (1862-1918), Georges Antoine (1892-1918), Henry Février (1975-1957), Lili Boulanger (1893-1918), Albert Roussel (1869-1937), Ivor Gurney (1890-1937), Gerge Butterworth (1885-1916).

Marc Mauillon (baryton) et Anne Le Bozec (piano, Steingraeber E272 fabriqué à Bayreuth)

Anne Le Bozec et Marc Mauillon, couvent des Récollets de Paris, 18 mars 2015. Photographie © Pianissimes.

Strapontin au Paradis, 2 avril 2015 ——

Le festival estival des Pianissimes, près de Lyon, il y a quelques années, a permis au baryton Marc Mauillon et à la pianiste Anne Le Bozec de se rencontrer. De cette rencontre est né le projet de recueil de mélodies composées par des musiciens connus et inconnus du temps de la Grande Guerre, le projet aboutit sous forme d'un disque dans la série « Les Musiciens de la Grande Guerre » (volume IV, Hortus 704, 2014).

On annonce d'ores et déjà un deuxième tome de ces mélodies, sous le titre de « À nos morts ignorés », avec toujours quelques œuvres inédites de compositeurs plus ou moins méconnus.

Le concert du 18 mars était un condensé de ces deux disques, rassemblant des pièces à styles très variés et en trois langues : anglaise, allemande et française. La soirée est ponctuée de commentaires par les deux musiciens, soit sur les circonstances de la composition, soit sur les compositeurs — ces braves gens parfois tombés dans les tranchées.

Ils commencent par une chanson de Frederick Kelly, un lieutenant commandant australien, champion olympique d'aviron en 1908, tué dans les derniers jours de la bataille de la Somme, en novembre 1916. Suivent deux pièces poignantes de Hahn et de Ravel. Dès ces premières mélodies, la salle est conquise non seulement par la beauté de la voix et la clarté de la diction du Marc Mauillon, mais aussi par le génie pianistique d'Anne Le Bozec, qui respire et inspire exactement de la même manière que le chanteur, comme si le clavier avait lui-même son propre souffle. Cela augure une soirée exceptionnelle.

Ensuite, six Lieder, trois de Rudi Stefan, un de Fritz Jürgens, deux d'Erwin Schulhoff. La pianiste précise que Jürgens est un compositeur complètement disparu du catalogue, mais au cours de sa recherche pour constituer le programme du premier disque, elle a trouvé quelques-unes de ses partitions sur un site « bouquiniste ». Immense coup de chance ! Erwin Schulhoff a été impliqué dans le conflit pendant quatre longues années et certainement par réaction à l'embrigadement forcé, il a composé l'une des deux pièces sans aucune indication ni de tempo ni de la valeur de chaque note. Quant au poème de cette mélodie, il manque totalement de ponctuation, on pense donc qu'il s'agit de sa propre création.

Jusqu'à maintenant, les paroles n'exprimaient pas directement les actions belliqueuses, mais à partir de Détresse d'André Caplet, on entre en plein conflit. Ainsi, cette chanson est dédiée aux soldats blessés, tandis que Berceuse héroïque de Debussy évoque des clairons. Wallonie de Georges Antoine est un vibrant hommage, au souffle épique et grandiose, pour son pays natal d'un soldat évoluant au milieu du champ de bataille ; La dernière chanson d'Henry Février (dans la salle était présente sa petite-fille et compositrice Isabelle Aboulker, grâce à laquelle les deux musiciens ont pu présenter cette pièce au concert et au disque) est à la croisée de l'art savant et de l'art populaire ; il composa un certain nombre de pièces dans le même style et partagea avec ses camarades de tranchée. Après une mélodie de Lili Boulanger sur un poème d'une femme sourde-muette aveugle, les quatre dernières chansons expriment les sentiments « d'après » : Ivor Gurney a survécu mais doit vivre avec une importante brûlure au poumon ; George Butterworth parle des jeunes gens qui seront éternellement jeunes car fauchés jeunes…

À chaque mélodie (ou Lied ou song), les deux musiciens ont affaire à des sensibilités et des expressions très différentes. Ils semblent en vivre pleinement les émotions portées par ces musiques, et adaptent leurs moyens musicaux pour mieux les rendre. À cette période de commémoration, certains amateurs de musique sont exaspérés par les musiques sombres qu'on entend çà et là sur le thème de la Grande Guerre, les poèmes bouleversants ou déchirants, mais s'il y a un grand mérite de cette commémoration, c'est incontestablement la découverte ou la redécouverte de nombreux compositeurs et œuvres qu'on avait oubliés, délaissés, car considérés jusque-là comme peu intéressants. Le concert de ce soir nous a donné une belle occasion d'apprécier la richesse et la variété de la production musicale de cette époque. Et quand la musique est jouée par des musiciens dont l'excellence surpasse l'œuvre elle-même, notre bonheur musical est à son comble, quel que soit le thème.

Anne Le Bozec et Marc Mauillon, couvent des Récollets de Paris, 18 mars 2015. Photographie © Strapontin au Paradis.

 

Strapontin au Paradis
2 avril 2015

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