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Prenez les chemins de traverse ! avec Les Traversées Baroques

 

Les Traversées BaroquesLes Traversées Baroques. Photographie D.R.

Dijon, Auditorium, 5 et 6 décembre 2015, par Eusebius ——

Depuis la création de l’ensemble, en 2008, les musiciens d’Etienne Meyer n’ont eu de cesse d’explorer des répertoires peu fréquentés, et de nous faire partager leurs découvertes. Après un premier album consacré à Mielczewski (en 2011), ce sont deux autres musiciens polonais, Mikolaj Zielenski et Kaspar Förster qu’ils nous révèlent1. « Ce ne sont pas les musiciens de génie qui donnent le ton d’une époque (…) mais souvent de plus obscurs, dont la technique, sans être académique, est davantage en accord avec la société de son temps », écrivait André Pirro il y a bien longtemps. Ceux-là n’en sont pas moins d’un réel intérêt. 

Même si Zielenski et Förster furent attachés aux dignitaires ecclésiastiques et à la cour de Pologne, leurs musiques, si différentes, portent avant tout la marque de l’Italie. Leurs maîtres furent italiens et ils firent plusieurs voyages dans la péninsule  Le rayonnement des Marenzio, Merula, Gabrieli et autres compositeurs de la Renaissance tardive était considérable et leur influence, liée à la Contre-Réforme, avait gagné toute l’Europe.  Le programme du premier concert, comme celui de l’enregistrement consacré à Zielenski, alterne avec bonheur des motets du compositeur et des  pièces de Gabrieli et de Palestrina. Au double et triple chœur de solistes, au chœur féminin, s’ajoute un riche ensemble instrumental où les cornets, les sacqueboutes, le basson et les deux orgues vont conjuguer leurs timbres. La réalisation2 permet de varier les couleurs en confiant ou doublant  telle ou telle partie à un instrument.

Le résultat est fort séduisant. Les solistes, rompus à ce répertoire et à ses exigences stylistiques, servent fort bien cette musique qu’ils défendent avec conviction. Le chœur de jeunes femmes « Fiori musicali » est ravissant, à l’unisson ou à deux voix, à l’émission toujours fraîche, proche de celle de voix enfantines. Les cornets, virtuoses, déroulent avec délicatesse leurs diminutions, les phrasés et l’articulation forcent  l’admiration. On regrette seulement que la disposition ne facilite pas la spatialisation du son3.

De 21 ans le benjamin de Schütz, qu’il rencontra, Kaspar Förster, suivit un parcours similaire, où l’Italie eut une grande importance. Mais nous sommes maintenant dans un baroque beaucoup plus virtuose, où l’ornementation nous entraîne fort loin de l’austérité grave du premier. La formation est réduite par rapport au concert précédent : quatre solistes, deux violons, certes, mais plus que deux cornets, la basse continue avec un clavecin et un positif. Le Confitebor tibi Domine4 est une pièce particulièrement riche et variée, où toutes les ressources et l’agilité des solistes, seuls ou en polyphonie, et des instruments sont sollicitées. Le haute-contre impressionne tout particulièrement. Deux sonates en trio s’insèrent entre les motets, contribuant à la variété du programme. Si elles ne brillent pas par l’originalité de leur écriture, conventionnelle malgré leur virtuosité, elles sont fort joliment jouées et les solistes nous régalent. Parmi les motets, signalons le O bone Jesu, confié à trois solistes, à deux admirables cornets et à la basse continue : une intelligence subtile des phrasés et des équilibres force l’admiration. Le Beatus vir , le psaume 112 (111), qui ferme le programme (avant un bis apprécié) est de la même veine : une écriture très italianisante, propre à déployer les ressources des virtuoses, qui séduit par ses effets et sa richesse.

La direction d’Étienne Meyer5, très souple, aux phrasés remarquables, impose une belle dynamique. L’équilibre entre voix et instruments est proche de la perfection. Quelle sera la prochaine surprise ?

Eusebius
8 décembre 2015

1. Les trois CD, publiés sous le label K617 sont distribués par Outhere.

2. Chacune des parties pouvait être confiée, ou doublée par un instrument.

3. On imagine mal les deux pièces de Gabrieli, écrites évidemment pour Saint-Marc, confiées à des voix aussi angéliques, sans projection. C’’est une réalisation très fine, « léchée », pourvue de belles couleurs, chambriste en quelque sorte. Les oppositions de nuances et de timbres sont quelque peu estompées, le maniérisme s’est substitué à la grandeur, à la magnificence des cori spezzati.

4. Texte qui inspira particulièrement Förster qui en écrivit trois. Le programme ne précise pas duquel il s’agit.

5. En dehors de ses réussites dans le répertoire baroque (La Pellegrina, entre autres), on se souvient avec émotion de son Brundibar, en février dernier.

 

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