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Principes de la mélodie, musiques populaires et contre-cultures

Lambert Alain, Principes de la mélodie : musiques populaires, philosophie et contre-cultures. « Univers musical », L'Harmattan, Paris 2015 [166 p. ; ISBN 978-2-343-06218-1 ; 15,50 €]

22 octobre 2015, par Jean-Marc Warszawski ——

Le philosophe et chroniqueur musical Alain Lambert rassemble dans cet ouvrage un florilège de ses textes — enrichis et amendés —, dont un bon nombre a été publié dans nos pages. Mais le fait qu’ils soient réunis en un recueil incite à chercher dans la diversité des sujets abordée et des angles d’attaque une ou  quelques lignes directrices.

Les musiques populaires sont au centre de la réflexion de l’auteur, mais plutôt sous l’angle anglo-saxon du rock, avec ses antécédences et conséquences, le blues, le jazz, les contre-cultures anglo-américaines.

La place centrale est tenue par Jean-Jacques Rousseau (ce n'est pas un paradoxe), avec un long entretien imaginaire — mais fidèle aux éléments autobiographiques — sur ses motivations et activités musicales. On sait que le philosophe des Lumières liait la qualité musicale à la qualité des langues, et que pour lui, la corruption de la langue française de la cour avait corrompu la musique qui s’y composait. Il recommandait, pour sauver la musique française, de faire monter sur scène quelques bons paysans. Opposé à la théorie harmonique « naturelle » de Rameau (évidemment fausse), Rousseau défendait celle de la mélodie purement accompagnée, selon lui (à tort), plus proche des pratiques populaires et de la nature.

Mettant en miroir à l’opposition entre musique populaire et  musique savante, celle de l’oralité et de l’écriture, l’auteur insiste sur la crainte de Jean-Jacques Rousseau quant à la possible substitution de l’écriture  à la parole, c’est-à-dire la substitution de signes artificiels à la nature. Nous sommes au cœur du sujet avec André Hodeir et l’improvisation écrite, autre sujet majeur.

Toujours proche de Rousseau social et politique, la chanson sociale et ouvrière est abordée (mais aussi les pratiques populaires, de la musique y compris savante). Un gros chapitre méritoire sur un sujet en général méprisé, la ville étant considérée ou ressenite comme un lieu de perversion par rapport à la campagne salvatrice et inspiratrice. Par ailleurs, la culture ouvrière, au centre de la question sociale, a été au cours de ces dernières années systématiquement flétrie et totalement bannie du paysage culturel.

On répond fort bien (une fois de plus) à Pascal Quignard et à sa Haine de la musique, qui est dans le fond, à notre sens, un magnifique exercice littéraire plus qu’une proposition réellement philosophique.

On sera intéressé, et nous espérons en désaccord, avec les thèses de René Girard reprises par Claude Chastagner auxquels l’auteur semble adhérer : l’humain social aurait fondamentalement l’instinct du bouc émissaire et de son sacrifice rituel. Le christianisme y aurait mis fin par la désacralisation de la parole du Christ (mais qu’en est-il de la peine de mort, des vendettas entre familles très catholiques, de l’extermination des Juifs par les nazis, etc., etc. ?). Bref !  Le rock serait une survivance de ces pratiques sacrificielles, affaiblies par le christianisme, et dans le fond un dérivatif à des violences généralisées. Les grands rituels rock auraient donc évité des catastrophes humaines, des révoltes, voire des guerres.

Alain Lambert aborde les contre-cultures par leur côté branchouille et franchement commercial avec le Sex Pistolisme. Cela est une bonne remarque. Alors que dans les années 1970 les médias trainaient des pieds quant au folksong, protest song et rock progressif (il fallait aller à Londres pour écouter les groupes au Marquee Club, ou pour acheter des disques pour soi et les amis), il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que toute nouveauté « protestataire »soit immédiatement récupérée.

Peut-être revient-on là aux craintes formulées par Jean-Jacques Rousseau quant à la substitution des signes de la réalité à la réalité elle-même : la folklorisation des chants révolutionnaires ouvriers dans les manifestations estudiantines (les signes de la classe ouvrière sans la classe ouvrière), leur abandon au profit de sonorisations assourdissantes dans les défilés syndicaux des salariés, dépossédés de leurs signes, les signes de révolte sans révolte du punk mercantile Sex Pistoliste (signes repris indifféremment par les inféodés à l'extrême droite).

 

Jean-Marc Warszawski
22 octobre 2015

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