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Programme « hispanique » selon le Quatuor Tana à l'Auditorium du Louvre

 

Au programme : Juan Crisostomo de Arriaga, premier quatuor en mineur ; Hèctor Parra, quatuor à cordes no 3 « Aracne » (création mondiale) ; Joaquin Turina, La Oracion del torero, opus 34 ; Astor Piazzolla, Four for tango.

Quautor Tana : Antoine Maisonhaute (violon), Pieter Jansen (violons), Maxime Desert (alto), Joanne Maisonhaute (violoncelle). Photographie © D.R.

Paris, 17 avril 2015, par Strapontin au Paradis ——

Depuis sa formation en 2004, le Quatuor Tana a largement acquis un statut privilégié dans l'univers de la musique de chambre, grâce à son répertoire contemporain et dit « d'aujourd'hui ». Les musiciens jouent depuis 2011 sur matériel électronique, et cette année, ils lancent un projet « Quatuor à cordes hybride », constitué d'instruments classiques (ou acoustiques) ayant la capacité de projeter des traitements et des sons électroniques par leur caisse de résonance, en y plaçant des micros et des haut-parleurs miniatures à l'intérieur. Le concert auquel nous avons assisté qui ne semble pas avoir recours à ce système, est toutefois original avec un programme rassemblant quatre compositeurs de langue espagnole de périodes différentes, couvrant du début du 19e siècle jusqu'à aujourd'hui, avec une création mondiale.

Le concert commence par le premier quatuor à corde de Juan Crisostomo de Arriaga, d'une facture classique à expression romantique (l'œuvre date de 1824). Cela ressemble au début de n'importe quel concert auquel on peut assister n'importe où dans le monde, quoique le dynamisme de l'expression révèle la musicalité exceptionnelle des musiciens.

Mais rien n'y présageait la frénésie et l'ardeur de « Aracne », le troisième quatuor à cordes du compositeur espagnol Hèctor Parra, né en 1976. L'œuvre, commande du Louvre, du Wigmore Hall, du Konzethaus de Vienne et du festival Nits de Clàssica de Girona, est présentée à l'occasion de l'exposition consacrée à Velázquez au Grand-Palais. Selon le compositeur, elle « s'articule autour d'une œuvre […] de Velázquez, Les Fileuses, dans lequel le peintre espagnol libère la peinture des affetti, traduisant ainsi une démarche portée vers le réel [...] ». De la même manière que la peinture de 1657 amoindrit l'importance du thème principal (le mythe d'Arachnée) renvoyé en arrière-plan du tableau, pour mettre en valeur les femmes filant la laine (le réel), dans Aracne, le compositeur convertit « la forme de quatuor paradigmatique en une boucle sans fin qui ressemble à une toile d'araignée qui se tisse et tisse jusqu'à aboutir à des formes monstrueuses », « inverse le centre de gravité sonore fourni par les quatre cordes, et ajoute une cinquième corde à chaque instrument — un fil de soie — dont on a la possibilité de moduler de façon dynamique la tension pendant qu'il est joué avec l'archet ».

Diego Vélasquez, Les fileuses. Photographie © D.R.

Le fameux fil de soie est attaché sur les cordes au niveau de chevalet, et les musiciens le frottent avec leur archet, sans déterminer la hauteur de la note, créant ainsi des sons ambigus tout en étant assez proches de ceux des cordes. La partition exige également des sons « non musicaux », imitant à ce qui nous semble, des bruits réalistes comme des grincements de porte, des bruits de tissus — soie, coton, synthétique — qui se déchirent, ou autres bruits quotidiens. Tout cela sollicite l'utilisation intense de l'archet et abîme la mèche de crins, de telle sorte qu'à la fin de la pièce, la moitié, ou presque, de crins sont rompus.

Ainsi, tout est jeu de transformation musicale, formelle, et même organologique (par la transformation de l'archet), vers une réalité crue, non embellie. Mais la pièce s'achève avec un léger retour sur le quatuor traditionnel, tout comme, dans la peinture, la scène mythologique est toujours présente derrière la réalité.

Après ce morceau consistant, retour aussi vers un aspect de la tradition, avec très lyrique La Oracion del torero de Joaquin Turina. L'ensemble de ces trois œuvres semble décidément traduire la peinture précitée du maître espagnol, ou plus précisément le mouvement de notre regard sur la toile dont le centre d'attention s'alterne entre l'arrière-plan et le premier plan.

Pour conclure avec une touche moderne, Four for tango d'Astor Piazzolla, que les Tana interprètent, il va sans dire, avec un rythme et une tenue à la merveille.

Quautor Tana. Photographie © D.R.

 

Strapontin au Paradis
17 avril 2015

Toutes les citations sont tirées de la « Note musicologique » du compositeur, reproduite dans le programme du concert.

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