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Michel Strauss et Maria Belooussova : Un tas de petites choses pour violoncelle et piano

Un tas de petites choses, Maria Belooussova (piano), Michel Strauss (violoncelle), œuvres de Fauré, Debussy, Massenet, de Falla, Cassado, Chausson, Janáček, Caplet. Soupir éditions 2014 (S230).

22 septembre 2015, par Flore Estang ——

Souplesse incomparable, finesse de jeu, clarté du timbre, expression à la fois douloureuse et retenue : le violoncelliste Michel Strauss est l’un des meilleurs représentants de l’École française du Violoncelle. Dans son récent enregistrement CD, le musicien et sa complice pianiste Maria Belooussova ont construit un programme autour du répertoire français pour violoncelle, programme parsemé avec bonheur de pièces espagnoles et tchèques, essentiellement composées entre deux guerres — celle de 1870 et la Grande Guerre — période importante de l’histoire de la musique inscrite dans un contexte historico-politique développé dans la notice du cédé.

Léger et diaphane, le timbre du violoncelle semble flotter dans les airs, sans appui autre que la seule volonté de l’expression musicale. Nulle violence sur son instrument, même dans les pièces les plus énergiques. À la fois dans la retenue plaintive et dans l’extraordinaire précision de ses intentions musicales, le choix du répertoire est en adéquation avec l’esthétique assumée par le grand violoncelliste. Tout est calculé et libre à la fois.

La part plus « violente » de la musique est confiée à la pianiste Maria Belooussova, par exemple avec Falla (Suite populaire espagnole). Le violoncelle chante et le piano percute. Les contrastes expressifs entre les deux instruments sont mis en valeur, parfois dans une osmose fusionnelle, ou au contraire dans un combat énergique duquel le violoncelle ressort toujours gémissant avec tendresse. Grand moment de poésie ibérique, la Suite populaire espagnole, à l’origine chantée, envoûte et séduit ; le second mouvement, Nana, allie une rare simplicité formelle et une magie indéfinissable et mystérieuse.

Parmi les plus belles mélodies du répertoire pour violoncelle, la célèbre Élégie de Fauré atteint ici l’un des sommets de l’expression musicale. La fragilité apparente (une simple gamme mineure descendante par paliers, dans la première partie) et la technique absolue en font une pièce au plus haut point émouvante.

Déjà abondant et varié, le répertoire du violoncelle s’est régulièrement enrichi de multiples transcriptions de mélodies chantées ou d’autres pièces pour violon-piano ou piano à quatre mains. Souvent transcrites par des violoncellistes français eux-mêmes (Pablo Casals, Maurice Maréchal ou Louis Fournier), ces bijoux de la musique semblent écrits à l’origine pour leur instrument. Pour le grand plaisir des auditeurs, Michel Strauss et Maria Belooussova reprennent des classiques du genre (Après un rêve de Fauré, Méditation de Thaïs de Massenet, Suite populaire espagnole de Falla) et alternent ces « tubes » avec des pièces moins connues de Gaspar Cassado, Ernest Chausson ou André Caplet.

Concluant le disque et donnant son nom à ce dernier (Un tas de petites choses), la Berceuse d’André Caplet, composée en 1925, ne s’offre pas dès la première écoute. Construite sur un thème populaire et une pédale au piano, elle adopte la structure du Lied (ABA’)  et comme dans l’Élégie de Fauré reprend le thème à l’octave supérieure). Pépite du répertoire pour violoncelle, elle représente, par ses chromatismes et sa modalité, l’esthétique riche de cette première moitié du XXe siècle français en route vers le modernisme. Comme quitté à regret, l’ultime accord des artistes, procure à cette courte pièce mélancolique une intention finale  inquiète et sereine à la fois…

Les premières plages du disque peuvent surprendre les oreilles exercées : dans les fameuses pièces de Fauré (Sicilienne, Berceuse), le violoncelliste a choisi, pour ce répertoire chambriste, d’accorder son instrument un peu plus haut que le piano, à l’instar des habitudes prises en salle de concert dans des répertoires orchestraux (un « truc » d’instrumentiste pour que la partie soliste sonne mieux, au-dessus de l’orchestre). Au disque, cela provoque une légère impression de tension, un imperceptible malaise, ponctuellement résolu par un unisson parfait avec le clavier. Il nous semble également que la prise de son voile parfois quelque peu le timbre du piano.

Grand moment de l’esthétique du violoncelle français, influencée par la musique d’Europe du Sud et de l’Est, avec Manuel de Falla et Leoš Janáček, ce cédé pourrait bien tenir une place de choix dans la discothèque des mélomanes.

Flore Estang
22 septembre 2015

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