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Une Norma prolétarienne au Théâtre des Champs-Élysées

 

Norma, Paris, Théâtre des Champs-Élysées, décembre 2015. Photographie © Vincent Pontet.

Paris, 17 décembre 2015, par frédéric Norac ——

Paris n'avait pas vu Norma depuis la production très contestée de Peter Mussbach et Jean-Christophe Spinosi au Théâtre du Châtelet en 2010 dont la titulaire, Lina Tetriani, n'avait pas laissé un souvenir inoubliable. En annonçant Maria Agresta comme « la plus grande Norma d'aujourd'hui », le Théâtre des Champs-Élysées plaçait la barre très haut et, malgré le souvenir d'une Elvira des Puritains à Bastille en 2013, où la soprano n'avait pas vraiment réussi à convaincre, on venait plein de l'espoir d'entendre une grande incarnation. Après tout, le répertoire de la Pasta (Norma) n'est pas celui de la Grisi (Elvira) et nous allions peut-être être surpris.

La déception est à la mesure de l'attente. Il s'en faut de beaucoup pour que la chanteuse possède  l'étoffe, les moyens et la technique que réclame ce rôle des rôles. Certes, le grain de la voix n'est pas désagréable et les aspects centraux de la tessiture lui réussissent plutôt bien — ce qui est frappant dans les grandes scènes en récitatif dont l'expressivité est incontestable — mais il est évident aussi, dès le « Casta Diva », mal assuré, qu'elle n'a pas l'ampleur réclamée. L'aigu est poussif et dissocié du reste de la voix, la vocalise reste souvent approximative. Là où il faudrait un authentique Falcon, on n'entend qu'un soprano lyrique ordinaire, sans doute plus adapté aux véhémences du premier Verdi qu'au belcanto romantique. Sa performance s'améliore du reste dans les aspects plus dramatiques du deuxième acte mais le premier est surtout dominé par l'Adalgisa de Sonia Ganassi qui n'est pas loin de lui voler la vedette. Dès son entrée, la voix chaleureuse de la mezzo à l'aigu facile se coule avec bonheur dans le cantabile bellinien. Elle soutient la longue mélodie et les aspects déclamatoires du rôle avec un phrasé et une variété de nuances qui captivent, créant son personnage de jeune fille amoureuse et frémissante avec beaucoup de conviction . Magnifiquement engagée dans les deux duos et le trio qui conclue l'acte, elle s'impose comme la seule véritable belcantiste de la soirée car le Pollione de Marco Berti n'a pour lui que sa puissance de projection et la vaillance de ses aigus mais il manque singulièrement de musicalité et paraît bien souvent fâché avec la justesse. Son unique air de l'acte I lui vaut du reste quelques réactions peu amènes du public. Riccardo Zanellato est également un Oroveso peu charismatique à l'ambitus limité et s'impose plus par sa stature que par son format vocal.

Norma, Paris, Théâtre des Champs-Élysées, décembre 2015. Photographie © Vincent Pontet.

La mise en scène minimaliste de Stephane Braunschweig semble rejoindre les attendus de celle de Peter Mussbach précitée  en nous présentant les Gaulois comme un peuple vaincu, écrasé par le poids de l'oppression. Sa scénographie tout en camaïeu de gris et de beige enferme l'action dans une sorte de sous-sol  oppressant et fait des rites druidiques le souvenir lointain d'une religion amoindrie. Le chêne d'Irminsul n'est plus qu'un malheureux bonsaï et la cueillette du gui un simulacre qui déclenche une réaction vaguement hystérique chez les femmes — quelques danseuses commencent à s'agiter et à se débarrasser de leurs manteaux pendant la cantilène de Norma . Les costumes « prolétariens » — lourds manteaux gris et casquettes, robes informes d'un bleu uniforme — nous situent dans un 20e siècle assez vague : le chœur lève régulièrement le poing, on distribue des revolvers lorsqu'enfin Norma a décidé d'appeler à la guerre. Un panneau pivotant permet d'évoquer les espaces intimes de la vie cachée de Norma sous la forme d'une chambre à coucher aux tentures rouges, tout droit sortie d'un tableau de William Bougereau. L'ensemble ne dépasse guère une certaine fonctionnalité et la seule idée forte de la mise en scène est l'ouverture de l'espace scénique au deuxième acte sur le chœur « Guerra, Guerra »  tandis qu'un chêne grandeur nature descend des cintres. Riccardo Frizza connait son métier et dirige sa Norma avec tout le poids qu'elle réclame, de magnifiques préludes et des  transitions orchestrales d'un beau galbe, des tempi parfois un peu lents et une petite tendance à exagérer les aspects martiaux. À la tête de l'excellent Orchestre de chambre de Paris et du chœur de Radio-France, remarquablement préparé, il réussit à donner  à l'ensemble l'unité qu'il exige et à la magnifique tragédie lyrique de Bellini, la dimension grandiose que lui dénie la mise en scène plutôt banale du nouveau directeur du théâtre de l'Europe.

Norma, Paris, Théâtre des Champs-Élysées, décembre 2015. Photographie © Vincent Pontet.

plume Frédéric Norac
17 décembre 2015

 

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