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Une Vie parisienne à l'usage de la province à l'Opéra de Marseille

 

La vie Parisienne à l'Opéra de Marseille. Photographie © Christian Dresse.

Marseille, 29 décembre, par Frédéric Norac ——

Avec pas moins de six coproducteurs1, le spectacle de fin d'année de l'Opéra de Marseille n'aura pas manqué de moyens. La débauche de costumes qui transposent l'œuvre dans les années 20 — un clin d'œil au style Art déco de la salle municipale — le dit abondamment. Elle paraît toutefois un peu disproportionnée rapportée à un plateau assez réduit et à un décor plutôt sommaire. Le dispositif à transformation censé évoquer tour à tour la Gare de l'Ouest, le salon de Raoul de Gardefeu, celui de Mme de Quimper-Karadec et le cabaret du dernier acte a au moins le mérite de permettre un passage fluide d'un tableau à l'autre en gérant les interludes sous forme d'images arrêtées grâce à l'utilisation de la tournette. Les beaux éclairages de Philippe Grosperrin viennent apporter de temps en temps une touche de poésie bienvenue à ces tableaux vivants.

Malgré quelques réserves en fin de première partie, on sait gré finalement à Nadine Duffaut d'avoir couru le risque du premier degré et traité sa mise en scène dans le registre du vaudeville, sans retoucher, même un tant soit peu, les dialogues pour y introduire une touche d'actualité, comme il est de coutume dans ce genre d'œuvre. Passé un premier tableau maladroit car inutilement surchargé de figurants qui détournent l'attention du spectateur au lieu de la concentrer, son théâtre boulevardier fonctionne plutôt bien et le spectacle gagne en efficacité au fil des scènes tandis que les chanteurs se détendent et que les personnages s'incarnent. Il est vrai que l'utilisation de partition originale de 1866 est un atout. Elle renforce la cohérence de l'ensemble, permet d'entendre des airs rares, comme celui de la Baronne de Gondremarck a l'acte IV (chanté avec beaucoup de classe par Laurence Janot) ou le trio des dames au V. Cette version originale se révèle d'une bien plus grande efficacité au plan dramaturgique que toutes les adaptations possibles et imaginables, y compris celle de 1873 due au compositeur lui-même, plus souvent donnée.

La vie Parisienne à l'Opéra de Marseille. Photographie © Christian Dresse.

Dans une distribution assez homogène mais sans véritable révélation, les petits rôles paraissent souvent plus à l'aise sinon meilleurs que les protagonistes et possèdent les qualités d'acteurs qu'exige cette œuvre à mi-chemin entre deux genres. On apprécie particulièrement le Fritz de Dominique Desmons, l'Urbain de Patrick Delcour et le Prosper de Jacques Lemaire. Très savoureuses également Jeanne-Marie Lévy en Mme de Quimper-Karadec et la Pauline de Ludivine Gombert. Après un premier air où la tension est perceptible, Marie-Ange Todorovitch trouve la dimension exacte de Metella dans l'air de la lettre sans toutefois faire oublier ses illustres devancières dans le rôle. Clémence Barrabé, voix agréable et moyens évidents, reste toutefois en retrait vocalement dans le double rôle de Gabrielle la gantière et de la veuve du colonel. La tessiture de Raoul semble un peu aigu pour le baryton bien timbré et sonore d'Armando Noguera qui, sans doute, avec sa pointe d'accent argentin eût fait un Brésilien autrement convaincant que celui pâlichon et sans projection de Bernard Imbert. Excellents le Bobinet juvénile de Christophe Gay et le Baron de Gondremarck terrien d'Olivier Grand. Passée une ouverture assez terne et sans entrain, l'orchestre de l'Opéra finit par trouver ses marques et Dominique Trottein conduit l'ensemble a bon port. Inévitablement, en période de fêtes, on s'est cru obligé d'ajouter ici le « cancan » final qui comme chacun sait et comme le laisse entendre la musique, n'a rien à voir avec l'opéra bouffe d'Offenbach. C'est d'autant plus regrettable que, même si l'on apprécie le talent des danseurs de la Compagnie Julien Lestel, ces dix minutes d'acrobaties exogènes dénaturent profondément le sens de cette œuvre dont la légère ironie si séduisante continue de transparaître même dans cette réalisation efficace mais parfois un rien « provinciale ».

plume Frédéric Norac
29 janvier 2015

1. Prochaines représentations, le 31 décembre et 3, 5 et 7 janvier.

La vie Parisienne à l'Opéra de Marseille. Photographie © Christian Dresse.

 

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