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Vive l'opéra et l'opéra-comique français !

 

Sébastioen Guèze. Photographie © Cristiano Giglioli Aula.Sébastioen Guèze. Photographie © Cristiano Giglioli Aula.

Dijon, Auditorium, 28 novembre 2015, par l'Ouvreuse —

Nombre de Dijonnais épris de ce qui constitue le grand répertoire lyrique français du XIXe siècle, devenu rare à l'Opéra de Dijon, se sont réjouis de la  programmation et attendaient ce récital où sont associés deux jeunes et grands chanteurs, déjà consacrés, et l'Orchestre Dijon-Bourgogne, dirigé par Gergely Madaras. S'ils connaissaient déjà Gaëlle Arquez, Phoebé du mémorable Castor et Pollux de la saison dernière, dans la mise en scène iconoclaste de Barry Kosky, ils découvrent pour la plupart Sébastien Guèze, notre ténor, qui, de Bizet à Massenet, a particulièrement illustré ce répertoire.

Le programme, plutôt que de faire se succéder des extraits juxtaposés, a heureusement choisi de larges passages significatifs de l'Orphée de Gluck, des Contes d'Hoffmann, d'Offenbach, des Pêcheurs de perles, de Bizet, de Werther, de Massenet, du Faust de Gounod, la Ronde des paysans de la Damnation de Faust (Berlioz), enfin, de Carmen. Ainsi sont associés, les solistes, le chœur de l'Opéra de Dijon et l'Orchestre Dijon-Bourgogne, en grandes formations, pour une sorte de digest de tous ces ouvrages, en version de concert. La difficulté va résider dans la direction et l'équilibre de l'ensemble. L'enjeu de l'orchestre est d'assurer sa présence dans ce cadre emblématique, on ne saurait lui en faire grief. Le problème est musical. Avec son effectif surabondant (la fosse de l'Opéra-Comique n'aurait pas permis à la moitié d'entre les musiciens de jouer ensemble), des cordes particulièrement excessives, les chœurs placés en fond de scène, la balance est rompue. Le chef, Gergely Madaras, fringant (« excité comme un pou » me souffle la Comtesse), grisé par la puissance de son ensemble, oublie simplement que sa mission première est d'accompagner les voix. L'humilité s'acquiert1. Les chœurs méritaient mieux, particulièrement bien préparés, homogènes, avec de remarquables solistes. Pourquoi ne pas les placer devant l'orchestre ? C'est pourtant ce que faisait Haendel à la création du Messie. On se trouverait ainsi plus proche de la situation réelle de l'opéra.

Pourquoi commencer par Gluck ?2. C'est certes le moyen de chauffer gentiment le chœur et l'orchestre. Encore faut-il le faire avec goût. L'interprétation nous renvoie à mon enfance, dans les années 60-70, avec une direction extravertie, très large, dépourvue de finesse. Les contrastes sont insuffisamment marqués, les harmonies tendues, douloureuses, gommées. C'est léché, mais lourd, étouffant et ennuyeux. L'ouverture est prise très rapide, ça ne respire pas. Manifestement les interprétations « historiquement documentées » n'ont servi de rien. Supprimez-moi la moitié des cordes, apprenez leur à jouer piano et pianissimo, à marquer tous les contrastes, et les vents seront ainsi à leur place ! D'autant que les bois sont remarquables, ici comme durant tout le concert.

L'ouverture des Contes d'Hoffmann est heureusement plus prometteuse, suivie du chœur « Glou, glou », puis de la chanson de Kleinzach où Sébastien Guèze se montrer irrésistible. Le dialogue avec le ténor solo du chœur est splendide. C'est aussi l'occasion pour les hommes de faire montre de toutes leurs qualités. Cependant, comme chez Gluck et plus tard chez Berlioz, les références orchestrales à la danse sont simplement esquissées, estompées, la dynamique et le caractère en pâtissent. Oublions Les pêcheurs de perles dont on comprend difficilement pourquoi la romance de Nadir n'a pas été retenue. L'acte III de Werther est un choix heureux, puisqu'il donne à chacun, solistes, chœur et orchestre de déployer tout son art. Le duo final, intensément dramatique, est merveilleusement chanté, même si on peut émettre des réserves sur le rôle de Charlotte : Gaëlle Arquez, excellente par ailleurs, n'a pas la fragilité du personnage. Les flons-flons chers à Gounod vont nous distraire, le temps de la valse de Faust, à laquelle il ne manque qu'un soupçon de légèreté et d'élégance, et du chœur des soldats, vaillants ténors et basses, parfois écrasés par l'orchestre. Ça sent le kiosque à musique, un peu trivial, moins par la musique que par son interprétation. Un Faust chasse l'autre. Celui de La Damnation est d'une autre pointure, mais nous n'aurons droit qu'à la ronde des paysans, peu dansante, insuffisamment colorée, hélas. Que n'a-t-on demandé à Sébastien Guèze de chanter l'invocation à la Nature ? Ce sera pour une autre occasion.

Enfin, « si on parle tant de Bizet, c'est qu'on l'aime »*. Pas moins de sept pages, dont les « tubes » vont ravir le public. L'ouverture est expédiée, le propos est parfois confus. Le choeur des cigarières joliment chanté, fluide, clair, malgré un positionnement peu favorable. Alors Gaëlle Arquez s'y révèle une vraie et très grande Carmen, nous parlerons des voix plus loin. La habanera, la séguedille sont absolument parfaites, la chanson bohême, bien enlevée. L'air de Don José et le duo final sont un feu d'artifice, où la Carmen de Gaëlle Arquez se montre particulièrement convaincante*.

Sébastien Guèze, familier de ce répertoire qu'il affectionne tout particulièrement, surprend plus d'un par la puissance de son émission, projetée, par le timbre séduisant et les aigus bien placés mais tendus. D'autant que sa corpulence relativement frêle ne présume pas de cette sonorité qui n'appartient qu'à lui.  Est-ce l'effet d'une fatigue passagère, ou la volonté de ne pas s'en laisser compter par un orchestre qui oublie quelque peu sa mission, la tension est constante . Le Don José sensible et fragile, bouleversant qu'il nous propose a quelque chose de rare et juste. Gaëlle Arquez, devenue mezzo sans avoir perdu ses aigus, nous offre un chant proprement habité, toujours coloré, appuyé sur de beaux graves, naturel, puissant et nuancé, avec une surprenante longueur de souffle. Sauf erreur, elle n'a jamais été Carmen à la scène. Elle campe là une Carmen sensuelle, forte, séductrice et provocatrice avec un naturel confondant. Tous deux vivent intensément leurs personnages et nous émeuvent profondément. Le public les acclame, à juste titre.

Gaëlle Arquez. Photographie © Photo Eric Dahan.Gaëlle Arquez. Photographie © Photo Eric Dahan.

L'Ouvreuse
29 novembre 2015

1. elle lui avait déjà été conseillée par mon confrère Eusebius à l'occasion d'un Requiem allemand de Brahms.

2. Le programme est intitulé « Grands airs d'opéras français ».

* dixit la Comtesse…intarissable. Elle ajoute que Carmen fait danser Don José pendant la contrebande. Enfin que la soliste a bien joué, car le chef aimait Bizet. La violence des échanges ultimes lui fait également commenter la prestation de Don José : Une sorte de rage lui tenait lieu de verve. J'ai rarement connu la Comtesse dans une telle forme !

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