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Браво Полина ! (Bravo Pauline !)

Pauline Viardot, Songs (Russian Songs, twelve Mazurkas after Chopin), Ina Kancheva (soprano), Kamelia Kader (mezzo-soprano), Christo Tanev (violoncelle), Ludmil Angelov (piano), Toccata Classics (TOCC 303).

Enregistré du 16 au 21 avril 2014 dans le premier studio de la Radio nationale bulgare.

Par L'Ouvreuse ——

Vous savez, la sœur cadette de la Malibran, la fille de Manuel Garcia, Pauline Viardot, du nom de son riche et puissant mari, directeur du Théâtre Italien, que George Sand lui avait recommandé. Il aurait pu être son père… Soyons juste, une femme exceptionnelle, que j'aurais aimé connaître : une vraie musicienne, une extraordinaire cantatrice, « elle chante aussi naturellement qu'elle respire », disait Musset, une grande dame cultivée, polyglotte, adulée par tous les musiciens de Berlioz à Brahms et Saint-Saëns, égérie des écrivains et poètes, modèle de Consuelo (de George Sand), pour qui Tourgueniev se consumait d'amour…  En plus, une femme de conviction, qui choisit de quitter le Paris du Second Empire pour Baden-Baden, d'où elle ne rentra qu'après Sedan. Une femme comme je les aime.

Nous y voilà. Alors que, cinquante ans avant la défaite, la France succombait à la romance sucrée (interdite maintenant aux diabétiques), alors que la mélodie française balbutiait, après ses prix d'écriture avec Reicha, elle écrivait inlassablement d'authentiques chefs-d'œuvre – plus de 200 mélodies dans toutes les langues - que l'on commence seulement à découvrir. Misogynie sans doute, MGG1, une des sommes auxquelles se réfèrent les spécialistes, ne retient que la cantatrice, à laquelle nous sommes redevables, tout de même, de l'acquisition du manuscrit autographe de Don Giovanni, maintenant à la BNF.

Le CD que j'écoute inlassablement depuis une semaine commence par le choix d'une quinzaine de pièces écrites sur des poèmes des meilleurs Russes de son temps, une première mondiale. Rien à voir avec la guimauve pleurnicharde qui faisait la fortune des éditeurs : des lieder qui soutiennent la comparaison avec la grande production schumanienne (elle les connaissait tous deux et fera du quatre mains avec Clara). Une écriture vocale et pianistique d'une qualité très rare, une expression renouvelée où sa connaissance du grand répertoire lyrique se conjugue au caractère intime du genre.  Les moyens exigés ne sont pas ceux des amateurs, il est vrai. La voix de Ina Kancheva, un grand soprano lyrique à souhait, dispose de toute la panoplie pour remporter l'ensemble des suffrages. Elle nous restitue ces quinze bijoux avec une vérité troublante. Sa voix chaude, sonore, souple et agile donne à chacune de ces scènes un caractère singulier. Le pianiste, Ludmil Angelov, son complice, a un toucher et une dynamique qui s'accordent remarquablement au chant.

Non contente de composer, elle adapta, ou plus précisément réécrivit, avec l'accord de ses confrères, des mazurkas de Chopin, tout comme des danses hongroises de Brahms (une amie indélicate m'emprunta l'édition originale, jamais rendue…) Si les douze « Mazoures » ont été enregistrées à plusieurs reprises, cette version domine sans peine toutes ses concurrentes. Le chant en est libre, orné comme dans Bellini ou Donizetti, avec de belles cadences. Ça a un sacré chien, malgré les paroles, insignifiantes sinon mièvres, qui ne sont pas d'elle (2). Chopin les appréciait malgré la concession que constituait le choix des textes. Au reste, mon incompréhension du russe ne m'interdisait pas de tomber en pâmoison à l'écoute des mélodies précédentes, alors, oublions ces vers de mirliton ! Les mélodies bien connues des mazurkas prennent ici des couleurs nouvelles qui raviront plus d'un !

Vous l'aurez compris : Un disque, que dis-je, une pépite comme en découvre rarement.

L'Ouvreuse
24 février 2015

1. Ne pas confondre avec la MGM ! Si vous voulez passer pour savant prononcez « aim' gay gay », rien à voir avec les homos… die Musik in Geschichte und Gegenwart [la musique dans l'histoire et dans le temps présent].

2. comme quoi même les meilleurs peuvent commettre des erreurs : la notice de Musicologie ne mentionne pas qu' elles sont de Louis Pomey.

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