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Comme un air de famille, Gabriel et Dania Tchalik, violon et piano

duo tchanlikDuo Tchalik. Photographie D. R.

Montpellier, Festival Radio France Montpellier Région, 23 juillet 2016, par Eusebius ——

Évidemment, ils sont partenaires depuis l'enfance et poursuivent cette collaboration pour le plaisir de leurs auditeurs. Leur récital s'ouvre par la magistrale 3e sonate de Brahms. La lecture est objective, mais où sont le romantisme, la profondeur ? Le violon de Gabriel est de belle tenue, mais l'engagement est-il suffisant ? D'où je suis, le piano écrase quelque peu le violon, ce que la diffusion par France Musique, en direct, doit certainement corriger. Le lyrisme est réduit à la portion congrue dans l'adagio. Le sourire, enfin, avec le mouvement suivant, au piano très fluide, et où le jeu du duo revêt un caractère ludique. Le finale, quasi enchaîné est puissant, très animé comme il se doit. De la belle ouvrage, en quelque sorte.

La Fantaisie, opus 118 de Boris Tichtchenko, dont les deux frères se sont faits les ardents défenseurs1, surprend. Dernière œuvre pour le violon (1994) de ce compositeur, élève de Chostakovitch, elle est marquée par l'héritage ambivalent  des années  staliniennes. Des développements motoriques, de l'âpreté, du staccato virtuose, percussif,  du piano aux effets contrastés à la prodigieuse virtuosité technique requise par le violon, c'est très russe. Le langage est riche et se renouvelle, parfois homophone, parfois imbriqué, décomposé, en lambeaux, il sollicite sans cesse l'intérêt. Certainement le sommet de ce récital.

Suit un morceau de résistance, favori des violonistes bien qu'ayant été écrit pour le piano : la chanson d'amour de Josef Suk, ici transcrite pour violon et piano par Jaroslav Kocian. A l'égale de la Méditation de Thaïs, de Massenet, son charme un peu désuet, avec le vibrato requis, fleure bon les années folles. La séduction est là, ne nous en plaignons pas.

Enfin, la sonate de Ravel, pour terminer ce beau programme. Même si le Steinway n'a pas les couleurs d'un Pleyel, l'interprétation en est plus qu'honorable. Le violoniste, libéré de la partition se livre davantage qu'auparavant. Cependant, on sort très partagé de cette écoute : le jeu est toujours impeccable, impressionnant de maîtrise de chacun des musiciens, leur entente est parfaite, et pourtant, l'émotion n'est pas là. Le blues, techniquement très abouti, est plus accablé que jamais, mais sans la moindre grimace – pensez à l'Enfant et les sortilèges – avec un balancement contraint. L'esprit est ailleurs. Le perpetuum mobile est d'une rare maîtrise et appelle un bis : un arrangement d'Un Américain à Paris, bienvenu, mais lui aussi insuffisamment inspiré par le jazz et le music-hall.

Très introvertis, concentrés au point que l'on s'interroge quant à savoir s'ils font de la musique avec plaisir, habillés de gris, le teint blafard, le visage émacié, ils sont raides et semblent souffrir. Me revient à l'esprit qu'Alexandre Broussilovski, le violoniste dont Gabriel Tchalik est le disciple2, m'avait laissé un souvenir semblable, où l'auditeur est séduit par la technique éblouissante du musicien, mais d'où la chaleur, la vie semblent étrangement bannies. Dommage.

Eusebius
23 juillet 2016

1. ils lui ont consacré un enregistrement l'an passé, chez Evidence.

2. rencontré au milieu des années soixante-dix, au cours de sa première tournée en France, il assurait une série de concerts pour les JMF, accompagné comme il se doit, non seulement par Mikhail Rudy, le grand pianiste qui impressionnait déjà, mais aussi par l'inévitable tutelle du KGB.

 

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bouquetin

Vendredi 29 Juillet, 2016 3:08