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Des créations à la « pointe » du sommet pour le Gala de l'Académie Princesse Grâce

Tarentella. Photographie © Alice Blangero.

Monaco, le 25 juin 2016, par Jean-Luc Vannier

En juin de chaque année, les amoureux de la danse à Monaco attendent avec une impatience non feinte le Gala de l'Académie Princesse Grâce. Depuis 1975, année de son ouverture, elle constitue l'un des piliers du triptyque chorégraphique monégasque avec Les Ballets de Monte-Carlo et le Monaco Dance Forum. Dirigée depuis 2009 par Luca Masala, l'Académie accueille en son sein des danseurs de toute nationalité qui y suivent des enseignements pluridisciplinaires. D'une rare qualité chorégraphique, suscitant toujours le vif enthousiasme du public, le spectacle se renouvelle chaque début d'été. Sans jamais perdre une once de son charme : « éblouissant » Work in progress titrions-nous déjà en juin 2014 tout en rappelant l'émouvante prestation de ces jeunes artistes en décembre 2013 pour la double décennie de Jean-Christophe Maillot à la direction des Ballets de Monte-Carlo. « Somptueux » écrivions-nous l'année passée pour Les Lacs des Cygnes, une passionnante histoire d'élèves d'une école de danse professionnelle

Vendredi 24 juin, l'Académie proposait à l'opéra de Monte-Carlo trois impressionnantes séries de créations. Inspirée du folklore de l'Italie méridionale, la première met en scène les célèbres Tarentelles : Una Piccola Tarentella de Michel Rahn sur une mélodie de Camille Saint-Saëns, insuffle le rythme soutenu et crescendo à partir duquel se dessine une harmonie de l'ensemble, certes mieux coordonnée pour les filles que chez les garçons. Mais c'est Tarentella, pièce de George Balanchine remontée par Nanette Glushak, qui retiendra sans aucun doute l'attention de cette soirée : Marina Fernandes Da Costa et Wictor Hugo Pedreso nous offrent la réussite d'un duo admirable, enjoué, nourri de complicité tout en permettant à chacun de ces deux artistes de nous éblouir par des évolutions individuelles qui mêlent un classicisme épuré et de surprenantes figures géométriques, patte incontestable du maître russe. Virevoltant, entraînant, impeccablement exécuté mais aussi charmant, gracieux, ce duo a provoqué une ovation des plus légitimes.

Tarantisms. Académie Princesse Grâce. Photographie © Alice Blangero.

Tarantisms, création de Bruno Roque dont nous avions déjà évoqué dans nos colonnes, les fines élaborations du cycle Pas Croisés au Musée Chagall de Nice en décembre 2014, ne nous laisse pas non plus indifférent : une ronde mystérieuse se met progressivement en place pour, l'instant d'après, se prosterner avec déférence. Puis, elle devient une transe mystique où chacun des corps, se fondant dans une osmose souple mais techniquement irréprochable, finit par esquisser l'ondulation d'une seule Gestalt. Laquelle accentue considérablement les effets de la gestuelle collective qui semble envahir l'espace. Prestation hypnotique sur une lancinante mélopée de Kalaschima, offerte en « bis » après la remise officielle des diplômes (vidéo à la fin de l'article).

Jeroen Verbruggen. Photographie © Alice Blangero.

En deuxième partie, la prestigieuse école nous propose In-Bilico, création d'Eugenio Buratti : plus aride, plus énigmatique aussi, la composition musicale d'Alva Noto rappelle les battements métronomiques d'un oxymètre de pouls, au point d'arracher ce constat d'un fauteuil voisin : « ça me rappelle quand j'ai passé mon IRM » ! Sous des lumières violacées ou blafardes, la chorégraphie nous entraîne dans une forêt humaine d'épines, sorte de paysage lunaire peuplé d'échardes acérées que les danseurs s'efforcent d'éviter. Le troisième volet de cette soirée développe, sur fond des Gnossiennes composées par Erik Satie, trois créations. Elles de Julien Guérin sur Gnossienne no 1 élabore un duo féminin d'une sensibilité à fleur de peau où la tenue vestimentaire, sorte de corolles rigides, de Mei Nagahisa et Marina Fernandes Da Costa amplifie l'impression d'ingénuité et de fraîcheur dans la délicate gestuelle de leur rencontre. Jeroen Verbruggen, qui signe sur Gnossienne no 4, Hold Fast, for if, aurait-il vraiment changé ? Le désormais légendaire trublion des Ballets de Monte-Carlo, se serait-il assagi au point de nous conter fleurette avec deux ballons gonflés à l'hélium ? Que nous réserve donc l'extravagant daïmon qui présentera à partir du 21 juillet son nouvel opus L'enfant et les sortilèges où 14 danseurs joueront la trentaine de rôles à interpréter pour le spectacle ? Malgré le surnom vertueux dont l'affuble le magazine « Trentenaire des Ballets de Monte-Carlo », L'ange blond de la danse monégasque fera-t-il la bête ? Nous le souhaiterions presque.

Un Ballo. Académie Princesse Grâce. Photographie © AliceBlangero.

K3, la création de Bruno Roque sur Gnossienne no 3 où le ballon — mais certainement pas le danseur — se dégonfle, nous saisit par l'intensité chorégraphique du jeune Keigo Muto : le geste est ciselé, le personnage profondément incarné, la présence scénique fulgurante comme si l'artiste franchissait allègrement ses années de jeunesse pour atteindre une interprétation totalement mature dans ce rôle. Fulgurante métamorphose de l'épisode transférentiel chorégraphique qui transforme en adulte un ado post-pubertaire. L'ultime prestation rendait en quelque sorte un hommage appuyé au chorégraphe Jiri Kylian  avec Un Ballo, sur une magnifique musique de Maurice Ravel, remonté par Shirley Esseboom et Urtzi Aranburu.

Il suffira de donner les noms des diplômés de cette année et, surtout, de mentionner la destination de leur engagement pour se faire une idée — est-ce encore nécessaire ? — du niveau de formation dispensé par l'Académie Princesse Grâce : Amanda Lana (engagée au Royal Swedish Ballet d'Oslo), Mélanie Lambrou (engagée aux Ballets des Saarländischen Staatstheaters de Saarbrücken), Shuai Li (engagée au Bayerishes Staatsballett de München), Wictor Hugo Pedroso (engagé au Béjart Ballet Lausanne), Katrin Schrader (engagée aux Ballets de Monte-Carlo), Anaïs Touret (engagée au Norwegian National Ballet) et Sofie Vervaecke (engagée au Staatstheater Ballett de Nürnberg). Inutile d'ajouter du sucre sur du miel.

Monaco, le 25 juin 2016
Jean-Luc Vannier

 

 

Jean-Luc Vannier, jlv@musicologie.org , ses derniers articles : Cecilia Bartoli et l'Opéra de Monte-Carlo créent Les Musiciens du Prince Renée Fleming chante l'intimisme des Frauenliebe und -leben de Robert Schumann à l'Opéra de Monte-Carlo — Mikhaïl Tatarnikov et Le Joueur de Prokofiev… à la folie à l'opéra de Monte-Carlo — Madama Butterfly fait battre les cœurs infantiles à l'opéra de Marseille — Nour-Eddine Saoudi, Directeur du nouvel opéra d'Alger : « Un temple qui nous réconcilie avec nous-mêmes » — Singing in the train : voyage initiatique d'Aulnay-sous-bois à Monaco — Toutes les choniques de Jean-Luc Vannier

 

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bouquetin

Samedi 25 Juin, 2016 22:39