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Don Giovanni au Théâtre des Champs-Élysées : mort et résurrection

Don Giovanni au Théâtre des Champs-Élysées. Photographie © Vincent Pontet.

Théâtre des Champs-Élysées, 9 décembre, par Frédéric Norac ——

Trois bonnes heures sans l'entracte, c'est ce que dure ce Don Giovanni que Jérémie Rhorer a voulu, comme en 2013, absolument exhaustif, intégrant le totalité des récitatifs, les deux airs de Don Ottavio (celui de Prague et celui de Vienne) et la petite scène entre Leporello et Zerlina, « Per queste tue maninne » où l'ayant fait prisonnier, elle menace de le châtrer pour le punir de ses exactions qui ne sont pas en réalité toutes les siennes. Une scène que Mozart avait écrite pour la Zerlina des reprises viennoises de son opéra et qui pourrait paraître inutile et ralentir l'action, mais que le metteur en scène intègre  avec brio et évidence dans le climat général de sa production, comme un moment comique, mais qui nous donne une image assez singulière d'une Zerlina plutôt dominatrice.

L'action commence par l'image du valet hagard, veillant le corps de son maître dans un funérarium glacé où il va être incinéré, se remémorant la course folle du débauché en un grand flash-back dont il est le témoin omniprésent et parfois le complice plus ou moins consentant. Grâce à son décor à transformations, Stéphane Braunschweig nous emmène à la suite de son héros, dans une action dont les lieux ne cessent de changer, entre Éros et Thanatos, perversion et névrose, libertinage et ordre moral, passant sans solution de continuité d'un univers contemporain au xviiie siècle d'origine, notamment au moment de la fête qui clôt le premier acte. Il nous fait basculer soudain dans un univers qui pourrait être celui de Sade ou de Casanova alors que le registre de la danse macabre fait son apparition avec les masques de têtes de mort et que Don Giovanni aidé par Leporello enfile un costume de cour de soie,  tout en chantant à cent à l'heure son « Air du Champagne ». Un tour de force dont nous ne gardions aucun souvenir dans la production d'origine et que Jean-Sébastien Bou réalise avec l'énergie qui caractérise d'un bout à l'autre son incarnation. Si le baryton français parait un peu moins timbré dans le grave que son valet, un des rares « rescapés » de la production originale avec le Commandeur sobre et imposant de Steven Humes, et parfois un peu trop proche de lui en termes de couleur vocale, cela bénéficie bien sûr aux scènes où les deux personnages échangent leurs identités. Robert Gleadow, devenu véritablement acteur du drame, s'y épanouit vocalement d'une façon remarquable, sans toutefois voler la vedette à son maître comme c'était le cas avec le Don Giovanni, beau garçon certes, mais pour le moins placide, de Marcus Werba en 2013.

Don Giovanni au Théâtre des Champs-Élysées. Photographie © Vincent Pontet.

Du côté des dames, le plateau est de haut niveau avec une tendance à appuyer sur  la véhémence en début de soirée chez la Donna Anna superbement stylée de Myrto Papatanasiou comme chez l'Elvira autoritaire de Julie Boulianne, peut-être un peu trop proche en termes de timbre de la Zerlina d'Anne Grevilius. Quoi qu'il en soit, l'alchimie des voix agit pleinement avec le Masetto de Marc Scoffoni et l'Ottavio de Julien Behr, tous les deux d'une grande probité. Du côté de l'orchestre comme du chœur de Radio France, absolument exemplaire dans ses quelques interventions, se trouve aussi l'excellence. Trois ans après, Jérémie Rhorer persiste et signe, délivrant une lecture du chef d'œuvre mozartien puissante mais sans grandiloquence, vivante et engagée, trouvant un juste équilibre entre musique et action. Cette production virtuose,  non seulement n'a pas pris une ride, mais dans sa richesse interprétative,  elle gagne encore à être revue.

Prochaines représentations les 13 et 15 décembre

Diffusion sur France Musique le 1er janvier à 20h

Frédéric Norac
9 décembre 2016

 

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Idylle tahitienne : L'Île du rêve de Reyaldo HahnLe baroque allemand selon Philippe JarousskyBonne fête, Cécile (à Notre-Dame de Paris)23e concours de chant de Mâcon : un palmarès déséquilibré (en collaboration avec Strapontin au Paradis)Tous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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bouquetin

Lundi 12 Décembre, 2016 18:33