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Étienne Péclard : com- positions contemporaines pour violoncelle à 5 cor- des

Étienne Péclard, violoncelle à 5 cordes (œuvres de Bille, Péclard, Agobet, La Franca, Burgan, Lacombe, Rolin, Chaban). Triton 2016 ( TRI 331203).

Enregistré du 1er juin au 1er octobre 2015 à Bordeaux. Sortie du disque 2 mars 2016.

9 février 2016, par Flore Estang ——

Pourquoi enregistrer des œuvres contemporaines sur un « violoncelle 5 cordes » ? Violoncelliste virtuose, compositeur et pédagogue, Étienne Péclard l'explique brièvement, dans le livret du CD dédié à cet instrument rare. L'aventure est à la fois musicale et humaine. Après avoir enregistré les six suites de Johann Sebastian Bach pour son instrument (mais aussi les sonates), le musicien implanté dans le Sud-Ouest français, a convié  sept compositeurs de la région à composer pour ce violoncelle particulier, requis par Bach pour la sixième suite. Pour la plupart enseignants du Conservatoire de Bordeaux, les sept compositeurs sont parfois célèbres internationalement (Jean-Louis Agobet, Patrick Burgan, Etienne Rolin, Sacha Chaban), mais aussi des créateurs moins connus et non moins prolixes (Didier Lacombe) ainsi que d'autres compositeurs « à leurs heures » pareillement  talentueux et formidablement inspirés par les possibilités de l'instrument (Gabriel Bille, Étienne Péclard lui-même).

L'ensemble des personnalités choisies domine par la diversité et la richesse de leurs parcours.  Réunis dans ce CD, une femme et sept hommes ont composé pour l'instrument construit exprès pour É. Péclard par le luthier Jean Seyral (artisan parmi les artistes, le luthier est souvent photographié au travail ; le livret ne déroge pas à cette tradition visuelle et symbolique). Les compositeurs réunis pour cet enregistrement sont bardés de multiples diplômes de haut niveau, ayant souvent joué avec les plus grands interprètes et dotés parfois d'une générosité sans limites. Vouant son énergie et son talent aux orchestres amateurs d'Aquitaine, Maria Luisa Macellaro La Franca a été nommée « Ambassadrice des Droits de l'homme internationaux », après avoir été jeune prodige au piano et chef d'orchestre à Palerme. Le CD présente les huit compositeurs à la suite comme pour un récital ou une exposition de tableaux. Les contrastes opposent et relient à la fois l'ensemble des pièces, magistralement interprétées par un musicien de talent.

1. La référence à J. S. Bach sonne d'abord comme une évidence avec l'hommage de Gabriel Bille, le compositeur préférant presque disparaître au profit du cantor. Il utilise les modes de jeux multiples des célèbres suites, alternant gammes, arpèges et accords en mi mineur. La cinquième corde accordée à vide sur mi y sonne parfaitement. Étienne Péclard s'y retrouve en quelque sorte « chez lui » : après avoir enregistré les six suites de Bach, le virtuose a commandé spécialement un « violoncelle 5 cordes » à son luthier préféré, créant ainsi un lien entre ancien et moderne, baroque et contemporain.

2 La seconde pièce Voyage en mi « In memoriam » d'Étienne Péclard lui-même contraste avec la précédente par l'omniprésence de la note mi, les mélismes et circonvolutions mélodiques tournant autour de cette note « pivot », dans une écriture franchement vingtièmiste. Le compositeur joue avec les trilles, les multiples possibilités d'une seule corde, du glissando aux pizzicati, avec humour et expressivité. La résonnance des cordes est également mise en jeu, ainsi que les harmoniques, la musique « expérimentale » dans un style d'« improvisation écrite » encadrant la partie centrale référence au répertoire baroque.

3  Dans une brève pièce variée et expressive, Jean-Louis Agobet joue sur les contrastes son-silence, respiration-attaque, rebondi-legato, et utilise à son tour les possibilités de l'instrument, cette fois dans un Spirit of Preludio, tournant autour de la fameuse corde comme dans un ballet souple et séducteur des quatre autres cordes, puis le mi « à vide » résonne comme un souvenir.

4  Dans une démarche proche de celle de G. Bille, Maria Luisa Macellaro La Franca reprend l'écriture des suites du cantor. Modifiant parfois l'harmonie avec des accords sonnant davantage piazolliens ou morriconiens, elle restitue le caractère originel des suites de danses, alternant les mouvements au sein de sa pièce au titre énigmatique Sharade. Non présentée comme compositrice professionnelle dans le livret, la jeune musicienne possède cependant les atouts d'une excellente créatrice.

5 De renommée internationale, Patrick Burgan maîtrise avec brio les possibilités de l'instrument à cinq cordes. Magnifique pièce, expressive et poétique, Brises est composée en « hommage discret à l'auteur d'une certaine sixième suite ». Le choix esthétique est davantage « impressionniste », le flou des arpèges égrenés molto vivace en introduction et conclusion transportant l'auditeur dans un contexte onirique agité et inquiétant. Les jeux sur les harmoniques enrichissent la palette instrumentale et les sonorités inouïes sont admirablement restituées par l'interprète. L'harmonie de la troisième partie de la pièce est osée, dissonante mais associée à la construction générale, les doubles cordes rendant le jeu polyphonique comme dans certaines pièces du cantor.

6  Didier Lacombe choisit un intermédiaire entre hommage à Bach (pour l'écriture en arpèges rapides) et innovation (des accords de quintes sonnant archaïques alternent avec des accords parfaits et d'autres plus dissonants). Un motif mélodico-harmonique structure la première pièce du triptyque nommé Pour un jeune homme à l'accordéon et construit lui-même comme une suite instrumentale (Gavotte en rondeau, Sarabande, Gigue). Cependant, l'instrument lui-même et ses spécificités semblent moins pris en compte par D. Lacombe lui-même altiste.

7 Il en va autrement d'Expressive Puzzle II d'Étienne Rollin. On croirait que le compositeur a puisé au sein de l'instrument lui-même matière à le faire « chanter ». L'écoute requise pour cette pièce est particulière, la note unique s'enrichissant d'une palette harmonique changeante qui fait naviguer la mélodie aux confins de l'expression, jusqu'à la note grinçante. Sans pouvoir décrypter le langage de l'instrument, l'on comprend cependant que ses émotions sont partagées avec le compositeur, par le truchement de l'interprète devenu musique.

8 Exploitant essentiellement les possibilités harmoniques de l'instrument, l'énergique pièce de Sacha Chaban conclut le CD. Inspirée par les rythmes et thèmes populaires, la pédale de la basse et les changements de mesure rappelant les danses d'Europe de l'Est, mineures et modales, la première partie introduit une mélodie dédiée à la cinquième corde (celle du mi, qui fait suite aux quatre cordes accordées par quintes : do, sol, re, la). Au sein d'une forme symétrique, l'alternance des accords un peu rudes et de la « chanterelle » au chant subtil et plein d'agilité  contribue à rendre cette pièce riche et surprenante.

Flore Estang
9 février 2013

Gabriel Bille (1990-)
Intermezzo

Étienne Péclard (1946-)
Voyage en mi "In memoriam"

Jean-Louis Agobet (1968-)
Spirit of Preludio

Maria Luisa Macellaro
La Franca (1980-)
Sharade

Patrick Burgan (1960-)
Brises

Didier Lacombe (20e siècle)
Pour un jeune homme à l'accordéon

Étienne Rolin (1952-)
Expressive Puzzle II

Sacha Chaban (1986-)
Toccata

 

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