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« Helldunkel, clair-obscur », jeu de miroir du même répertoire sur instruments d'époque et moderne

« Helldunkel, clair-obscur », Cyrill Guillotin (piano)

Cyrill Guillotin (piano), Helldunkel, clair-obscur, œuvres de Mozart, Beethoven, Schumann, Chopin. Évidence, 2016 (EVCD020).

Enregistré les 11-19 juillet 2015 au Domaine musical de Pétignac sur des pianos d'époque, en octobre 2015, chez Steingraeber à Bayreuth, sur un grand queue de concert.

Par Strapontin au Paradis ——

Ce coffret contient deux CD avec les mêmes œuvres enregistrées sur des pianos différents ; l'un sur le piano moderne Steingraeber doté des deux systèmes de pédales « Mozart ½ chasse » et « Sordino celeste » ; l'autre sur trois pianoforte : Carlo de Meglio (vers 1832, piano à queue de type viennois, fabriqué à Naples, sans numéro pour les œuvres de Mozart) ; Pleyel de 1843 (piano à queue no 13 234, fabriqué à Paris pour le nocturne de Chopin) ; et piano de concert Érard de 1894 (no 68 005, fabriqué à Paris, pour Beethoven et Schumann). Concernant les détails sur la facture de ces pianos, le livret fournit des informations précieuses et très intéressantes de l'accordeur-restaurateur Gérard Fauvin (pianoforte), et le facteur Steingraeber & Söhne. Notons seulement ici que pour les deux systèmes de pédales de Steingraeber, « Mozart ½ chasse » réalise une réduction significative de l'enfoncement du clavier permettant un jeu pppp et la répétition rapide ; et que la pédale céleste appelée « Sordino » est une adaptation d'une pédale qui équipait notamment des pianos Graf et Érard dans le premier tiers du xixe siècle, qui introduit une bande de feutre très fine entre les marteaux et les cordes, pour des possibilités sonores infiniment variables.

Le pianiste précise que le projet initial était d'une pure recherche musicologique « autour d'indications ou réalités sonores difficilement réalisables de façon satisfaisante sur des pianos modernes1 ». Finalement, il a évolué vers un enregistrement qui s'est effectué pour la partie pianoforte en étroite collaboration avec le facteur : l'adaptation du pianiste, de son jeu et sa sensibilité aux instruments et celle du réglage au jeu par par le facteur. Si la prise de son est prévue pour ne laisser que le minimum de bruit et « rhumatismes » (selon les mots du pianiste) des instruments anciens, on sent, à l'écoute de ce disque, le fruit des adaptations mutuelles — volume, tempo par rapport aux mécaniques, la manière d'aborder des crescendos ou des decrescendos, de jouer des passages rapides, de maintenir de longues notes… — ce qui rend l'écoute très agréable.

Plus intéressant encore, c'est le choix du piano moderne, un instrument qui n'est pas uniquement voué à offrir une mécanique parfaite et une projection puissante du son homogène.

Le pianiste s'est dirigé vers Steingraeber & Söhne, qui a « cette forte notion d'héritage de tradition liée à une certaine modernité2 ». Ce choix semble tout à fait justifié pour le répertoire abordé, Mozart, Beethoven et Schumann, mais aussi Chopin, qui ont tous connu des systèmes de pédales plus ou moins similaires, et pour une sonorité sans trop de brillance.

L'intérêt majeur de ce double disque est donc bien évidemment d'offrir un parallèle entre les deux interprétations des mêmes pièces. Mais il ne demeure pas uniquement là : ces interprétations sont de haute qualité sur chaque piano, et c'est grâce à la belle performance de Cyril Guillotin que la comparaison des deux versions devient d'autant plus intéressante. Le son perlé dans Mozart, la sonorité tantôt feutrée tantôt claire dans Beethoven et Schumann, et une douceur piquante dans Chopin, le pianiste sait tirer un meilleur son et un caractère juste de chaque morceau.

Le coffret est intitulé « Clair-Obscur » mais nous disons plutôt « Deux clartés », pour la lumière qui éclaire la spécificité des deux versions.

 

Strapontin au Paradis
14 mai 2016

1. Mozart : Variations sur « Ah, vous dirais-je Maman » KV. 265.

2. Mozart : Fantaisie KV. 475.

3-5. Beethoven : Sonate « Quasi una fantasia », opus 27 no 2 « Clair de Lune ».

6-8. Schumann : Faitaisie opus 17.

9. Chopin : Nocturne no 20, opus posthume.

1. Commentaire de Cyril Guillotin dans le livret, p. 8.

2. Idem, p. 11.

La matinale de France musique 25 février 2016. Cyril Guillotin interprète le Nocturne opus posthume en ut♯ mineur de Frédéric Chopin.

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