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La transcendance et les pensées diaboliques Lisztiennes sous les doigts de Jean Muller

Jean Muller, « Transcendence », Méphisto-Valse et Douze études d'exécution transcendante. JCH Production 2014 (JCH 2014/01).

15 septembre 2016, par Jean-Marc Warszawski ——

Au xixe siècle, le diable devient un personnage qui inspire le poète, goût pour un passé qu'on imagine fantastique, pour les ruines qui attirent le touriste en Italie, pour un Moyen-Âge fantasque, peut-être un regain de paganisme. Avec lui, le germanique et savant docteur Faust qui vend son âme contre jeunesse et pouvoirs.  Le réel docteur Johann Georg Faust (1480- 1540), un alchimiste, mort dit-on déchiqueté par une explosion au cours d'une expérience, est à l'origine de, ou prétexte à la légende. Dès 1587, les biographies du personnage commencent à circuler. Sept années plus tard, Christopher Marlowe publie à Londres sa « Tragicall history of D. Faustus ». Johann Wolfgang  von Goethe, publie en 1808, un premier Faust pour le théâtre et un second 1832. Cette pièce a inspiré Faust, de Charles Gounod, La damnation de Faust, d'Hector Berlioz, Les scènes de Faust de Robert Schumann  ou encore La Faust-Symphonie de Franz Liszt.

Quant à lui, Nikolaus Lenau (1802 - 1850), publie son Faust en 1836, qui inspire Franz Liszt vingt-quatre plus tard pour son poème symphonique  Zwei Episoden aus Lenau's Faust  (Deux épisodes d'après le  Faust de Lenau). C'est un Faust pessimiste différent de l'optimiste de Goethe : un mécréant solitaire sans idéal qui ne cherche pas l'amour, pas même les plaisirs, mais une vérité du monde toute matérialiste.  Par ailleurs son Méphisto est plus violent et cynique.

Cette légende offre à l'artiste la possibilité  de mettre en scène sinon le mal, tout au moins les péchés, puisque le mal finit mal, et qu'en définitive on montre en les montrant que le plaisir, l'érotisme, la boisson, le crime sont dès le départ une perdition et à la fin une livraison aux Enfers. Mais on est bien dans les plaisirs de la chair, l'érotisme, la perte de contrôle de soi, et les excès, pas seulement dans la démonstration morale, ce qui enrichit beaucoup la palette expressive  et celle des effets sensuels dont disposent les artistes. Ainsi le début de la Méphisto-Waltz atonale, par la superposition étonnante de quintes évoquant les cordes à vide du violon que joue ou qu'accorde le diable (ou l'envoyé du diable).

Ces deux scènes sont Der nächtliche Zug (La procession nocturne) et Der Tanz in der Dorfschenke (La dance à l'auberge du village), montrant d'abord la solitude de Faust, ensuite comment Méphisto le tient sous sa coupe et tire toutes les ficelles. L'ordre de ces épisodes est contraire à celui du texte de Lenau, laissant ainsi le dernier mot au diable.

Liszt a réduit pour piano, en 1862, le second épisode qui est devenu un succès planétaire. Pièce terriblement virtuose, Liszt en fit une version plus abordable (en fait il en a composé quatre versions, la première est la plus célèbre). Mais Jean-Muller interprète ici un arrangement de Ferrucio Busoni de 1904, qui ne cherchait pas à en faire une meilleure, mais une plus adaptée à sa propre virtuosité, version revue à son tour par Vladimir Horowitz pour son propre usage.

Les études d'exécution transcendantes sont également diaboliques, mais ont l'âme musicale bien trempée. En 1826, Liszt est âgé de 15 ans, il compose une  Étude en douze exercices. En 1837, il les remet sur le métier pour en élever considérablement le niveau technique, ce sont alors les Douze grandes études. Comme personne ne pouvait les jouer, notamment, parce qu'il fallait avoir une très grande envergure de la main, mais aussi entrant dans une période de reniement de la virtuosité racoleuse du bateleur d'estrade, il en refait une version plus abordable, qui est publiée en 1852. Ces études étaient prévues d'être dans tous les tons majeurs et mineurs, mais on en est resté à douze.

Jean Muller, directeur artistique de l'orchestre de chambre du Luxembourg et assez peu connu en Hexagonie, n'étant pas passé par le Conservatoire national supérieur de Paris, ce qui ne devrait pas se faire pour le faire, a achevé sa scolarité supérieure du Conservatoire du Luxembourg sous la direction de Marie-José Hengesch, puis s'est perfectionné auprès de Gerhard Opptiz, Eugen Indjic, Anne Queffélec, Léon Fleisher et autres.

Il est Lauréat d'une douzaine de concours, âgé de 36 ans, il a donné dans le monde entier, plus de 350 concerts. C'est ici son septième enregistrement.

À mettre dans toutes les oreilles, exorcisme non remboursé par la sécurité sociale.

 

Jean-Marc Warszawski
15 septembre 2016

 

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