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Les Hagen dans les ultimes quatuors de Chostakovitch et de Schubert

 

Quatuor Hagen. Photographie © bozar.be.

Dijon, Auditorium, 26 janvier 2016, par Eusebius ——

On ne présente plus le quatuor Hagen1. Chacun de leurs concerts est un événement. Rassembler les ultimes quatuors de Schubert et de Chostakovitch, mettre en parallèle deux œuvres hors du commun par leur dimension quasi surnaturelle, peut-on imaginer programme plus cohérent, plus évident aussi, mais plus exigeant ?

Rien de comparable n'a été écrit avant le 15e quatuor de Chostakovitch2, si ce n'est la transcription pour quatuor à cordes des Sept dernières paroles de notre sauveur sur la croix, ( Hob : XX/1 B) réalisée par Haydn en 1787 : six adagios enchaînés, plus douloureux les uns que les autres, chants poignants, pathétiques, des cris désespérés. Aucun ne laisse indifférent, avec une richesse d'écriture et d'invention peu commune. Pas de réelle polyphonie si ce n'est dans la marche funèbre (no 5) avec un ample vibrato du violoncelle, qui l'oublie pour le finale, épuisé. Les Hagen atteignent à la perfection. La maîtrise est absolue, sans pathos ajouté, et les gorges se nouent tant leur interprétation est forte.

Le 15e quatuor de Schubert3, le plus ample, le plus construit, profondément romantique, est d'une force expressive rare. Un ample allegro moderato, toujours tendu, contrasté, mêlant violence et fragilité sensible, puis un andante — avec un violoncelle lyrique — à la fin apaisée, un scherzo fébrile, tourmenté, avec ses trémolos, dont Hans Joachim Moser écrivait : « La plus terrifiante atmosphère de requiem de toute la littérature de la musique de chambre », et le rondo, allegro assai, halluciné pour conclure. Frémissants, rageurs, mélancoliques, lyriques, mais toujours intenses, les Hagen l'habitent, au jeu fusionnel et transparent.  C'est tout aussi admirable que le précédent, à ceci près que Schubert est joué comme Chostakovitch. Expliquons-nous : les nuances, la rythmique, les accents sont mis en valeur, soulignés à l'extrême, hypertrophiés au point que la dimension mélodique et harmonique s'en trouve quelque peu amenuisée. J'avoue avoir peine à les suivre dans cette lecture très contemporaine d'une page qui appelle certainement d'autres équilibres. La vision des Hagen est admirable de maîtrise technique et musicale. La violence, l'âpreté, bien présentes dans l'écriture, envahissent le discours et nous laissent pantelant, assommé plus qu'ému.

Un concert qui laissera des traces, tant son intensité était forte.

Eusebius
27 janvier 2016

1. Quatre membres d'une même famille, au départ. Lukas, Veronika et Clemens se sont adjoints Rainer Schmidt en 1987. Riche discographie (DGG), tous passionnés par leur travail chambriste et l'enseignement.

2. en mi♭majeur, opus 144, de 1974.

3. en sol majeur, D.887, écrit en 1826.

 

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