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Les séductions incertaines de l'Orchestre Dijon-Bourgogne.

 

Dijon, Grand Théâtre, 29 janvier 2016, par eusebius ——

Une touche de fraîcheur printanière de la programmation de ce mois de janvier finissant, dans le cadre du beau théâtre à l'italienne, avec ses qualités acoustiques et son charme désuet pour des œuvres dont la séduction se marie à la qualité : Fauré, Mozart, Debussy et Gounod.

L'Orchestre Dijon-Bourgogne, dirigé par Gergely Madaras. photographie © ODB.

Mieux vaut oublier la première partie, décevante à plus d'un égard, alors que les œuvres étaient prometteuses : La musique de scène de Pelléas et Mélisande, à l'orchestration de laquelle Koechlin participa, puis le célébrissime concerto pour flûte et harpe de Mozart. Des cordes à la tâche, au timbre peu gratifiant, une direction inappropriée, extravertie pour des œuvres qui appellent la gravité et la fraîcheur pour Fauré, l'insouciance frivole pour le second.

Le prélude, mystérieux, intense, dramatique, se signale par le beau solo du cor de Golaud. Les cordes de « la fileuse » sont bien épaisses. La poésie et la grâce de la sicilienne, les respirations, le phrasé font souvent défaut, comme dans le molto adagio, inexorable lamento, accablé qui s'achève dans la douceur épuisée.

Noémi Györi. Photographie © D. R.

Le concerto pour flûte et harpe ne laissera pas un souvenir impérissable. Où est la fraîcheur juvénile, brillante, légère, qui permet aux deux protagonistes de deviser agréablement ?  Le déséquilibre entre les cordes, qui font le travail, au maximum de l'effectif, et les vents, est un sérieux handicap. Les nuances sont insuffisamment contrastées. Le tempo imposé est fébrile plus qu'allègre. Heureusement pour chaque mouvement, les solistes imposent le leur, plus juste. L'andantino pourrait être plus charmant, rêveur.  Le rondo final riche de ses cinq solos est l'occasion de briller pour les solistes, Noémi Györi , la flûtiste, et Gwyneth Wentink, à la harpe. Elles ont en partage la jeunesse et le brio : lauréates de nombreux concours internationaux, soutenues depuis le début de leur carrière par des fondations renommées, c'est un réel plaisir que de les entendre. Les qualités de couleur, d'articulation  et de phrasé sont là. De façon générale, l'élégance la plus évidente est celle de leurs robes, écrues et noires,  en parfaite harmonie. Manifestement, le travail orchestral demeure inachevé : négligence ? Manque de répétitions ?  D'exigence ?  

Le public apprécie les œuvres qui lui sont familières… Un bis : la sicilienne de la 1re sonate pour flûte et clavecin (ici, la harpe) de Bach.

Que s'est-il passé durant l'entracte ? Quelle potion magique ont absorbé les musiciens et le chef ? Car tout changea.

Les deux danses pour harpe et cordes, de Debussy, sont rarement données, et c'est bien dommage. Commande certes, mais combien de chefs-d'œuvre ne doit-on pas à des commandes ? La Danse sacrée, archaïque, empreinte d'une gravité sereine, est pleinement réussie. La harpe impose son tempo, et c'est fort bien. Les progressions, les phrasés sont remarquablement conduits à l'orchestre, et les cordes souvent divisées trouvent les couleurs requises. La  Danse profane, avec ses incertitudes modales et ses gammes par tons, quasi  valse, s'anime pour culminer à l'unique ff de la partition. Un régal !

Gwyneth Wentink. Photographie © D.R.

Le meilleur était pour la fin. Plus rare, la symphonie en re majeur de Gounod, moins connue que la seconde en mi♭majeur,  écrites toutes deux à 36 ans, et que la « petite » dernière pour 9 instruments à vent, écrite trente ans après (1885). Dans le droit fil de Haydn, revu « à la française » avec les bois par deux, 2 cors, 2 trompettes et timbales, c'est un bijou, une musique qui ne se prend pas au sérieux et qui mérite plus que du respect. Exacte contemporaine de la symphonie en ut majeur de Bizet, j'aurais envie de la lui préférer, surtout après l'extraordinaire interprétation que nous ont offert l'ODB et Gergely Madaras. L'allegro molto est un modèle goût, l'allegretto moderato avec sa fugue centrale et ses passages ppp nous séduit particulièrement.  Le scherzo – non troppo presto, en fa majeur, aurait réjoui Haydn, avec son charmant trio aux bois. Enfin, le finale, avec son introduction adagio, faussement dramatique, puis la joie à l'état pur de l'allegro vivace suffirait à nous réconcilier avec l'orchestre (qui le donnera en bis). Une direction épanouie, juste, un chef en communion avec des musiciens heureux pour servir une partition qu'ils se sont parfaitement appropriée, que demander de plus ?

Eusebius
30 janvier 2016

 

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