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Mitridate, re di ponto de Mozart musicalement revivifié

 

Paris, Théâtre des ChampsÉlysée, 11 février 2016, par Frédéric Norac ——

Mitridate, Théâtre des Champs-Élysées, février 2016. Photographie © Vincent Pontet.

 

Reconnaissons-le, il n'est pas évident de faire vivre théâtralement une œuvre comme Mitridate, pur produit de l'opéra seria des années 1770. La bordée de huées qui accueillait Clément Hervieu-Léger au final de cette nouvelle production, prouve au moins que son approche, certes quelque peu inachevée, a eu la capacité de susciter une véritable attente chez le spectateur.  Le concept sur lequel repose sa production peut paraître un peu abscons, sa direction d'acteurs très fouillée réussit en revanche à donner aux personnages et aux situations une véritable crédibilité et a le mérite de laisser le chant et la musique se déployer dans toute leur splendeur.

La scénographie d'Éric Ruf installe l'action dans le décor fantomatique d'un théâtre classique en déshérence et c'est dans une sorte de second degré que l'histoire nous est racontée. Il faut sans doute y voir une façon de rendre hommage aux origines raciniennes du livret d'Amedeo Cigna-Santi dont quelques vers nous sont cités d'entrée de jeu. S'agit-il d'une répétition ?  La représentation commence comme une lecture et ce n'est qu'au fil des premiers airs que les acteurs enfilent un à un leurs costumes et commencent à interpréter leurs rôles. L'esthétique, l'ambiance  générale, avec ses figurants — tout à la fois habilleuse, accessoiriste et comparses et suivants —, les costumes en camaïeu de teintes sourdes de Caroline de Vivaise, que quelques somptueuses robes pour la prima et la seconda donna trouent de taches colorées, rappellent l'univers d'un Chéreau dont Clément Hervieu-Léger fut l'élève.

Mitridate, Théâtre des Champs-Élysées, février 2016. Photographie © Vincent Pontet.

L'approche musicale, quant à elle, s'avère pleinement aboutie. Il est évident qu'Emmanuelle HaÏm a cru au génie dramatique du jeune compositeur. Sa lecture dynamique et contrastée met en relief  la richesse et la variété de la partition et déjoue en permanence le risque de monotonie de ce qui pourrait facilement devenir une enfilade d'airs da capo. Le récitatif sec vit aussi d'une façon exemplaire. L'orchestre un peu épais de son dans l'ouverture, s'affine et se colore, révélant dans les préludes des grandes scènes  les intuitions orchestrales d'un musicien adolescent dont Mitridate est la première grande réussite dans un genre qui l'a toujours fasciné. Rares sont les airs qui ne semblent offrir une nouvelle facette de l'inspiration du compositeur et si les cadences ne paraissent pas toujours très en phase avec le style musical, les variations dans les da capo contribuent à la vitalité de la musique.

La belle voix centrale de Michael Spyres apporte au rôle-titre une autorité et une noblesse naturelles que renforce encore son  sens de la déclamation et un italien impeccables. Si la voix comble par sa richesse dans le registre grave, dès le premier air, le passage à l'aigu se révèle douloureux et devient de plus en plus problématique au fil de la soirée jusqu'à un dernier air où il est carrément faux. C'est dommage car le ténor fait exister son personnage de façon impressionnante dès sa « cavata » d'entrée. L'Aspasia de Patricia Petibon séduit par son expressivité mais ne peut masquer une certaine insuffisance au centre de la voix et un grave artificiel et atone pour un rôle aussi dramatique. Myrto Papatanasiu, confrontée à la tessiture incroyablement longue de Sifare, écrit pour le castrat Manzuoli, semble toujours un peu tendue dans l'aigu. Il n'empêche, la musicienne s'affirme progressivement jusqu'à un « Lungi da te, mio ben » d'une beauté à couper le souffle où malheureusement l'obligato de cor naturel détonne quelque peu. Les voix des deux sopranos se marient avec un bonheur parfait dans leur grand duo de l'acte 2. Honnête et bien chantant le Farnace de Christophe Dumaux. La rondeur de la voix de Sabine Devielhe et ses aigus miraculeux réussissent à transcender la banalité de quelques-uns des airs d'Ismène, décidément un des personnages les plus intéressants mais les moins aboutis de l'opéra et qui trouvera sa plénitude dans l'Ilia d'Idoménée, quelques années plus tard. Jaël Azzaretti en Arbace et Cyrille Dubois complètent un plateau sinon idéal, en tous cas très attachant. L'ensemble réussit à prouver, et c'est là sans doute sa plus belle réussite, que cet opéra séria d'un compositeur de 14 ans, n'est décidément pas une œuvre secondaire.

Mitridate, Théâtre des Champs-Élysées, février 2016. Photographie Vincent © Pontet.

Prochaines représentations les 14, 16, 18 et 20 février.
Spectacle retransmis en streaming sur Arte Concert et le site du théâtre le 20 février.
Diffusion sur France Musique le 20 février

plume Frédéric Norac
11 février 2016

 

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