musicologie

Actualités Biographies Encyclopédie Textes Livres Cédés Annonces Recherche

Musique de chambre à Verbier : deux rencontres au sommet

Daniel Hope, Quatuor Ebène, Marc-André Hamelin à Verbier. Photographie © AlinePaley.

Verbier, 29 juillet 2016, par Strapontin au Paradis ——

Les concerts de musique de chambre que nous avons écoutés à l’église de Verbier étaient tous de très grande qualité, l’excellence musicale a toujours été au rendez-vous.

Le 28 juillet, le violoniste Daniel Hope, le violoncelliste Torleif Thedéen, le pianiste Marc-André Hamelin et le Quatuor Ebène offrent le trio no 1 de Mendelssohn et le Concert pour violon, piano et quatuor à cordes de Chausson plein d’élan et de vie. D’après l’intitulé du concert, « rencontres inédites » les musiciens doivent partager la scène pour la première fois, mais ils conjuguent leurs talents pour créer des émotions rares, comme s’ils jouaient ensemble de longue date.

D’abord, les trois solistes interprètent Mendelssohn. Le premier mouvement passionné, vibrant d’énergie, et cette énergie déborde déjà l’espace restreint de l’église. Impérieuse est l’envie de les écouter dans un cadre plus vaste. Le « Scherzo » est leggiero e vivace, exactement comme l’indiqua le compositeur. Dans leur interprétation, la vivacité prend la part majeure et procure un sentiment rafraîchissant et revigorant. Dans l’« Allegro » finale, le crescendo vers la fin est magistral et époustouflant, un véritable déferlement de vitalité et d’ardeur, irrépressibles. Malgré son volume sonore conséquent, le piano (Bösendorfer) ne couvre jamais les deux autres instruments, laissant chaque partie parfaitement intelligible.

Après l’entracte, le Quatuor Ebène et Marc-André Hamelin mettent pleinement en valeur le violon solo tenu par Hope. Toutefois, ils jouent bien un « concert », autrement dit, concertare, dans une écoute mutuelle aiguë et en concertation musicale qui transparaissent dans leur interprétation. Il est à noter que les musiciens du quatuor jouent parfois sans aucun vibrato ou presque, et surtout vers la fin du « Grave », ils y procèdent de telle manière que se produit un effet très étrange, comme s’ils nous entrainaient dans un monde irréel. Le dernier mouvement « Très animé » est — tel le final de Mendelssohn dans la première partie — une concentration d’une gigantesque énergie qui bouleverse totalement l’idée d’un Chausson tout en élégance. L’auditoire, enthousiasmé, salue les musiciens avec une ovation debout.

Leonidas Kavakos, Gautier Capuçon et Daniil Trifonov à Verbier. Photographie © Nicolas Brodard.

Le 29 juillet, c’est au tour de Leonidas Kavakos, Gautier Capuçon et Daniil Trifonov de bénéficier de la standing ovation du public.

La première partie est assurée par le violoncelliste et le pianiste qui jouent les Fantasiestücke, opus 74 de Schumann et la sonate opus 19 de Rachmaninov. Dès les premières notes, Gautier Capuçon fait démonstration de sa maestria, assimilant la musique de Schumann jusqu’à la moelle. Devant une telle incarnation, l’excellent Trifonov paraît quelque peu intimidé, du moins, impressionné par le pouvoir musical de son aîné. En effet, le violoncelliste intensifie la concentration pour arriver, dans le « Rasch und mit Feuer », à une sorte de transe. Mais le pianiste retrouve son extraordinaire inspiration dans Rachmaninov et son jeu devient plus ample, proposant aux mélomanes, qui viennent remplir la salle jusqu’au moindre coin, une interprétation à couper le souffle. On assiste alors à une véritable inspiration créative, due à une formidable connivence entre les deux musiciens, l’un tiré, ou élevé, par l’autre et réciproquement, tous les deux imprégnés d’une fougue juvénile.

Apèrs une pause, Kavakos les rejoint pour le trio opus 15 de Smetana. Habités par le même élan vital et par la même volonté, les trois musiciens « avancent » ensemble dans la musique. La partition ne comprend pas de mouvement lent à proprement dit (même si la partie médiane du deuxième mouvement en fait office), mais l’assemblée est tellement portée par la vigueur de l’interprétation qu’on oublie cette absence, elle respire au même rythme que les musiciens.

Voici deux matinées de grande satisfaction d’où nous sommes sortis éblouis par la magie de la musique.

 

Stapontin au Paradis

 

Strapontin au Paradis [sap@musicologie.org]. Ses derniers articles : Jonas Vitaud au temple de Lourmarin au Festival de La Roque d’Anthéron –— « Concerts de 14 heures 30 » à l'église de Verbier, des outsiders poids lourdÀ Verbier, le jeune violoniste suédois Daniel Lozakovich fait sensationGrigory Sokolov ovationné debout au Festival de VerbierLa musique américaine à l'honneur au festival « Les Amateur Virtuoses ! » ---- Inauguration de l'Orchestre des jeunes d'Île-de-France — Œuvres pour piano seul de Benjamin Godard par Éliane Reyes — Festival Les PianissimesLille Piano(s) Festival (II) : variations sur le thème de l'originalitéLille Piano(s) Festival : grande crue pour la 13e édition (I)Tous les articles.

 

 

musicologie.org
56 rue de la Fédération
F - 93100 Montreuil
06 06 61 73 41

ISSN  2269-9910

▉ Contacts
▉ À propos
<
▉ S'abonner au bulletin
▉ Collaborations éditoriales
▉ Cours de musique
▉ Téléchargements
▉ Soutenir musicologie.org
▉ Colloques & conférences
▉ Universités en France
▉ Analyses musicales

▉ Articles et documents
▉ Bibliothèque
▉ Presse internationale
▉ Agenda
▉ Analyses musicales

Recherche dans musicologie.org

 

© musicologie.org 2016

bouquetin

Mardi 16 Août, 2016 3:10