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Naissance de Vénus : musique française a cappella, par Arsys

Dijon, le Consortium, 30 avril 2016, par Eusebius ——

Arsys-Bourgogne, dirigé par Mihály M. Zeke. Photographie © Eusebius.

 

Le programme aurait pu tout autant s'intituler « Chefs-d'œuvre de l'art choral français du xxe siècle », puisqu'y figurent effectivement les sommets de ce répertoire, ou « Rechants » en hommage aux cinq qu'écrivit Messiaen, la perfection, le sommet de ce concert. Naissance de Vénus était la cantate de Milhaud (opus 292, de 1919) sur laquelle il s'achevait..

De Debussy, les Trois chansons de Charles d'Orléans, délicieusement archaïques, raffinées, ouvraient le programme. Belle entrée en matière, avec Dieu, qu'il la fait bon regarder, puis avec Quand j'ai ouï le tambourin sonner, rythmé, fluide, d'une dynamique exceptionnelle, avec le beau contralto solo. Chœur et solistes de Yver, vous n'estes qu'un villain nous régalent.  D'un tout autre caractère Un soir de neige, de Poulenc, œuvre forte, douloureuse, brûlante, liée au poème d'Eluard, si métaphorique, nous sommes en 1944… Exactement contemporains sont les deux extraits de À contre-voix de Florent Schmitt, mais d'un si différents de style. Pour vous de peine, auquel Ronsard dicte le style, charmant, d'une poésie nostalgique. Changement inattendu avec Bonnet vole, de la frivole fiancée qui se console de son ami parti à la guerre. Les Trois chansons de Maurice Ravel sont autant de joyaux, parodies du répertoire sorti de l'oubli par Charles Bordes et ses Chanteurs de Saint-Gervais : l'esprit de la chanson française de la Renaissance et du folklore. « Nicolette » et son vieux galant nous font toujours sourire, la ballade nostalgique de « Trois beaux oiseaux du paradis » garde sa fraîcheur et son émotion, et « La ronde », luxuriante, achève le cycle.

Messiaen : Cinq rechants. Photographie © Eusebius.

Bien que reconnus maintenant comme un absolu chef d'œuvre, les Cinq rechants de Messiaen figurent rarement aux programmes. Pour cause, la virtuosité requise de chacun des 12 solistes, que seules un tout petit nombre de formations spécialisées est capable d'aligner. L'histoire est connue de la découverte par Messiaen du Printemps de Claude Le Jeune : non seulement la structure en découle, mais encore davantage la souplesse, le refus de métriques autres que celles dictées par la langue. Ajoutez l'influence de la rythmique hindoue (les décî-tàlas) et vous avez les composantes musicales. L'histoire de Tristan s'ouvre par « les amoureux s'envolent » dont on mémorise le rechant malgré sa singularité, Chagall n'est pas loin, que le compositeur connaissait. Sans cesse les techniques, les dispositifs sont renouvelés pour la palette expressive la plus large. Si tous les rechants méritent attention, le 3e, et son 3e couplet (avec le « yo-ma » concluant le canon à la seconde) atteint une force peu commune. Mihaly Zeke et les douze solistes d'Arsys renvoient les gravures de Marcel Courand et de Jean-Paul Kreder aux archives. Les voix s'écoutent, s'harmonisent, d'une précision et d'une justesse exemplaires. Un grand bravo, donc. Seul petit regret : la richesse, la complexité de l'oeuvre, l'invention d'une langue originale méritaient peut-être une introduction, ou un commentaire, et — pourquoi pas — une seconde écoute dont tout le public aurait tiré le plus grand profit. Bref… on en redemande !

Œuvre quelque peu ésotérique que celle de Jean-Baptiste Masson, Ostanès le Chaldéen retranscrivant les paroles obliques. L'écriture en est singulière, attachante, des tenues, des pédales, des tuilages, des glissandi, ascendants ou descendants : les couleurs sont chatoyantes, servies par des voix superbes, puissantes, bien timbrées sachant à la fois assumer des soli périlleux et se fondre de façon très homogène dans leur pupitre ou en résonance avec les autres. L'usage du carillon, hiératique, de tintinnabules avec des harmonies cristallines participe à la magie de l'écoute. On revient sur terre avec les Cinq chants paysans de Canteloube. De la bonne humeur, tonique, un style d'accompagnement où l'on entend toujours la cabrette ou des bourdons, base du répertoire de bien des chorales, elles sont plus savoureuses que jamais.  La Naissance de Vénus, de Milhaud, nous fait regagner un domaine plus ambitieux, avec le langage qu'on lui connaît. Un beau bis récompensera le nombreux public qui ovationnait les artistes.

Si le cadre esthétique du Consortium (*) est particulièrement attrayant, on pouvait redouter une résonance amplifiée par le béton et brouillant l'écoute, comme dit la Comtesse. Fort heureusement, la transparence, la force, les couleurs étaient restituées avec beaucoup de bonheur, une première concluante, à renouveler !

Eusebius
2 mai 2016

(*) Centre d'art contemporain de Dijon,

 

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