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Remake lullyste : Persée (version de 1770)

Théâtre des Champs-Élysées, 6 avril 2016, par Frédéric Norac ——

Hervé Niquet. Photographie © Éric Manas.

 

Longtemps après la mort de Lully (1687), ses opéras ont continué de constituer la base du répertoire de l'Académie royale de musique. C'est le cas de ce Persée, tragédie lyrique en cinq actes et un prologue créée en 1682, qui y fut repris une bonne dizaine de fois entre 1695 et 1738. Il devait l'être une nouvelle fois en 1770 pour une double occasion, celle de l'inauguration de l'Opéra du château de Versailles1 et des fêtes célébrant le mariage du Dauphin, futur Louis XVI, avec l'archiduchesse Marie-Antoinette. Toutefois, la version qu'entendirent alors les spectateurs de la salle Gabriel n'avait plus grand-chose à voir en termes d'esthétique avec celle de la création. Abondamment remaniée par les soins de trois compositeurs — Bernard de Bury pour l'acte II, François Rebel pour l'acte III et Antoine Dauvergne pour le dernier — elle tenait compte de l'évolution du  goût musical qui, en près d'un siècle, avait considérablement changé, et de circonstances exigeant un spectacle de prestige, susceptible de démontrer les possibilités techniques du nouvel opéra.

Hélène Guilmette. Photographie Julien Faugère.

Écourtée de son prologue, ramenée à quatre actes, l'œuvre surprend dès l'ouverture par sa riche orchestration — toute entière dominée par les vents — et par sa structure même qui s'éloigne singulièrement de l'ouverture traditionnelle à la française. Au quatrième acte, le grand air à vocalises de Vénus, d'obédience nettement italienne, aurait sûrement fait hurler les spectateurs des années 1680. Quant à celui de Persée qui le suit immédiatement, écrit pour les moyens de la haute-contre Joseph Legros dans un style héroïque, il ne déparerait pas un opéra-ballet de Rameau. La danse du reste se taille ici la part du lion au détriment du chant lui-même, dont cette version ne conserve que les trois quarts des numéros parmi lesquels quelques très beaux duos dont Lully avait le secret tel celui « amoureux » de Persée et d'Andromède, au premier acte. Le livret de Quinault a bien sûr été retouché et la plupart des récitatifs — caractéristiques du style français — très réduits. Le résultat est une œuvre efficace, peu développée au plan dramatique (à peine 2h20 de musique), mais dont la richesse d'invention musicale, surtout dans les aspects orchestraux, séduit.

Mathias Vidal. Photographie © D. R.

Le plateau réuni pour cette résurrection qu'ont déjà pu entendre les spectateurs de l'Arsenal de Metz rassemble la fine fleur de la nouvelle génération du  chant baroque français. Des voix de qualité donc et toutes parfaitement francophones. On s'étonne du coup de la faiblesse générale de l'articulation, surtout du côté des dames, qui rend souvent le texte incompréhensible dans les airs et parfois même dans le récitatif. D'évidence, le chant souffre aussi d'un problème de balance. L'orchestre étant sur la scène, la densité de sa texture a tendance à absorber les voix, surtout dans les tessitures  centrales, ce qui pose problème dans le cas des voix de mezzo comme celles de Katherine Watson (Mérope), de Marie Kalinine quasiment inaudible en Méduse et, dans une moindre mesure, de Marie Lenormand en Cassiope, sauvée par un timbre plus clair. On salue la probité de la prestation de Mathias Vidal (Persée) dans un rôle un peu tendu pour lui tandis que le Mercure de Cyrille Dubois brille des mille feux de son aigu inépuisable. Agréable l'Andromède d'Hélène Guilmette, mais à l'aigu un peu limité. Le baryton de Tassis Christoyannis paraît uniformément stentorien et Jean Teitgen légèrement surdimensionné pour le rôle de Céphée. Splendide également Chantal Santon-Jeffery dans son ultime apparition en Vénus. Excellent enfin dans ses multiples incarnations le baryton de Thomas Dollié et superlatif le chœur du Concert Spirituel qui s'offre le luxe d'être le protagoniste le plus idiomatique et le plus intelligible de la soirée. La direction nerveuse, contrastée et d'un dynamisme inépuisable d'Hervé Niquet, à la limite parfois de courir la poste,  fait vivre avec brio et conviction cette partition dont on aimerait découvrir la version originale.

Concert enregistré et diffusé par France-Musique le 14 mai à 19h00.

Katherine Watson. Photographie © Hugo Bernand.

 

plume Frédéric Norac
6 avril 2016

1. Le concert y sera repris le 15 avril à 20h

 

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