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« The Franchomme Project » : œuvres méconnues d'un des plus grands violoncellistes du xixe siècle, enregistrées pour la première fois

The Franchomme Project, Newly discovered works (œuvres récemment découvertes), par Louise Dubin, avec Julia Bruskin, Sæunn Thorsteinsdóttir, Katherine Cherbas (violoncelle), Hélène Jeanney, Andrea Lam (piano). Delos Production 2015 (DE 3469).

Enregistré d'automne 2012 au printemps 2014 à Gene & Shelly Enlow Recital Hall, Kean University in Union, New Jersey.

9 mai 2016, Par strapontin au Paradis ——

Auguste-Joseph Franchomme (prononcer « francome », bien qu'on ait tendance à suivre les règles françaises pour « -chomme »), né à Lille en 1808 et mort à Paris en 1884, faisait partie de la première génération de musiciens et compositeurs romantiques, et fut contemporain de Chopin, de Liszt, de Berlioz, de Bellini, pour ne citer qu'eux. Il entra au Conservatoire de Paris à l'âge de 16 ans et obtint le premier prix de violoncelle quelques mois plus tard. Il devint en 1828 violoncelliste solo de la chapelle royale, puis, en 1832, de l'orchestre de chambre « Musique du Roi », créé par Louis-Philippe, dont les tâches devinrent pour lui la priorité absolue. Il acquit très vite la notoriété en tant que soliste et musicien d'orchestre, aussi comme professeur au Conservatoire où il enseigna près de 40 ans. Son œuvre est encore aujourd'hui majeure en matière du renouveau de la technique instrumentale, c'est surtout dans ce domaine qu'il laissa son nom à la postérité.

Il est également connu pour avoir noué de profondes amitiés avec Chopin : il collabora dans Grand duo concertant sur « Robert le Diable » de ce dernier ; Chopin lui dédicaça sa dernière œuvre publiée de son vivant, la sonate pour violoncelle et piano opus 65, dont Franchomme mit au point la partie du violoncelle avant la finalisation de la composition, et il la créa en 1848.

Les pièces qu'on trouve dans ce disque reflètent cette amitié aussi bien que l'ambiance musicale de l'époque.

Les transcriptions pour quatre violoncelles d'œuvres de Chopin (la première partie lente de la  ballade no 2, prélude opus 28-9, « Marche funèbre ») font resurgir les mouvements mélodiques ou horizontaux de chaque voix offrant un meilleur aperçu de l'harmonie ou la verticalité de la partition. Ces transcriptions pour quatuor de violoncelles ne furent jamais publiées. Le livret précise que la Bibliothèque nationale de France date les manuscrits qu'elle conserve, avec les autres arrangements de pièces de Chopin,  du troisième quart du xixe siècle — donc après la mort du pianiste —, ce qui indique que Franchomme « ait pu les avoir écrits pour sa classe du violoncelle du Conservatoire1 ». Par ailleurs, le même livret nous informe que le violoncelliste « adapta plus de 50 pièces pour piano de Chopin pour différentes combinaisons adaptées2 » à son instrument. Chopin approuvait les arrangements de son ami lorsqu'il avait l'occasion de voir la partition3.

Quant à la mazurka opus 33-3, en majeur au lieu d'ut majeur dans l'originale, elle fut éditée dans un ensemble de six arrangements de pièces de Chopin par Girard en 1870.

Parmi les propres compositions de Franchomme que l'on entend dans cet enregistrement, les extraits de douze caprices opus 7 et les Nocturnes opus 14 et 15, ont la particularité d'être joués au violoncelle avec « accompagnement (ad libitum) de violoncelle ». Cela suggère une pratique musicale répandue à cette époque : musique chambre dans un cadre intime comme dans la famille ou entre amis, ou peut-être aussi au Conservatoire dans un but pédagogique.

Les interprétations, aérées, élégantes et surtout intimistes, mettent à la lumière ces éléments concernant les amitiés entre les deux musiciens, les techniques du violoncelle, et l'ambiance de l'époque. Si les caprices, les nocturnes, et les transcriptions sont souvent de nature calme et belcantiste rendue avec grande beauté, la virtuosité n'est pas oubliée ; à travers l'Introduction et polonaise brillante, Louise Dubin donne libre cours à de longs souffles expressifs avec la complice très virtuose d'Hélène Jeanney.

Le son est pris de manière assez retenue, en privilégiant le violoncelle par rapport au piano, et sans brillance perceptible. C'est probablement afin de mieux mettre l'accent sur le chant aux cordes. À propos du piano, qui semble parfois étouffé, il aurait été intéressant d'indiquer de quel instrument il s'agit.

Pour ceux qui s'y intéressent : Louise Dubin publie des éléments du « Projet Franchomme » dans son site : ainsi que des « choses » sur le compositeur.

 

Strapontin au Paradis
9 mai 2016

  1. Frédéric Chopin, 2e ballade opus 38 « Andantino », arrangement pour 4 violoncelles
  2. Auguste Franchomme, Caprice pour violoncelle sur Preciosa de Weber, opus 24, no 2, avec piano
  3. Franchomme, Nocturne, opus 15 no 1, pour deux violoncelles
  4. Franchomme, Nocturne, opus 14 no 1, pour deux violoncelles
  5. Franchomme : « Norma de Bellini », extrait des Dix mélodies italiennes, opus 17 no 6, arrangement pour violoncelle et piano
  6. Franchomme, Caprice, opus 7 no 1, avec accompagnement d'un seconde violoncelle ad libitum
  7. Chopin, Prélude, opus 28 no 9, arrangement pour quatre violoncelles
  8. Franchomme, Caprice, opus 7 no 2, avec accompagnement d'un seconde violoncelle ad libitum
  9. Franchomme, Solo pour le violoncelle, opus 18, no 3, avec piano
  10. Chopin, « Marche funèbre », extrait de la sonate pour piano no 2, opus 35, arrangement pour quatre violoncelles.
  11. Chopin, Mazurka, opus 33 no 3, arrangement pour violoncelle et piano
  12. Franchomme, Nocturne, opus 15 no 2, pour deux violoncelles
  13. Franchomme, Nocturne, opus 15 no 3, pour deux violoncelles
  14. Chopin, Introduction et Polonaise brillante, opus 3 (partie du violoncelle révisée par Franchomme)

 

1. Cité par la violoncelliste Louise Dubin dans le livret de ce disque (traduit en français de Denys Couturier, l'arrière-arrière-petit-fils de Franchomme), p. 18.

2. Idem.

3. Dans la même page du livret, Louise Dubin cite comme une preuve la lettre de Chopin adressée à sa famille datée du 8 juin 1847 : « Il a arrangé, comme vous le savez, ma sonate avec marche, pour orchestre — et hier il m'a rapporté un nocturne auquel il [a] adapté les paroles de O Salutaris — cela marche bien… »

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