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« The Rake's Progress » par David Bobée et Jean Deroyer : de l'opéra en sons et lumières

The Rake's Progress. Photographie © Philippe Delval.

Théâtre de Caen le 6 novembre 2016, par Alain Lambert ——

La nouvelle coproduction du théâtre de Caen (avec Limoges pour les chœurs, Luxembourg, Rouen et Reims) est une reprise de l'opéra de Stravinsky The Rake's Progress. Avec David Bobée, Caennais et Rouennais, à la mise en scène et à la scénographie. Et Jean Deroyer à la tête de l'Orchestre régional de Normandie, basé à Caen.

« De l'opéra en sons et lumières » est un écho à la chronique de la pièce de David Bobée vue récemment, Paris, à la Renaissance de Mondeville [voir notre chronique] où la ville y était aussi représentée, au début, en vidéo, par la foule des gens qui la parcoure, en gros plan par rapport aux acteurs. Pareil pour Londres ici à la fin du 2e acte. Sans oublier le rôle essentiel des néons en série... Pour le reste, une mise en scène sobre, sans outrances faciles, qui convient parfaitement à la gravité existentielle de cette carrière d'un libertin (libéral, comme veut le souligner le metteur en scène).

En 1948, quand Stravinsky commence à Chicago son opéra, tout en voulant retrouver l'esprit de Mozart, il lui faut aussi un argument qui colle à la langue anglaise. Et sa découverte en 1947 dans une galerie de la ville des gravures de Hoggarth sur la déchéance d'un libertin du XVIIIe lui donne l'idée du livret, écrit par Wystan Hugh Auden et Chester Kallman.

En 1947, il vient aussi de terminer son ballet Orphéus, dont la référence ne semble pas directe dans le texte du livret,  mais reste implicite et décalée, puisque Eurydice (Anne) va rechercher son aimé aux Enfers, empoisonné par les vices de la City. Mais elle ne pourra pas le ramener du dernier cercle, malgré son chant sublime qui calme le choeur des fous (comme chez Gluck celui des Furies). Et devra lui tourner le dos et ne plus le regarder pour repartir seule loin de la ville.

Et la pièce décrit cette double descente dans les cercles de l'Enfer, Tom d'abord dans celui de la débauche, avant celui du mariage d'intérêt, puis celui de la finance. Anne arrive toujours en retard, quand il quitte le premier pour le second, quand il s'enfuit du troisième parce que ses magouilles l'ont ruiné, lui et bien d'autres. Et quand elle le rejoint enfin au dernier, celui de la folie, le retour pour lui n'est plus possible.

Tom a voulu être riche, puis heureux, puis faire une bonne action, puis être un autre. Ce que son diabolique valet Nick Shadow (Old Nick, le diable en argot) lui a permis, le perdant un peu plus à chaque étape.

Le fait d'avoir adapté à notre époque « libérale libertaire » la scénographie et les costumes provoque quelques distorsions temporelles, mais très peu en fait. Lors de l'écriture du livret, la crise de 29 n’était pas loin, et la fausse naïveté criminelle de la finance d'aujourd'hui, entre Kerviel et Madoff, s'y retrouve bien.

Quant à la musique en hommage à l'opéra bouffe, au Mozart de Don Juan ou aux chœurs de Gluck, elle y gagne aussi une ironie dans les récitatifs de clavecin, comme dans les mythes revus par Offenbach, avec parfois des accents du Gershwin de Porgy and Bess.

Les chanteurs, et acteurs, principaux (Benjamin Hulett, Marie Arnet et Kevin Short au sourire si nick) sont excellents. Et tous les autres aussi, ainsi que le chœur. Et l'orchestre bien sûr.

Une belle réussite qui va maintenant tourner en France et au Luxembourg. À ne pas rater !

 

Alain Lambert
7 novembre 2016

 

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