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Un Rossini baroque : Franco Fagioli et Armonia Atenea

Franco FiagoliFranco Fiagoli. Photographie © Stephan Boehme - Deutsche Grammophon.

Grandes Voix, Théâtre des Champs-Élysée, 4 novembre 2016, par Frédéric Norac ——

Franco Fagioli n'est pas le premier contre-ténor à s'attaquer au répertoire rossinien. Il y a presque 10 ans Max Emanuel Cencic publiait déjà un disque regroupant les airs qu'aborde à son tour le contre-ténor argentin. Pourtant si quelques-uns de ses prédécesseurs se sont risqués çà et là dans un air ou deux au hasard d'un récital, il est plus rare pour ce type de voix de se lancer à la scène dans des rôles conçus originellement pour des voix mezzos contraltos féminins. L'Allemand Jochen Kowalski avait il y a plus de vingt ans tenté l'expérience d'un Tancrède mais c’est à peu près le seul exemple qui nous vienne à l’esprit.

Franco Fagioli qui vient de publier un disque Rossini unanimement  salué par la critique, n'en est pas à son premier essai. En 2012 déjà, il avait étonné le public italien — souvent réfractaire aux voix de falsettistes — en assurant à Martina Franca le rôle d'Arsace dans Aureliano  in  Palmira avec un grand succès mais il s'agit là d'un rôle originellement destiné  à Velluti, un des derniers grands castrats de théâtre. Il ira encore un peu plus loin en 2017 en abordant le rôle d'Arsace dans Sémiramis à l'Opéra de Nancy, un rôle en travesti destiné à une grande voix féminine.

Des quatre airs au programme de ce concert au TCE, c'est du reste l'air d'entrée extrait de cet opéra qui  est de loin le plus convaincant. Le chanteur possède la  longueur de voix nécessaire à ce rôle héroïque avec un aigu d’une puissance étonnante et un grave « poitriné » impressionnant. Sa grande virtuosité n’est plus à vanter même si ses vocalises ne sont toujours d’une parfaite netteté. Son sens de la déclamation et une intelligence certaine dans le choix de ses variations donnent à son interprétation une grande allure, dans un registre où la bravura  et le portamento sont des qualités primordiales.

Franco FiagoliFranco Fiagoli. Photographie © Stephan Boehme - Deutsche Grammophon.

Dans les airs moins basés sur la virtuosité, quelque chose manque à notre goût qui tient à la nature même de cette voix « construite », c’est la poétique d’un timbre. Le sien est plutôt ordinaire et passe-partout et la couleur demeure assez uniforme d'un air à l'autre. Qu'il s'agisse de Siveno (rôle quasi mozartien de Demetrio et Polibio), de Malcom dans la Donna del  Lago ou de Tancrède dont le chanteur donne l'air d'entrée dans une version alternative peu connue, on reste dans la même tonalité et partant dans un registre unique quant à l'expression. Le bis extrait de Ciro in Babilonia où nous avons le souvenir de la performance d'Ewa Podles à Pesaro l'été dernier, laisse bien entendre où est la limite de cette interprétation : elle tient dans la faiblesse d'un médium qui manque de chair et de profondeur et partant de pouvoir émotionnel.

L'ensemble Atenea qui l'accompagne est un ensemble à géométrie variable  qui, à l'instar des Siècles de François Xavier Roth,  aborde les répertoires avec l'instrumentarium correspondant. C'est donc un Rossini sur instruments d'époque qui nous est proposé avec une agogique et des articulations souvent inattendus, des équilibres entre pupitres qui donnent à la musique un relief inédit et souvent très séduisant. On reconnait dans la direction créative du chef George Petrou, l'influence du répertoire baroque en plein accord avec le style vocal du soliste. De belles introductions et deux ouvertures peu connues, celle de Demetrio et Polibio (qui n'est du reste vraisemblablement pas de Rossini) et celle Torvaldo e Dorliska, enluminées  par des bois colorés et affutés, et soutenues par des cordes soyeuses mais un peu épaisses complètent le programme. On est séduit par le coloris piquant de la clarinette de Spiros Mourikis dans l'Introduction, thème et variations qui ouvre la seconde partie , reprenant le thème de La Donna del Lago qui concluait la première. Mais c'est surtout l'ouverture de Ulisse agli Elisi (Ulysse aux ChampsÉlysée) du compositeur grec Nikolaos Mantzaros  (1795-1872) qui vient un moment stimuler notre curiosité avec son mélange de réminiscences haydniennes et d'influences typiquement rossiniennes.

 

Frédéric Norac
4 novembre 2016

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Le charme désuet de l'opérette finissante : Monsieur Beaucaire d'André MessagerAmbronay 2016 : le meilleur pour la fin De la suite dans les idées : la saison 2017 de l'Opéra-Comique — Sur les sommets de la musique du XXe siècle : Messiaen au Pays de la MeijeLes extrapolations d'un historien mal informé : Rossini sous Napoléon de Jean TulardLa Méditerranée s'invite à Versailles : « Il diluvio universale » de FalvettiTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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Mercredi 9 Novembre, 2016 2:22