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Une Passion selon Saint-Jean de haute spiritualité musicale

Les ensembles Aedes et Les Surprises. Photographie D.R.

Opéra de Massy, 23 mars 2016, par Frédéric Norac ——

Des deux Passions (connues) de Bach, celle selon Jean est sans doute la plus moderne, la plus surprenante dans son inventivité formelle. Dramatique, certes, mais sans le caractère grandiose de la Saint-Matthieu. Dépouillée et austère en apparence et pourtant riche de potentialités expressives et, à sa façon, assez spectaculaire. Le chœur en est finalement le véritable protagoniste, personnage multiple et omniprésent, turba vindicative et haineuse des Juifs1, concile des prêtres du Sanhédrin mais aussi expression de l'assemblée des fidèles à travers ces chorals qui donnent son sens religieux à l'histoire. Il délègue aussi quelques individualités pour animer la fresque, Pierre, les serviteurs du Grand Prêtre, et Pilate bien sûr.

Matthieu Romano l'a bien compris qui en a fait l'œuvre emblématique sinon fétiche de son ensemble Aedes et l'a choisie pour fêter leur dixième anniversaire2.  Leur interprétation se révèle superlative et extraordinairement prenante. Le chœur possède toutes les qualités requises : beauté des voix, homogénéité parfaite, unité de souffle et surtout il respire à l'unisson de son chef. Ensemble, ils nous emmènent dans ce voyage mystique, de la pulsation tragique du chœur d'introduction à un choral final lumineux et pacifié, avec une force de conviction qu'il faut bien appeler de la foi, ne fût-elle que dans la musique de Bach.

Louis-Noël Bestion de Camboulas, Aedes et Les Surprises. Photographie D. R.

Les quatre solistes réunis pour assumer les airs, pour être en marge —  physiquement sur le plateau — ne sont pas en reste et chacun donne le meilleur de lui même. Rachel Redmond atteint réellement au sublime dans son second air « Zerfliesse mein Herze ». Avec son beau mezzo chaleureux,  Mélodie Ruvio donne toute sa profondeur à la berceuse mystique de « "Es ist vollbracht ». Voix un peu serrée dans l'aigu, Enguerrand de Hys confère un pathos certain à ses interventions. Solide et totalement idiomatique, le Christ de Victor Sicard se révèle tout aussi à l'aise dans les airs de basse de la partition.  Enfin non des moindres, l'Évangéliste d'une grande sobriété mais remarquablement expressif de Fernando Guimaraes fait vivre le récit avec un engagement de tous les instants.

L'ensemble Les Surprises dont le chef Louis-Noël Bestion de Camboulas modèle les récitatifs au positif, apporte à l'ensemble les coloris de ses solos instrumentaux, une dynamique et un sens des nuances qui donnent au discours une variété et une délicatesse captivantes . Un grand moment de spiritualité musicale.

 

plume Frédéric Norac
23 mars 2016

1. On est frappé à chaque nouvelle écoute de cette œuvre par l'insistance sur le rôle négatif des Juifs (Die Juden) dans la Passion du Christ et la relative indulgence de l'Évangéliste à l'égard de Pilate. Elle a souvent fait considérer l'œuvre comme l'expression d'un certain antisémitisme luthérien, ce qui n'enlève rien du reste en terme de beauté formelle.

2. L'ensemble sera en tournée dans le même programme le 27/05 au festival de l'Epau, le 20/08 aux Rencontres musicales de Vézelay, le 23/08 à l'Opéra de Vichy, le 24/08 au festival Sinfonia en Périgord .

 

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