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Johann Sebastian Bach, Cantates pour les élections municipales. Cantates BWV 26 et 120, prélude et fugue BWV 232, ensemble Unisoni, sous la direction de Nicolas Bucher. Hortus 2016 (HORTUS 136).

15 octobre 2016, par Eusebius ——

L'engagement de Bach dans la vie municipale de Leipzig, tout comme ses démêlés avec les autorités sont connus. Seule une dizaine de cantates écrites spécifiquement pour l'élection (Ratswahl) nous est parvenue1. Projet sympathique que celui de réunir deux cantates « municipales » et de les associer à un magnifique prélude et fugue pour orgue, celui en majeur, BWV 532, qu'elles encadrent.  Toutes deux comportent maints numéros de réemploi, sans qu'il soit toujours possible de dater la version originale de ces reprises.  Particulièrement bienvenue, cette formation réduite, avec un chœur de solistes, à la tribune d'une église et le grand orgue au continuo, ont tout pour appeler les suffrages, puisqu'il s'agit d'élection.

L'orgue est magnifique, bien qu'on regrette qu'il soit quelque peu en retrait dans la sinfonia d'ouverture de la cantate  29. Le prélude et fugue est bien là pour nous le démontrer, avec une registration qui favorise les lignes, les contrastes, mais aussi les harmonies dans une palette riche. L'orchestre sonne remarquablement, avec les phrasés, les articulations qui conviennent, dans des tempi  appropriés tant à l'œuvre qu'à  la formation et à l'acoustique de l'église. Le chœur de solistes permet une grande lisibilité de chacune des parties, une grande souplesse aussi. La direction n'est jamais en cause. Alors, pourquoi cette relative insatisfaction ?

La cantate Gott , man lobet dich in der Stille part du bon pied : tempi justes, toute la vie souhaitable dans l'aria d'alto, puis la joie rayonnante du magnifique chœur « Jauchzet, ihr erfreuten Stimmen ». Le récitatif de basse, dont la prise est un peu éloignée, n'est pas vraiment intelligible, la faute n'incombant pas au soliste. La soprano conduit bien sa ligne avec souplesse, une égalité de registres, fort séduisante. Le ténor, au vibrato douteux, dérange dans son bref récitatif. Le choral final traduit l'épuisement des fidèles « Nun hilf  uns, Herrn » par des accents portés sur chaque syllabe, à la limite du caricatural. C'est oublier, semble-t-il, la fonction du choral. Passons.

Le meilleur est incontestablement le brillant prélude et fugue en majeur interprété sur le bel instrument de Dominique Thomas, à l'église de Saint-Pierre d'Albigny, au confluent de l'Arc et de l'Isère. Le jeu de Nicolas Bucher2 est remarquable de clarté et de vie. Les couleurs données par la registration sont magnifiques. Une réussite, dont la virtuosité de la fugue n'est jamais exhibitionniste, mais éloquente. On peut même y déceler aussi une touche d'humour qui ne messied pas à la grandeur.

Toute la majesté et l'élan requis de la sinfonia d'ouverture de la cantate 29 Wir danken dir, Gott confirment les qualités de l'ensemble Unisoni et de Nicolas Bucher qui dirige de l'orgue3. Les sopranos sont insupportables dans la grande fugue du 2 (que reprendra le Cantor dans la messe en si mineur), avec un vibrato particulièrement hors de propos et suffisant à gâcher notre plaisir. Celui du ténor est sensiblement moindre, heureusement. Son agilité dans l'aria suivant (Halleluja) fait oublier son timbre. Le récit de basse est bien conduit, particulièrement intelligible.  La sicilienne du second aria de soprane se signale par la qualité réelle de l'orchestre, mais le vibrato quasi belcantiste, particulièrement dans les tenues et les finales, altère l'ensemble. Le récit et l'air d'alto, moins brillants sont davantage réussis. La majesté, la grandeur sont bien au rendez-vous pour le choral final, toujours affligé par cette soprano.

Stéphanie Révidat n'est pas une inconnue : nombre de chefs baroques parmi les meilleurs l'ont retenue pour leurs concerts et leurs enregistrements. Marion Tassou a un beau timbre et une conduite de la ligne intéressante. On comprend d'autant moins cette obstination à soutenir le son en l'affublant de vibrato. Erreur grave de casting , donc : exhibitionniste, elle se croit à l'opéra, et nous déçoit dans ce rôle qui requiert infiniment plus d'humilité. Des autres solistes, aux rôles plus modestes, retenons particulièrement  Théophile Alexandre, pour son agilité et sa longueur de souffle.

Malgré la cohérence du programme, les qualités indéniables de l'organiste, du chef, de l'ensemble Unisoni, l'essai — méritoire — reste à transformer. Si c'est un scrutin de liste avec panachage, je raye sans état d'âme les intrus qui dénaturent le projet par leurs interventions malencontreuses.

Cantate BWV 120

1. Gott, man lobet dich in der Stille

2. Jauchzet, ihr erfreuten Stimmen

3. Auf, du geliebte Lindenstadt !

4. Heil und Segen

5. Nun, Herr, so weihe selbst

6. Nun hilf uns, Herr, den Dienern dein

7-8. Prélude et fugue en majeur BWV 532.

Cantate BWV 29 22 32

9. Sinfonia

10. Wir danken dir, Gott

11. Halleluja, Stark und Macht

12. Gottlob !

13. Gedenk an uns mit deiner Liebe

14. Vergilî es ferner nicht, mit deiner Hand

15. Halleluja, Stark und Macht

16. Sei Lob und Preis mit Ehren

 

Eusebius
14 octobre 2016

1. BWV 71, V 10, 119, Anh. 4, 193, 120, Anh.3, 29, deest, 69 ; ou B 1-10 du catalogue Schulze-Wolff.

2. Nicolas Bucher s'est vu confier la direction de la Cité de la Voix, de Vézelay, en 2011. Son action vigoureuse, conjuguée à celle de Mihaly Zeke, porte de très beaux fruits : le nombre et la qualité des activités, le rayonnement, en attestent.

3. Oublions le relatif déséquilibre sonore déjà signalé, certainement dû à la prise de son.  Tout comme le timbre « moderne » des timbales, et la percussion finale qui surprennent.

L'ensemble unisoni

Nicolas Bucher (orgue, continuo et direction), Stéphanie Révidat soprano), Marion Tassou (soprano), Théophile Alexandre (contgre-ténor), Jean-Michel Fumas (contre-ténor), Olivier Dumait (ténor), Vincent Lièvre-Picard (ténor), Romain Bockler (baryton), Jean-Baptiste Dumora (baryton), Benjamin Chenier (violon solo), Florence Stroesser (violon), Françoise Duffaud (violon), Myriam Bis-Cambreling (violon) et Alix Boivert (violon), Marie-Liesse Barau (alto), Pierre Vallet (alto), Valérie Dulac (violoncelle et continuo), Michaël Chanu (contrebasse et continuo), Anne-Catherine Vinay (clavecin, orgue et continuo), Marc Duvernois (basson et continuo), Christophe Mazeaud (hautbois), Hélène Mourot (hautbois), Jérôme Princé (trompette), Jean-Charles Denis (trompette), Emmanuel Mure (trompette), Henri-Charles Caget (Timbales).

 

Eusebius, eusebius@musicologie.org, ses derniers articles : Surprenant Nicholas Angelich Toute la magie ravélienne, avec les DissonancesLa correspondance de Camille Saint-Saëns et Jacques RouchéOpéra de Dijon : L'Orfeo, ou la nature a horreur d'OvideElisso Virsaladze, magicienne du piano à la maison de la musique de PortoStokowski et Schönberg transcripteurs : l'Orchestre symphonique de Porto sous la direction de Brad LubmanPlus sur Eusebius.

 

 

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bouquetin

Dimanche 16 Octobre, 2016 2:52