Véronique Bonnecaze entre Franz et Franz

Les deux Franz, Schubert - Liszt, Véronique Bonnecaze (piano), Franz Schubert, Fantaisie en do majeur D 760 ; Franz Liszt d'après Schubert, Du bist di Ruth, Der Müller und der Bach, Der Wanderer, Gretchen am Spinnrade, Meeresstille, Soirées de Vienne, Indésens Calliope 2026 ( IC 116).
Enregistré les 15-17 décembre 2025, Studio de Meudon.
On sait que Liszt considérait Schubert comme un frère en musique.
Il lui vouait une admiration profonde, qu’il a exprimée non seulement par ses célèbres transcriptions des Lieder, mais aussi par son engagement à faire connaître une œuvre encore largement méconnue après la mort de Schubert.
L’histoire les a ainsi naturellement associés.
Pourtant, ce n’est pas cette filiation qui a guidé mon choix. Ce qui m’intéresse est plus profond.
Enfant unique, j'ai très tôt éprouvé cette solitude intérieure que je retrouvais, sans pouvoir encore la nommer, dès mes premières leçons de piano. Avec le temps, je l'ai comprise comme une chance : celle d'accéder à une profondeur de sentiment qui me semblait traverser les plus grandes œuvres.
Aujourd'hui encore, j’entends chez Schubert et Liszt cette même solitude habitée qui est la marque des plus grands créateurs. C’est dans cet espace d’exigence et de vérité que leurs voix se rejoignent.
Cette conviction guide également mon approche de l'interprétation.
Je me refuse aux « effets » et recherche une forme de sobriété, parce que je crois profondément qu'il faut avant tout « foutre la paix à la musique » : lui faire confiance, laisser parler sa noblesse sans l’affubler d'oripeaux qui finissent par l’amoindrir.
J'assume des choix interprétatifs affirmés, mais je reste persuadée que la personnalité d'un interprète ne réside pas dans ce qu’il ajoute à l’œuvre, mais dans ce qu’il parvient à en révéler. Les deux Franz est né de cette conviction. Et les liens entre Schubert et Liszt ne sont pas seulement spirituels : la Wanderer-Fantaisie, unique par sa virtuosité dans le catalogue de Schubert, a très probablement'nourri la conception de la Sonate en si mineur ; Schubert a composé plus de six cents Lieder, Liszt en a laissé près de quatre-vingts, témoignant chez l’un comme chez l’autre d'un même amour de la poésie.
Autant d’échos qui viennent prolonger une fraternité artistique déjà inscrite dans l’histoire.
Véronique Bonnecaze
Franz Liszt, Gretchen am Spinnrade d'après Franz Schubert (plage 8).


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ISSN 2269-9910.

Dimanche 13 Septembre, 2026