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Le Maure Catherine-Nicole 1704-1786

Baronne de Montbruel en 1761. Née à Paris, 3 août 1704, morte à Paris, 14 janvier 1786.

Soprano — En 1719, elle intègre les chœurs de l'Académie royale de musique en 1719.

En 1721-1722, elle chante le rôle d'Astrée puis celui de Libye, dans une reprise de Phaëton de Lully et Quinault. Son succès l'amène rapidement à tenir les premiers rôles dans la création de Pirithoüs de Jean Joseph Mouret.

Elle est nommée musicienne de la chambre en 1722.

Le 26 janvier 1723, et le rôle-titre dans Philomèle, de Lacoste, opéra créé en 1705, repris en 1723. La même année, elle remplace Madeleine Tulou (également musicienne de la chambre du roi). En 1724, elle chante Céphise dans l'Europe Galante.

En 1725, après une représentation des Élémens de Destouches et Michel-Richard Delalande, elle quitte subitement l'Opéra.

Elle revient sur scène l'année suivante, mais en raison de rivalités avec Mlle Pélissier, elle disparaît de nouveau en 1727, elle se produit au Concert spirituel jusqu'en 1731 et y crée, en 1728, Le Berger fidèle de Rameau.

En 1731, elle chante dans Hésione de Campras, et le rôle d'Oriane dans Amadis de Lully avec un grand succès. Elle crée en 1732 le rôle d'Iphise dans Amadis de Montéclair, et chante le rôle-titre d'Issé de Destouches, repris en 1733.

Rôle-titre encore en 1734 dans une reprise d'Iphigénie en Tauride de Desmaret. Elle participe aussi à Pyrame et Thisbé de Rebel et Francœur, chante le rôle de Cérès dans Prospérine de Lully.

Menacée d'emprisonnement si elle ne participe pas à une reprise de Jephté (Montéclair) en 1735, elle y chante délibérément mal. Elle est internée à la prison de For-l'Évêse, la prison des comédiens. Une journée de détention suffira à la mettre dans de meilleures dispositions.

Mme Lemaure n'avait ni beauté ni esprit, mais elle possédait une très belle voix et elle était capricieuse au suprême degré.

Elle débuta à l'Opéra, en 1724, selon Fétis et Nérée Desarbres, — en 1723, selon M. de Lyden.

Elle devint de bonne heure la maîtresse de Louis Achille de Harlay, intendant de la généralité de Paris, et, forte de cette protection, elle se permit des fan- taisies incroyables.

C'est ainsi qu'un soir, le 10 mars 1735, à la première représentation de Jephté, le roi étant présent, elle quitta soudainement la scène, sans aucun motif apparent, et ne voulut plus reparaître.

On connut bientôt, disent divers auteurs, la cause de ce brusque départ : la Lemaure avait, au milieu de la pièce, éprouvé le besoin d'aller souper chez son amant, M. de Harlay. Condamnée à quelques jours de For-l'Évèque, elle s'y rendit en carrosse de gala, escortée par l'intendant de la généralité de Paris et une foule de grands seigneurs, qui s'associaient ainsi à l'injure faite par la cantatrice à leur souverain maître et seigneur. Sa Majesté le roi de France, Louis XV.

D'après les frères de Concourt, il y avait eu de la part de la Lemaure une cause un peu moins légère à sa grave incartade.

« L'Opéra donnait la première représentation de Jephté. Mme Lemaure avait refusé un rôle. Des me- naces de prison l'avaient contrainte. Elle commence à chanter ; on siffle. Elle s'avance vers la rampe, dit qu'elle se meurt, qu'on la fait jouer malgré elle, et se retire fort convenablement, évanouie. M. de Maurepas se trouvait dans la salle ; comme secrétaire d'État de Paris, il avait l'inspection de l'Opéra ; il donne immédiatement ordre de la conduire tout habillée à For-l'Évêque. La Lemaure n'en sort le lendemain quepour jouer de toutes ses forces le malencontreux rôle. — Vraiment — faisait-on — les tablettes du For-l'Évêque sont excellentes pour le rhume : Mme Lemaure, depuis qu'elle en a usé, chante mieux que jamais. — Les rieurs ne rirent plus pourtant de l'emprisonnement injurieux et tortionnaire de la personne de la Lemaure es prisons du For-l'Évêque (c'étaient les expressions du manifeste de la cantatrice), lorsqu'ils apprirent que la chanteuse s'était réfugiée au couvent du Précieux-Sang, et que les efforts de M. de Maurepas, les prières de M. de Carignan et les avances de Momus avaient échoué devant la protection du duc d'Orléans, fort heureux, au fond de sa piété, d'enlever cette belle voix au royaume de Satan. »

Le duc d'Orléans dont il s'agit ici est le même que celui dont nous avons parlé: le fils du Régent, qui, après avoir jeté ses gourmes avec la Quinault, tomba dans la dévotion et mourut fou.

Le récit des Goncourt atténue un peu l'irrévérence de la Lemaure ; elle se trouvait contrariée, la pauvre enfant, d'être obligée de remplir un rôle que son ennemie jurée, la Pélissier, lui avait fait imposer.

Il suit aussi de ce récit que la Lemaure ne put immédiatement après avoir quitté la scène, aller souper chez son amant. Mais il n'exclut pas le cortège de seigneurs qui l'accompagna au For- l'Évêque.

Nous serions assez disposé à croire à l'exactitude de la version des Goncourt, si M. de Lyden ne relatait, de son coté, les faits d'une façon différente, et cela, avec des détails si précis et un caractère de vérité si marqué, qu'on ne peut guère lui refuser sa confiance.

Voici en quels termes s'exprime l'auteur du Théâtre d'Autrefois et d'Aujourd'hui :

« Comme tous les biographes l'ont constaté, Mme Lemaure imposait ses caprices à son directeur, à la cour, au roi et même au public, ce qui est plus grave.

« Pour un oui, pour un non, elle quittait la scène ou son amant, passant du prince au simple garde, d'un fermier général à un abbé sans bénéfice, ou refusant de chanter devant Sa Majesté parce que son friseur Ricou l'avait fait attendre. Un soir, le 10 mars 1735, un vendredi [en réalité un jeudi], qui était, comme on sait, le grand jour de l'Opéra, le roi étant présent, au beau milieu de la représentation de Jephte, opéra en cinq actes, de Pellegrin et de Monteclair, elle quitta brusquement la scène et refusa d'y rentrer.

« Quelle était la cause de cette incartade que per- sonne ne s'expliquait ?

« Eh! mon Dieu, un caprice.

« Au centre d'un groupe de seigneurs qui l'applau- dissaient avec délire, elle avait aperçu un gentil- homme, tout jeune et très beau, qui, froid, impassible, promenait ses regards distraits et ennuyés dans la salle. Soudain, elle s'était sentie prise d'un désir im- modéré de l'émouvoir.

« Pendant que la scène et la salle sont en émoi, elle griffonne un billet, charge sa coiffeuse de le faire parvenir à son adresse, et rentre chez elle pour attendre son inconnu.

« Attente vaine ! le beau gentilhomme fut introuvable.

« En apprenant l'insuccès de sa démarche, la cantatrice brise quelques porcelaines, soufflette sa camériste, et jure qu'elle aura raison de cette indiffé- rence.

« Cependant, M. de Maurepas, secrétaire d'État de Paris, avait pris fort mal la sotte incivilité delà prin- cesse, et on décida que la fidèle de Jephté, au lieu d'aller pleurer sa virginité sur la montagne, irait au For-l'Évêque.

« Des exempts se présentent; mais le Suisse les renvoie chez M. Achille de Harlay, surintendant de la généralité de Paris, où la jeune et capricieuse chanteuse soupait. Nous avons dit que ce seigneur la protégeait.

« En vrai chevalier français, son hôte fait atteler et la conduit lui-même dans son carrosse jusqu'à la prison, où il l'installe.

« Cette incarcération ne faisait pas les affaires du directeur de l'Opéra, qui sollicite son élargissement. Il l'obtient à la condition que la coupable reparaîtra sur la scène le même jour.

« La rebelle, une fois libre, se refuse à l'exécution de cette clause et se met à la recherche de son inconnu. Mais elle ne rencontre qu'un jeune abbé, M. de La Garde, demeurant au Marais, chez sa mère. Notre abbé entreprend de convertir la cantatrice ; il la prêche si bien et acquiert sur elle un tel ascendant, qu'il réussit à la faire rentrer... à l'Opéra.

« Ce beau résultat porta bonheur à l'abbé. Il devint l'ordonnateur en sous-ordre des fêtes intimes de Louis XV, avec une pension de douze cents livres. La marquise de Pompadour le nomma sous-bibliothécaire, avec deux mille livres de traitement, lui fit allouer une pension de douze cents livres sur le Mercure de France, et l'informa de celte bonne aubaine en joignant à sa lettre un présent de douze mille livres.

De 1737 à 1744, l'amoureuse prima donna continue ses recherches touchant son spectateur invisible, mais les continue en vain. Son caprice est devenu une passion.

« Voilà qu'un jour, en 1744, à Longchamps, où elle promenait son luxe à côté de celui du Duc, elle aperçoit entin son gentilhomme. Aussitôt, elle s'élance hors de son carrosse ; mais elle s'accroche au marchepied et tombe.

« On s'empresse autour d'elle, on la relève ; hélas ! pendant ce temps l'homme disparaît.

« Dans son dépit, notre héroïne annonce sa retraite définitive et quitte l'Opéra le soir même. En même temps, loin d'abandonner ses projets, elle y persé- vère, mais en les modifiant.

« — Il ne sera pas mon amant, se dit-elle : il sera mon mari et m'applaudira.

« À un an de là, sollicitée de chanter dans les spec- tacles donnés à l'occasion du mariage du Dauphin, elle consent à s'y rendre, pourvu qu'un gentilhomme de la Chambre la vienne prendre et la conduise à Versailles dans un carrosse du roi.

« Ainsi fut fait.

« Comme elle entrait dans la cour du palais, elle est croisée par un seigneur de bonne mine.

« Oh ! miracle, c'est lui !

« — Qui est ce gentilhomme ? demande-t-elle cette fois sans le déranger.

« — M. le baron de Montbruel... marié à une femme charmante.

« Ce soir- là, pour la première fois, Mme Lemaure chanta faux.

« — Bast ! se dit-elle en rentrant, j'attendrai.

« Elle devait attendre dix-sept ans !

« En 1762, elle apprend tout à coup que M. le baron de Montbruel, veuf et ruiné, est arrivé à Paris.

« — Celte fois, dit la Lemaure, dont le caprice durait depuis vingt-sept ans, il ne m'échappera point  !

« Le même jour, elle voit son adoré...

« Que se passa-t- il ? On ne l'a jamais su ; mais, trois semaines après, l'ex-académicienne, âgée de plus de cinquante ans, devenait baronne de Montbruel.

« Neuf ans plus tard, cédant à de pressantes sollicitations et au désir de se faire enfin applaudir par son mari, elle consent à chanter au Colysée. On lui fait une ovation, la salle croule sous les bravos ; seul, son mari n'applaudit pas.

« Elle n'en eut pas cependant le démenti. Au moment où le baron, plus jeune qu'elle, rendait le dernier soupir, l'an 1780, la baronne lui saisit les mains et les rapprocha l'une contre l'autre.

« Les doigts se choquèrent deux ou trois fois de suite. Elle avait son bravo conjugal; mais, hélas ! c'était un bravo posthume : M. le baron de Montbruel était mort ! »

Si la baronne de Montbruel était capricieuse, elle n'était pas moins vaniteuse — et même orgueil leuse.

Bachaumont, à la date du 3 juillet 1771, raconte de quelle façon elle se faisait conduire à sa place, lorsqu'elle chantait au Colysée :

« Un Suisse, dit-il, va la chercher à son appartement (sa loge), tandis que d'autres font faire le passage et bordent la haie. Le premier la précède jusqu'à l'orchestre, un écuyer lui donne la main, elle a deux ou trois femmes de suite. On la reconduit de même. Le premier jour, cette muse du chant avait paru en couleur rose ; cette fois-ci, elle était en blanc. »

C'est la Lemaure — Mme a baronne de Montbruel ! — qui, le jour où on la conduisit à Versailles dans un carrosse du roi, s'écria en mettant la lète à la por tière :

— Mon Dieu, que je voudrais être à l'une de ces fenêtres, pour me voir passer !...

Catherine Nicole Lemaure, née à Paris en 1704, mourut en 1785, âgée, par conséquent, de quatre- vingt-un ans.

Maintenant, est-ce bien le baron de Montbruel que la Lemaure épousa ?

Quelques lignes de Bachaumont jettent du doute là-dessus. L'auteur des Mémoires secrets écrit en effet, à la date du 10 septembre 1662 :

« Le grand rôle que Mme Lemaure a joué sur la scène lyrique ne nous permet pas d'omettre ici une circonstance essentielle de sa vie. Cette sublime actrice, si connue par sa belle voix, sa laideur et ses caprices, vient de se marier à un jeune liomme, che- valier de Saint-Louis, nommé M. de Monlrose. Elle a plus de cinquante ans. »

Il est d'ailleurs possible que, ce chevalier de Saint- Louis étant mort, Mme Lemaure ait épousé ensuite le baron de Montbruel.

Disons aussi, pour clore ce chapitre, que lorsque Louis-Achille de Harlay devint le protecteur de la Lemaure, il n'en était pas à ses premières armes avec les comédiennes.

Il avait déjà eu affaire avec diverses nymphes de l'Opéra, telles que la Richalet, la Breton, et, surtout, la Rabon, — la Rabon du prince de Carignan, — qui lui donna la gale... et à qui il le pardonna.

(Émile Faure, Grands seigneurs et Comédiennes, Librairie des gens de lettres, Paris 1887, p. 240-248).

Elle triomphe encore en 1740 dans les rôles d'Iphise et d'Oriane, elle est Aricie lors de la reprise d'Hippolyte et Aricie de Rameau en 1742, et chante (Émilie et de Zima) lors de la reprise des Indes galantes en 1743.

En 1744, elle ravit le rôle d'Iphise dans Dardanus de Rameau à Mlle Pélissier qui l'avait pourtant créé.

Elle se retire définitivement et triomphalement de la scène de l'Opéra en 1744, mais continue à se produire jusqu'en 1771.

Elle épouse le baron Jean-Baptiste Molin de Montbruel (...-1780) le 10 septembre 1761.

Le Manifeste, n'est pas d'elle mais un pamphlet à charge vulgaire contre sa personne.

Écrits relatifs à la musique

Manisfeste de Melle Le Maure, pour faire part au public de ses sentiments sur l'Opéra et des raisons qu'elle a de le quitter

Bibliographie

Arrêt du conseil d'État de Momus qui ordonne la suppression d'un écrit qui a pour titre Manifeste de Mlle le Maure pour faire part au public de ses sentiments sur l'opera et les raisons qu'elle a eues de le quitter... (1735) [Parodie d'un arrêt du Conseil contre M. de Ségur l'évêque de Saint-Papoul de 1734. Début :« Momus s'étant fait répeter une nouvelle... » [voir anonymes 18e siècle]

Manifeste de Mlle Le Maure pour faire part au public de ses sentiments sur l'Opéra et des raisons qu'elle a de le quitter.

Magdeleine Le Maure par le choix de Francine et de l'aveu du public, seconde actrice de l'Opéra, etc., à tous les partisans, tant séculiers que réguliers, de cafés, ruelles, spectacles, et à tous les fidèles de nos coulisses, salut et bénédiction, à Bacchus et à Vénus.

Un grand scandale, mes très chers frères, vient d'éclater sur la scène, et met l'honneur du théâtre à une nouvelle épreuve.

C'est une nécessité, dit un jour d'Argenson, qu'il arrive des scandales, mais malheur à celle par qui le scandale arrive, malheur encore à celle qui le reçoit, malheur à celle qui l'autorise par son silence.

Vous concevez sans peine quel est l'objet de nos larmes, c'est l'empoisonnement injurieux et tortionnaire fait à notre personne ès prisons du For-L'Evêque, insulte en même temps de compassion et d'honneur, dans laquelle on voit un vil administrateur séduit et fasciné par le parti qui l'obsède, se déclarer lui-même imprudent et brutal, et n'en être que plus coupable, parce qu'au lieu de se repentir, d'avoir la concupiscence dans le cœur, il se repent au contraire d'avoir là une prétendue politesse dans la bouche et de l'avoir fait goûter à ceux qu'il gouverne.

Vous remarquerez, mes très chers frères, la bizarre conduite qu'a tenue à son égard l'ennemi de notre fortune : il ne se contente pas de l'avoir fait membre d'une compagnie opposée au principe de la virginité, il l'obstine y rester par des vues ambitieuses. Cette passion est-elle satisfaite, il lui en inspire du dégoût ; il l'oblige ensuite à être l'instrument de son propre déshonneur, en sévissant contre une actrice qui, sans prévention avait l'applaudissement unanime du parterre et des loges, il se détermine à la mercurialiser jusque sous vos yeux, à l'emprisonner, à se faire ainsi justice et à exciter contre soi l'indignation publique par les aveux les plus étranges et à la faire reconduire dans les ténèbres de la prison d'où il ne l'avait laissé sortir que pour en faire son jouet d'une manière également singulière et terrible, en la forçant de chanter malgré elle.

C'est ainsi que cet esprit de vengeance et d'orgueil conduit à sa perte ce directeur infortuné, tandis que par toutes sortes d'infamies, il exerce ailleurs sa qualité d'esprit impur sur les fanatiques accusateurs de la fausse vertu de nos actrices.

Applaudissons, mes très chers frères, les desseins de Momus qui ne permet toutes ces abominations que pour faire voir à l'univers de quoi l'on est capable quand on s'est une fois révolté contre la licence du théâtre.

C'est sans doute un avantage pour l'Opéra que M.Hérault se soit ainsi dévoilé lui-même, un ennemi caché a pu faire au théâtre de plus dangereuse blessures, en se démettant de sa gravité ; il épargne aux acteurs de sévir contre lui ; peut-être ne va-t-il dans les coulisses que pour y consommer son malheur.

Au reste, mes très chers frères, ne croyez pas que l'honneur invulnérable des actrices soit obscurci par une démarche aussi odieuse ; leur réputation est indépendante des qualités personnelles de ceux à qui elle est confiée.

Chaque administrateur en particulier n'est à labri de la calotte qu'en tant qu'il se trouve uni au chef de l'Opéra et au corps des premiers directeurs.

Combien trouve-t-on de boutades qui n'aient eu de partisans que parmi ceux mêmes que leur caractère obligeait à les combattre ; les acteurs ne doivent donc écouter leur directeur et ne lui obéir que quand il est lui-même soumis aux décisions infaillibles de leur respectable assemblée.

Que d'excès encore, mes très chers frères, ne contient pas l'insulte dont nous parlons ; on y justifie un refus d'exécuter purement et simplement la partie de débauche qui ne nous permit de nous rendre à notre loge que sur les cinq heures et demie du soir ou environ. L'on comble d'éloges l'assiduité de celles que le petit nombre de partisans réduit à la dure nécessité de supporter avec respect le frein et le caprice d'un directeur avide, ou la brutalité qu'un financier impose à leurs plaisirs. L'on voudrait aussi nous assujettir comme la moindre actrice à nous rendre, sous peine d'amende, à notre loge au moins une heure avant de paraître, ce qui est contraire à notre usage ordinaire et diamétralement opposé à notre génie hautain et indépendant. C'est pourquoi, sans nous repentir des plaisirs que nous avons pu nous procurer dans le passé, et désirant par la suite être entièrement maîtresse de disposer de notre tête, de notre personne et de notre voix, nous renouvelons l'appel par nous ci-devant interjeté au parterre, avec Mlle de Seine, des emprisonnements injurieux, tortionnaires et déraisonnables faits à nos personnes ès prisons du For-L'Evêque et maisons de fore de l'Hôpital général, nous déclarant que sans nous arrêter n'y avoir aucunement égard à la prétendue loi des six mois, dont nous nous croyons bien valablement dispensée par la singularité du cas où nous sommes. Pour éviter autant qu'il est en nous de retourner au For-Lévêque pour semblable sujet, et renonçant à tous produits du théâtre, nous quittons dès ce jour pour jamais l'Opéra, sous néanmoins la protestation de continuer à vous prodiguer en particulier tous les plaisirs que nous avons pu vous donner en public, lequel avec nous ne faisons que pour vous assurer, mes très chers frères, que cette démarche n'est l'effet du repentir, de la vengeance, ni de la suggestion de personne, et que nous la faisons dans une pleine liberté et sans aucune espérance de retour, exhortons même ceux qui par leur autorité et libéralité voudraient nous y engager, de n'y point penser pour leur honneur et pour le nôtre.

Donné dans le cabinet de nos parties secrètes, le cinquième jour d'après la lune de février de l'année 1735

Signé Le Maure

Mlle Catin

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Références / musicologie.org 2016 ISSN 2269-9910

Lundi 26 Décembre, 2016 20:38